Jeudi 22 Mars 2018
Rédigé par Diane Regny. Modifié le 28 Mars 2018

Voyage dans les ombres de nos "Frontières"


Mercredi 21 mars, le centre d’animation de la Tour des Dames proposait le spectacle Frontières imaginé par Les Rémouleurs. Une animation qui a eu lieu dans le cadre de la semaine du collectif Xclus qui organise, à Paris, une semaine d’événements en solidarité avec les migrants.


Les cofondateurs de "Frontières", Anne Bitran et Olivier Vallet devant le papyrus tendu qui sert à projeter les ombres. Anne Bitran tient le personnage du migrant.  ©Noémie Koskas/D9
Les cofondateurs de "Frontières", Anne Bitran et Olivier Vallet devant le papyrus tendu qui sert à projeter les ombres. Anne Bitran tient le personnage du migrant. ©Noémie Koskas/D9
Sous les yeux de dizaines d’enfants et d’adultes, le spectacle sur le voyage d’un migrant, conçu par Les Rémouleurs, s’est joué ce mercredi 21 mars au centre d’animation de la Tour des Dames.  Théâtre d’ombres, Frontières est un conte sans mots, porté par les percussions de Francesco Pastacaldi, interprétées en direct. On suit un jeune migrant, une marionnette manipulée par des bâtons, qui quitte sa famille puis son pays ainsi que sa longue épopée à travers les paysages et les différentes étapes de son parcours, souvent laborieuses. Sur le grand rideau de papyrus, les ombres des personnages se dessinent.

« Alors que les médias célèbrent les héros modernes, sportifs, navigateurs et autres alpinistes, nous croisons chaque jour sans les voir des aventuriers d'une autre trempe, Ulysses anonymes et désargentés, qui ont affronté barbelés, policiers et passeurs, bravé tempêtes et traquenards, éprouvé la soif et l'attente dans le simple but de trouver une meilleure place dans ce monde » écrivent Les Rémouleurs sur leur site.

L’allégorie est tantôt lancinante, le long des routes, tantôt angoissante, face aux multiples embûches, grâce au support musical. C’est un monde fantasmagorique où les symboles se succèdent. Il y a la métaphore du passeur, représenté par une vieille dame. Elle rencontre le migrant, échange avec lui avant d’ouvrir grand la bouche… pour avaler son billet. « Les passeurs sont des personnes ambivalentes » explique la metteuse en scène, Anne Bitran.
 

On retiendra la terrible scène du naufrage, extrêmement graphique et sombre où se mêlent ombres de corps s’enfonçant dans les profondeurs de l’océan et ressac de la mer joué par Francesco Pastacaldi. « Quand l’eau est tranquille, je frotte une brosse contre la caisse claire et quand elle est agitée, j’utilise une chaine sur la timbale » explique le percussionniste. Des objets de tous les jours jouxtent les instruments plus « traditionnels » sur son espace de travail, devant la scène. « La percussion, c’est infini… Le son a été créé spécialement pour le spectacle, c’est un peu hybride » sourit le musicien.

Comme l’histoire qu’il raconte, Frontières est un spectacle d’ici et d’ailleurs. « On a mis un an à le concevoir » relatent ses cofondateurs Anne Bitran et Olivier Vallet. Il a été créé en 2014 à Jakarta et joué en Asie puis en France. Et pensé sans langage « parce qu’on a voulu qu’il soit universel » explique Olivier Vallet.

Un spectacle compliqué pour les plus petits

A l’origine, le spectacle n’était d’ailleurs pas destiné aux enfants, ce que l’on comprend face à sa complexité. Pourtant, quand la lumière revient au centre d’animation de la Tour des Dames, les petits spectateurs ont envie de s’exprimer. Un intervenant de la Cimade, Hubert, se joint aux artistes sur la scène pour débattre avec les enfants, âgés de 8 à 11 ans.

Une discussion bienveillante à propos des nomades du 21ème siècle s’engage, sans filtre ni tabou. Les enfants sont étonnamment informés sur le sujet. D’ailleurs, la majorité réalise qu’il leur est plus facile de traverser les frontières que d’autres enfants du monde. A leurs réponses pleines de fraîcheur (« Il faut les aider parce que c’est pas cool de vivre dans la rue et en plus y’a même pas à manger… ») s’ajoutent leurs inquiétudes : « Mais c’est dangereux, imagine je suis dans la rue et je parle à un migrant, eh ben, après il me vole ! »

Un débat pertinent, quoiqu'orienté, tant le problème est complexe et prégnant dans nos sociétés modernes. Cette thématique sera encore abordée dans les évènements prévus pour cette semaine de soutien aux migrants, organisée par le collectif Xclus. Par exemple, ce dimanche 25 mars il est possible d'assister gratuitement au spectacle « Histoires de vies dans des valises  » au centre Paris’Anim du 19ème arrondissement.
Diane Regny
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