Mercredi 29 Novembre 2017
Rédigé par Clara Robert-Motta. Modifié le 7 Décembre 2017

Punk et destroy : Pigalle revit au New Moon


Le journaliste David Dufresne retrace l’histoire du 66 rue Pigalle dans « New Moon : café de nuit joyeux ». Ce qui était hier une boîte de nuit mythique de punk des années 90, un cabaret de danseuses, un repaire d’artistes, mais surtout un refuge pour l’auteur, est devenu aujourd'hui un magasin bio.


L'auteur a préparé une playlist. A chaque chapitre son morceau : les Sex Pistols, la Mano Negra, Clash, les Négresses Vertes mais aussi Cole Porter et Public Enemy. ©ClaraRobert-Motta/DailyNeuvième
L'auteur a préparé une playlist. A chaque chapitre son morceau : les Sex Pistols, la Mano Negra, Clash, les Négresses Vertes mais aussi Cole Porter et Public Enemy. ©ClaraRobert-Motta/DailyNeuvième
Pigalle, repoussé aux confins du 9e, mal-aimé, adoré, méprisé, mythifiée. C’est dans ce quartier que se trouvait le New Moon, au 66 rue Pigalle. Dans cette boîte de nuit des années 80-90, David Dufresne, qui avait alors 18 ans, découvre l’écosystème Pigalle. Il le décrit ainsi : «Eros et Thanatos main dans la main, la misère et la fraternité, les salopards et les paumés, la pâte humaine en plein Paris. L’inavouable beauté du laid. Le punk.» Trente ans plus tard, le journaliste obsessionnel retrace l’histoire de ce lieu à travers le XXe siècle. 


«Darling, darling, darling …» Elles résonnent dans ce livre, cette énergie et cette musique des années 80-90. David Dufresne en a fait un fil conducteur : à chaque chapitre est attribuée une musique grâce à laquelle on se plonge un peu plus dans l’époque. Tour à tour, cet immeuble de la rue Pigalle sera la Nouvelle Athènes des années 1870 qui accueillait la fine fleur des impressionnistes du moment (Oberkampf, Couleurs sur Paris), le New Moon des années 1980-90 dont les réguliers étaient les fous du punk et du rock (Sex Pistols, God Save the Queen),en passant par le Brick Top, haut lieu de bouillonnement culturel de jazz américain des années 30 (Cole Porter, Miss Otis Regrets). Les 66 et 9 (salle du haut et salle du bas) rue Pigalle ont été traversés par les époques et les musiques. 

Transmettre ce que c'était, sans s'y perdre

Le livre est une invitation à suivre David Dufresne dans son enquête. Incroyablement subjective, l’utilisation du « je » ne rend que plus vivante cette quête de ce qu’il appelle le maintenant. C’est d’ailleurs le parti pris de ces plus de 300 pages : revenir en arrière sans nostalgie pour transmettre ce que c’était, mais pas s’y perdre. «C’était une leçon du New Moon : pour que le maintenant commande, rien ne doit l’obstruer. Surtout pas le poids d’un passé flétri, le spectre de l’ennui


Le journaliste ne fait pas une simple chronologie de l’évolution du lieu, il assemble. Marqué par ses webdocumentaires (Prison Valley, Fort McMoney), David Dufresne mêle interviews, rapports de police, publicités, archives et paroles de morceaux dans son roman. Si tout est vrai (il a passé près de trois ans à récolter informations, témoignages et preuves tel un historien), la forme est en effet romanesque. Une écriture à la Daniel Pennac et des personnages envoûtants à l’image de l’Impératrice de Pigalle, New Moon : café de nuit joyeux est un roman vrai ou du vrai romanesque, au choix. 

«Il ne nous restait que le punk.»

New Moon c’est aussi mieux comprendre ce que le punk a été pour cette génération. Pour l’auteur, on ne saisit pas toujours son essence : «C’était la fin des utopies politiques, il ne nous restait que le punk.» Ces jeunes et moins jeunes se donnaient à Pigalle qui était devenu leur refuge. «Monter cet escalier, c’était ça : refuser d’être une tribu, refuser le combat qu’on nous proposait ; c’était refuser d’entrer dans une réserve avec pour miradors annonceurs, marketeurs et traîtres.» En 2004, le refuge a été démoli. Aujourd’hui, c'est un magasin bio.

Clara Robert-Motta

Infos pratiques :

New Moon : café de nuit joyeux, de David Dufresne
Paru aux éditions Le Seuil, septembre 2017
20 euros papier, 14,99 euros ebook
Facebook (géré par l'auteur)
 




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