Dimanche 15 Avril 2018
Rédigé par Le Daily Neuvième. Modifié le 18 Avril 2018

Silence, on tourne ! : une comédie barrée et surprenante


Silence, on tourne !, le dernier spectacle de Patrick Haudecoeur, joué actuellement au Théâtre Fontaine, se révèle être une comédie inventive et barrée dans laquelle le public fait partie intégrante d’un spectacle excessivement drôle.


Silence, on tourne ! : une comédie barrée et surprenante

Alors que la cérémonie des Molières 2018 aura lieu le 28 mai prochain, Silence, on tourne ! , nommé au Molière de la Comédie en 2017, joue les prolongations jusqu’au 30 juin au théâtre Fontaine, dans le 9e arrondissement. Cette comédie burlesque, écrite par Patrick Haudecoeur (“Thé à la menthe ou t’es citron ? ”) et Gérald Sibleyras, offre un spectacle mordant, dans lequel une équipe de cinéma investit un théâtre pour le tournage d’un film intitulé “Une étoile est morte”. La scène à tourner ce jour-là : celle du mari jaloux qui tue l’amant de sa femme.

 

Quand le public devient acteur

Tandis que les spectateurs prennent place dans le théâtre Fontaine, trois hommes en salopettes en jean et chemises à carreaux, interprètent plusieurs morceaux sur scène. Les trois musiciens ne sont en réalité pas uniquement là pour faire patienter le public mais font en fait partie de la pièce. Une entrée en matière digne du théâtre dans le théâtre de Cyrano de Bergerac (Edmond Rostand) mais qui s’avère être plus proche d’Inception, de Christopher Nolan tant les frontières sont floues entre théâtre et cinéma, réalité et fiction, spectateurs et comédiens.

 

Le public, sur lequel se braquent des lumières rouges perd rapidement son caractère passif. Pris à part par les acteurs, il comprend bien vite qu’il fait partie intégrante du spectacle. Les spectateurs deviennent ainsi les figurants du film qui se déroule dans un théâtre, pour jouer le rôle des spectateurs. Les acteurs se moquent gentiment d’eux. “On vous voit pas, vous êtes mal payés, vous avez aucun avenir !” lance Philippe, un des acteurs du film.   

 

De nouveaux personnages burlesques

Si le spectateur est aussi enclin à prendre part à la pièce, c’est aussi parce qu’il est entouré de personnages familiers. La pièce baigne ainsi dans la tradition du burlesque, avec des personnalités haute en couleur, souvent caricaturales : la vieille femme trompée par son mari, qui se voudrait plus jeune, vêtue d’une longue robe rouge comme pour symboliser l’amour et la colère ; la jeune première pas si innocente qui va causer des querelles, dans sa robe de couleur verte qui, s’il faut le rappeler, est censée porter malheur au théâtre, ou encore les personnages secondaires, tantôt revêche, tantôt gourde, et qui finalement se montrent plus fins et clairvoyants que les autres. Ces personnages coutumiers sont rejoints sur scène par les archétypes de notre société, comme le producteur véreux.

 

La dimension burlesque se retrouve également dans leurs actions et interactions. Blagues potaches, chutes et courses poursuites sont au rendez-vous, mais la façon dont elles sont amenées  change de tout ce que l’on a pu voir. Les relations amoureuses connaissent elles aussi une transformation, ou plutôt une transposition puisque, sur fond de couples marivaudiens, le public voit apparaître un couple lesbien, véritable coup de fraîcheur sur le burlesque.

 

Entre comique de répétition et de l'inattendu

Dans Silence, on tourne !, les gags fusent à une vitesse ahurissante. Le spectacle, entrecoupé d’applaudissements, dure d’ailleurs plus longtemps que l’heure et demie annoncée. Une des pistes humoristiques les plus exploitées est le comique de répétition. celui-ci est travaillé de plusieurs manière : sur un temps très resserré (un personnage qui répète la même chose plusieurs fois d’affilée afin de se faire comprendre, par exemple) comme sur un temps long (avec les blagues qui se font écho à différents moments de la représentation).

 

Grâce à l’histoire même de la pièce, ce comique de répétition se transforme bien souvent en comique des répétitions. Comme dans l’autre grand succès de Patrick Haudecoeur, Thé à la menthe ou t’es citron, les personnages répètent leurs scènes avant de les jouer. Et bien souvent, cette deuxième partie ne se déroule pas du tout comme prévu. Les spectateurs/figurants doivent eux-aussi répéter leurs réactions, pour le plus grand plaisir des acteurs qui s’en donnent à coeur joie.

 

La pièce est en constante tension entre ce comique de répétition(s) et la surprise totale. Des événements totalement imprévus viennent bouleverser l’action et pointer du doigt la naïveté du public. Un mélange savant et savoureux qui provoque des rires non-stop, du début à la fin. Les surprises, bien évidemment, nous ne les dévoilerons pas, afin de vous laisser le loisir de les découvrir par vous-mêmes.

 

Tout le monde s'y retrouve

Le dernier gros atout de la pièce de Patrick Haudecoeur est très certainement sa faculté à plaire à un large public. Les spectateurs attentifs pourront y trouver une grande influence de la dramaturgie classique, allant des personnages molièresques à l'utilisation abondante des objets sur scène, digne d’un Beaumarchais.

 

Mais aussi des références plus actuelles comme ce “Merci pour ce moment” lâché par Lola, allusion au livre de Valérie Trierweiler, ou encore des clins d’oeil à la saga Star Wars. Si les blagues sont parfois faciles et un peu potaches, comme lorsque le producteur tente de se faire pardonner par sa femme en enfouissant le visage dans sa poitrine, le public, déjà conquis, rit de bon coeur et les jeux de mots font mouche.

 

Cette pièce haute en couleurs provoque à plusieurs reprises l’hilarité générale. Le comique de répétition s’avère d’une efficacité redoutable et la justesse des comédiens permet au public d’entrer facilement dans l’histoire, voire l’empêche d’en sortir. Une performance en particulier nous a laissés sans voix. A vous de découvrir laquelle ...

 

Infos pratiques

Silence, on tourne !
 

Théâtre Fontaine

10 Rue Pierre Fontaine, 75009 Paris
 
Prolongations jusqu'au samedi 30 juin 2018.

Du mercredi au vendredi 21h00, le samedi 16h30 et 21h00 et le dimanche 16h00.

Réservation sur place, par Internet ou par téléphone (01 48 74 74 40)
 

Prix :

Catégorie 1 : 45 euros
Catégorie 2 : 32 euros
Catégorie 3 : 18 euros

10 € pour les -26 ans les mardis, mercredis et jeudis (selon les disponibilités)

 


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