Vendredi 16 Février 2018
Rédigé par William Poutrain. Modifié le 9 Mars 2018

Nuit de la solidarité : les bénévoles à la rencontre des SDF du 9e


Le député Sylvain Haillard a récemment créé la polémique en prétendant que la majorité des sans-abris «dormait dans la rue par choix». Ce jeudi-soir, pour la toute première Nuit de la Solidarité, l’heure était au décompte. Plus de 1 800 parisiens bénévoles ont sillonné les rues pour rencontrer les sans domicile fixe (SDF).


Les sans-abris vont parfois jusqu'à dormir dans les cabines téléphoniques (©wikipedia)
Les sans-abris vont parfois jusqu'à dormir dans les cabines téléphoniques (©wikipedia)
À la mairie du 9e arrondissement ce jeudi soir, il est 20H lorsque les bénévoles de Paris se mêlent à ceux de la Croix-Rouge dans un vaste amphithéâtre. Environ une soixantaine de personnes prend place dans les gradins quand le briefing commence. La mairie leur explique comment procéder au décompte des sans- abris. La démarche est simple : les bénévoles doivent remplir un questionnaire à partir des réponses obtenues auprès des SDF. Le but de ces questions est de déterminer combien d'entre eux sont réellement sans logement et ce dont ils ont besoin dans l’urgence. 

Les bénévoles sont divisés en douze groupes qui sont dispatchés dans les quartiers du neuvième. Dans l’un deux, Gabriel de la Croix-Rouge, accompagné de Françoise et Agnès, remonte la rue Notre-Dame-de-Lorette. Arrivés place Pigalle, ils font la rencontre d’Amaran. Ce jeune homme robuste à l’accent slave traverse la route d’un pas déterminé. Il n’a pas hésité en distinguant le blouson de la Croix-Rouge que porte Gabriel. Amaran est dépité : «je touche le chômage, mais je ne peux dormir que 10 jours par mois à l’hôtel. Par moment j’ai quelques amis qui m’hébergent. Le reste du temps, je dors dans la rue.» Face à son désarroi, Françoise l’encourage : «Il ne faut pas lâcher. Continuez à aller à Pôle Emploi tous les jours. C’est difficile mais il faut s’accrocher.» À part l'ajouter au décompte, le groupe ne peut pas lui apporter plus d’aide. Pour Amaran ce soir, «ce sera nuit blanche». Il lui reste deux ans pour trouver du travail. Passé ce délai, plus aucune aide financière ne lui sera alloué.

Lever le voile sur les vrais chiffres de la misère sociale

«Il a l’air motivé, je pense qu’il s’en sortira», tente de relativiser Agnès. Cette ancienne journaliste travaille aujourd’hui pour Emmaüs. Les maraudes, elle connaît bien. Tout comme Françoise qui, depuis sa retraite, est engagée à l’Armée du Salut. Pour ces deux bénévoles, La Nuit de la Solidarité est l’occasion de lever le voile sur les vrais chiffres de la misère sociale, à laquelle elles sont souvent confrontées. «À la dernière soupe populaire, l’influence avait baissé de moitié. Pas parce que la situation s’est améliorée, mais parce que le froid et l’humidité découragent les SDF à bouger», regrette Françoise. 

Gabriel et Françoise échangent avec une famille de Roms. Le père est sourd et muet, mais le fils maîtrise parfaitement le français et le questionnaire est rempli assez rapidement. Ce dernier explique qu’il va à l’école en France et qu’une assistante sociale leur a permis de trouver un logement financé par l'Etat.

 

"Ce n'est pas dans le neuvième que la misère est la plus visible"

Au total, Agnès, Françoise et Gabriel auront marché deux heures. Dans leur «secteur», ils rencontrent quatre personnes, dont une seule est confirmée sans domicile fixe. Une autre, ne peut faire l’objet d’un questionnaire. L'homme est étendu sur le sol. Il semble endormi et la démarche interdit de le réveiller. Le groupe aura finalement rencontré peu de sans-abris. «Dans un sens c’est une bonne nouvelle, résume Françoise. Mais on sait bien que ce n’est pas dans les quartiers de la rue Saint Georges ou près de la cité Malesherbes que la misère est la plus visible.»

Les questionnaires sont ensuite remis à la mairie. Les résultats de l’enquête seront diffusés en mars. Ils devraient donner une idée plus précise du nombre de personnes qui dorment dans les rues de Paris. Le Samu Social estime leur nombre entre 2 000 et 3 000 personnes.
 
William Poutrain



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