Mercredi 6 Décembre 2017
Rédigé par Augustine Passilly. Modifié le 13 Mars 2018

Lutte contre le sida : l’association Aremedia fait le point


Aujourd’hui, grâce à la prise en charge médicale, on ne meurt plus du VIH… Encore faut-il savoir qu’on l’a. C’est le message qu’Aremedia, une association de prévention des conduites à risque, a fait passer le mardi 5 décembre, à la mairie du 9e arrondissement.


Durant la Semaine de lutte contre le sida, le photographe Patrick Messina a exposé ses Portraits de vi(h)es dans la Salle du Conseil de la Mairie du 9e.
Durant la Semaine de lutte contre le sida, le photographe Patrick Messina a exposé ses Portraits de vi(h)es dans la Salle du Conseil de la Mairie du 9e.

«25 000 séropositifs s’ignorent.» Aline Peltier est chargée de projet au sein de l'association Aremedia. Cette trentenaire lutte contre les conduites à risque. Dans le cadre de la Semaine de lutte contre le sida, elle est intervenue le 5 décembre à la Mairie du 9e. Elle regrette le mauvais ciblage des campagnes de dépistage. Présent ce jour-là, le président de l'association, Marc Shelly, renchérit : «La France est championne du monde du dépistage… des séronégatifs». D'après ce médecin de santé publique et addictologue à l'hôpital parisien Fernand-Widal, il faut changer de tactique, viser les «hors les murs».


docteur_marc_shelly.wav Dr Marc Shelly  (2 Mo)


Le médecin désigne en ces termes une population réticente à consulter, voire terrorisée à cette idée : «Ils pensent qu’on va les contrôler comme si on était la police.» Or, ces catégories sont précisément celles qui présentent le plus de risques. Ce sont les travailleurs du sexe, les migrants et les personnes précaires, les consommateurs de drogue en intraveineuse… Les hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes (HSH) sont eux aussi vulnérables. Pour mener à bien la campagne, le personnel de l'association Aremedia doit adapter son langage à chaque groupe et se montrer patient. «Il y a des gens qui sont parfois très peu au courant, il faut reprendre les explications depuis le début, les répéter, répéter le dépistage aussi.»  Cela ne se limite pas aux «populations marginalisées, précaires ou à risque», précise Aline Peltier. Dans l'ensemble, les Français connaissent très peu le VIH. 

Les portraits présentés lors de l'exposition sont regroupés dans l'ouvrage Portraits de vi(h)es écrit par la journaliste Doan Bui et préfacé par Jean-Luc Romero-Michel, président d’Élus locaux contre le sida. (©NoémieKoskas/D9)
Les portraits présentés lors de l'exposition sont regroupés dans l'ouvrage Portraits de vi(h)es écrit par la journaliste Doan Bui et préfacé par Jean-Luc Romero-Michel, président d’Élus locaux contre le sida. (©NoémieKoskas/D9)

Entre ignorance et dramatisation

Il y a ceux qui dramatisent le virus. «16 % des adultes ont une attitude qu’on peut qualifier de sérophobe», déplore Marc Shelly. Il y a aussi ceux qui fantasment. 20 % des jeunes Français pensent que les moustiques sont contaminants. Ces personnes vivent dans un stress permanent. Certaines pensent pouvoir être contaminées au contact de verres, de couverts, de toilettes à usage commun, ou de salive… Et puis il y a ceux qui, au contraire, dédramatisent un peu trop. «Aujourd’hui, c’est génial, les malades ont des vies plus longues […], mais ça a tellement dédramatisé le sujet que les gens n’ont plus peur de cette maladie.» Aline Peltier rappelle qu’il s’agit d’une maladie chronique, qui touche 150 000 personnes sur notre territoire. Et que non, le vaccin n’est pas pour demain, car la nature très mutable du virus compromet son efficacité à long terme.

aline_peltier.wav Aline Peltier, chargée de projet chez Aremedia  (10.97 Mo)


La meilleure solution pour se protéger reste donc le préservatif. Une nouveauté est cependant testée en France depuis deux ans : la PrEP  (prophylaxie pré-exposition). Ce traitement est destiné aux groupes surexposés, qu’il s’agisse des HSH, des transgenres, des travailleurs du sexe… Délivrée sur ordonnance et conditionnée à un suivi médical, la PrEP nourrit de profonds espoirs : aux Etats-Unis, elle a permis de faire chuter le front épidémique de 20 à 30 %. Une statistique enviable de ce côté de l’Atlantique. 

L'exposition Portraits vi(h)es donne la parole aux séropositifs., souvent très seuls. Quatre personnes séropositives sur 10 vivent seules et quatre sur dix ne travaillent pas. (©AugustinePassilly/D9)
L'exposition Portraits vi(h)es donne la parole aux séropositifs., souvent très seuls. Quatre personnes séropositives sur 10 vivent seules et quatre sur dix ne travaillent pas. (©AugustinePassilly/D9)

Plusieurs modes de dépistage existent

«On ne meurt plus du sida, si tant est qu’on sache qu’on l’ait…», affirme Aline Peltier. En France, 40 % des porteurs du virus ne découvrent leur séroposivité qu’au bout de trois ans et plus. Même si les malades ne présentent aucun symptôme avant cinq à dix ans - parfois plus -, ils sont déjà contagieux et risquent surtout de dépasser la période pendant laquelle il est possible de rendre la charge virale indétectable. Et de réduire considérablement les risques de transmission. 

Dans un délai de 48 heures, le TPE (traitement post-exposition) réduit considérablement le risque de développer le VIH. Le docteur Shelly salue son «efficacité spectaculaire». Au bout de quatre à six semaines, un dépistage fiable peut être réalisé en laboratoire - l’examen est gratuit sur ordonnance et facturé 15€ sans. Trois mois après une prise de risque, il devient possible d’utiliser un Trod (test rapide à orientation diagnostique), un dispositif ne nécessitant qu’une petite piqûre au bout du doigt.

Des dépistages anonymes peuvent aussi s’effectuer dans des Centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic des infections sexuellement transmissibles (CeGIDD). Certaines associations, comme Aremedia, en proposent également. En respectant le même délai après la prise de risque, des auto-tests vendus en pharmacie peuvent également être utilisés, bien que non-remboursés par la sécurité sociale. Comptez une vingtaine d’euros pour se les procurer. Le Trod et l’auto-test présentent l’avantage de fournir le résultat en 30 min. Ils sont fiables à 99 %.

Florence vit avec le VIH. Comme pour d’autres malades, son traitement a été simplifié : prendre un seul comprimé par jour peut suffire. (©AugustinePassilly/D9)
Florence vit avec le VIH. Comme pour d’autres malades, son traitement a été simplifié : prendre un seul comprimé par jour peut suffire. (©AugustinePassilly/D9)

Une vie plus longue est possible

Dans un centre de dépistage, les résultats sont toujours remis par un médecin. L’équipe médicale, appuyée parfois par des associations comme Aremedia, oriente alors le malade vers des soins. Il s'agit de traiter le virus et de stopper les effets de la contamination. «L’idée, c’est que les gens s’approprient leur santé», explique Aline Peltier. Si cette démarche est effectuée à temps, le patient ne contractera pas le sida (voir encadré). Aujourd’hui, une personne atteinte du VIH vit même plus longtemps qu'une personne non infectée par le virus, nous apprend Marc Shelly. Concrètement, un jeune homme de 22 ans atteint du VIH a une espérance de vie de 89 ans en moyenne, selon l'addictologue. C'est dix ans de plus que l'âge avancé par le Centre d'observation de la société. Pourquoi ? Parce que ces personnes sont suivies plus régulièrement par des équipes médicales. 

patrick_breitburd.wav Patrick Breitburd, membre du Centre Tibériade  (11.77 Mo)


Une vie plus longue, mais pas forcément plus heureuse. «Les malades sont victimes d’ostracisme», constate le docteur Shelly. Cette exclusion, Patrick Breitburd en a fait son combat en devenant membre du Centre Tibériade, une association qui accueille quotidiennement les personnes atteintes d’une maladie chronique. L’objectif, selon ce retraité, est d’éviter «l’enfermement entre personnes atteintes du sida». Autrement dit, d'éviter que les séropositifs aient à se cacher, à l’image de leur maladie. Une épidémie encore méconnue mais qui touche chaque année quelque 6 000 nouvelles personnes.

©NoémieKoskas/D9
©NoémieKoskas/D9

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Augustine Passilly
 



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