Lundi 12 Mars 2018
Rédigé par Romain Haillard. Modifié le 13 Mars 2018

Théâtre : Camille Claudel sur les planches de l’Athénée


Jusqu’au 24 mars, le théâtre de l’Athénée-Louis-Jouvet accueille la première mondiale de « Claudel, de l’ascension à la chute ». Écrite et mise en scène par Wendy Beckett, auteure australienne, la pièce place au centre de la scène la sculptrice française. Femme libre, artiste de génie, amante abandonnée, chaque facette de Camille Claudel est explorée.


 «Je veux tailler les forces restrictives, j’ai l’impression d’être libre.» Mains sur les hanches, menton relevé, le défi dans le regard, Célia Catalifo domine la salle Christian Erard de l’Athénée. Jusqu’au 24 mars, elle endosse le rôle principal dans Claudel, écrite et mise en scène par Wendy Beckett. De ses premiers cours auprès de son maître et amant Auguste Rodin à son internement psychiatrique en 1913, la pièce suit les traces de la sculptrice française de génie.


Célia Catalifo déroule son texte – et Vlan! – les répliques sont cinglantes. Le sarcasme, deuxième talent de Camille Claudel après la sculpture, irradie l’étroite salle. Les piques font mouche : les spectateurs retiennent difficilement un sourire narquois. Ekaterina Bogopolskaia, critique de théâtre pour Afficha, s’est laissé convaincre par le jeu de l’actrice : «Elle a quelque chose qui sort de l’ordinaire, elle a montré cette rebelle, une grande artiste qui ne ressemblait à aucune autre. »

Une prise en main réussie du personnage grâce à une préparation soutenue : Célia Catalifo a eu cinq mois pour s’imprégner du rôle. Elle a multiplié les lectures et a parcouru les galeries du musée Camille Claudel à Nogent-sur-Seine. Surtout, elle se sent proche de l’artiste : «Je partage son tempérament impétueux, sa colère.» Mais quand l’actrice en parle, elle semble avant tout animée par l’admiration : «Elle s’est émancipée quand elle était haute comme trois pommes. Ça donne une espèce de sauvagerie dans l’existence.»

Célia Catalifo, actrice de 34 ans, incarne le rôle de Camille Claudel. (© Romain Haillard/Dailyneuvieme)
Célia Catalifo, actrice de 34 ans, incarne le rôle de Camille Claudel. (© Romain Haillard/Dailyneuvieme)

 

« Nous avons l’impression de vivre l’œuvre de Camille. »


«Elle voulait être elle-même», pointe la critique Ekaterina Bogopolskaia, avant de souligner : «Elle voulait être une artiste avant toute chose.» Cette dimension n’a pas été occultée par la metteure en scène Wendy Beckett. Pendant un mois et demi, elle a demandé à son premier rôle de suivre des cours de sculpture. Célia Catalifo explique : «L’idée n’était pas de faire de moi une sculptrice mais de comprendre cet art et saisir la solitude d'un atelier.»
 

Trois danseurs – un homme et deux femmes – ponctuent les scènes de dialogue par des chorégraphies. Les épaules se creusent, les tendons saillissent, les muscles se bandent. Les jeux de lumière projettent de fines ombres sur les corps et dégagent des lignes de force. Pensés par la metteure en scène, composés par Meryl Tankard, chorégraphe australienne, les mouvements représentent tour à tour les sculptures de Camille Claudel. La critique de théâtre Ekaterina Bogopolskaia salue la performance : «Nous avons l’impression de vivre l’œuvre de Camille, pas comme simple illustration, nous les vivons de l’intérieur.»
 

Les trois danseurs se muent en statues. De gauche à droite, Sébastien Dumont, Mathilde Rance et Audrey Evalaum. (© Christine Coquilleau)
Les trois danseurs se muent en statues. De gauche à droite, Sébastien Dumont, Mathilde Rance et Audrey Evalaum. (© Christine Coquilleau)


La pièce dépeint la sculptrice dans son ambition vertigineuse. Une folie créatrice partagée avec son amant, Auguste Rodin. Célia Catalifo commente : «Cette histoire commence par la conscience d’être un génie. Quand elle a rencontré Rodin, elle y a vu un double. Débute alors un choc des titans et ses dommages collatéraux.» Un choc des titans où germe une histoire d'amour inconditionnel, une passion destructrice de quinze ans. En couple avec Rose Beuret, mère de son fils unique, Rodin est de 24 ans l'aîné de son élève et amante.

« Savez-vous ce qui s'arrache à elle ? En ce moment même, c'est son âme. »


Ses rêves d’épouser Rodin envolés, Camille Claudel entame une lente descente aux enfers. Une danseuse tombe à genoux. Fragilement, elle tient dans ses mains celle d’un homme. Les mains masculines échappent à son emprise, emportées par une autre femme. Ne reste que le vide : c’est l’Âge Mûr. Créée en 1899 du profond mal-être de la sculptrice éconduite, cette statue tient un rôle central dans la pièce. Paul Claudel, frère de Camille et poète, décrivait en ces mots le chef-d’œuvre : «Ma sœur […] , l'implorante, humiliée à genoux, cette superbe, cette orgueilleuse, savez-vous ce qui s'arrache à elle, en ce moment même, c'est son âme.»

Célia Catalifo se jette à son tour sur les planches de l’étroite salle Christian Erard. Écroulée de chagrin sur un cercueil vide, le sarcasme laisse place au plus grand des désespoirs : «Il y a toujours quelque chose d’absent qui me tourmente.»
 





Infos pratiques

Réservation et dates
Théâtre de l’Athénée-Louis-Jouvet
7 Rue Boudreau, 75009 Paris
Métros : Opéra lignes 3, 7 et 8 et Havre-Caumartin lignes 3 et 9
01 53 05 19 19




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