Mercredi 6 Décembre 2017
Rédigé par Augustine Passilly. Modifié le 9 Décembre 2017

Lutte contre le sida : l’association Aremedia fait le point


Aujourd’hui, grâce à la prise en charge médicale, on ne meurt plus du VIH… Encore faut-il savoir qu’on l’a. C’est le message qu’Aremedia, une association de prévention des conduites à risque, a fait passer le mardi 5 décembre à la mairie du 9e arrondissement.


La salle du Conseil de la Mairie de Paris accueillait à l'occasion de cette journée l'exposition Portraits de vi(h)es signée Patrick Messina. (©NoémieKoskas/D9)
La salle du Conseil de la Mairie de Paris accueillait à l'occasion de cette journée l'exposition Portraits de vi(h)es signée Patrick Messina. (©NoémieKoskas/D9)

«25 000 séropositifs s’ignorent.» Le constat d’Aline Peltier, chargée de projet chez Aremedia, est glaçant. Cette trentenaire lutte contre les conduites à risque au sein de l’association. Dans le cadre de la Semaine de lutte contre le sida, elle est intervenue le 5 décembre à la Mairie du 9e. Et regrette le mauvais ciblage des campagnes de dépistage. «La France est championne du monde du dépistage… des séronégatifs», renchérit le docteur Marc Shelly, président de l’association, également présent. La solution, selon lui ? Changer de tactique, viser les «hors les murs».


docteur_marc_shelly.wav Dr Marc Shelly  (2 Mo)


Le médecin désigne en ces termes une population réticente à consulter, voire terrorisée à cette idée : «Ils pensent qu’on va les contrôler comme si on était la police.» Or ces catégories sont précisément celles qui présentent le plus de risques. Ce sont les travailleurs du sexe, les migrants, les populations précaires, les consommateurs de drogue en intraveineuse… auxquels s’ajoute un profil différent, peu marqué par son exclusion mais tout aussi vulnérable : les HSH (hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes). Il s’agit ensuite, pour les intervenants présents à la mairie, d’adapter leur langage à cet éventail de populations hétérogènes. Et de s’armer de patience. «Il y a des gens qui sont parfois très peu au courant, il faut reprendre depuis le début, répéter, répéter le dépistage aussi.» Et cela ne se limite pas aux populations marginalisées, précaires ou à risque, précise Aline Peltier. Les Français connaissent, dans l’ensemble, très peu le VIH. 

Les portraits présentés lors de l'exposition sont regroupés dans l'ouvrage Portraits de vi(h)es écrit par la journaliste Doan Bui et préfacé par Jean-Luc Romero-Michel, président d’élus locaux contre le sida. (©NoémieKoskas/D9)
Les portraits présentés lors de l'exposition sont regroupés dans l'ouvrage Portraits de vi(h)es écrit par la journaliste Doan Bui et préfacé par Jean-Luc Romero-Michel, président d’élus locaux contre le sida. (©NoémieKoskas/D9)

Entre ignorance et dramatisation

Il y a ceux qui dramatisent. «16 % des adultes ont une attitude qu’on peut qualifier de sérophobe», déplore Marc Shelly. Il y a aussi ceux qui fantasment. 20 % des jeunes Français pensent que les moustiques sont contaminants. Cela peut faire sourire ou, au choix, éveiller notre compassion quand on imagine le niveau de stress permanent de ces personnes, qui sont autant à penser qu’elles pourraient être contaminées au contact de verres, de couverts, de toilettes à usage commun, ou de salive… Et puis il y a ceux qui, au contraire, dédramatisent un peu trop. «Aujourd’hui, c’est génial, les malades ont des vies plus longues […], mais ça a tellement dédramatisé le sujet que les gens n’ont plus peur de cette maladie.» Aline Peltier rappelle qu’il s’agit d’une maladie chronique, qui touche 150 000 personnes sur notre territoire. Et que non, le vaccin n’est pas pour demain à cause de la nature très mutable du virus le rendant compromis même à long terme.

aline_peltier.wav Aline Peltier, chargée de projet chez Aremedia  (10.97 Mo)


La meilleure solution pour se protéger reste donc le préservatif. Une nouveauté est cependant testée en France depuis deux ans : la PrEP  (prophylaxie pré-exposition). Ce traitement est destiné aux groupes surexposés, qu’il s’agisse des HSH, des transgenres, des travailleurs du sexe… Délivrée sur ordonnance et conditionnée à un suivi médical, la PrEP nourrit de profonds espoirs : aux Etats-Unis, elle a permis de faire chuter le front épidémique de 20 à 30 %. Une statistique enviable de ce côté de l’Atlantique. 

L'idée de Portraits vi(h)es consiste à donner la parole aux séropositifs, souvent très seuls. 40 % vivent seuls et la même proportion ne travaille pas. (©AugustinePassilly/D9)
L'idée de Portraits vi(h)es consiste à donner la parole aux séropositifs, souvent très seuls. 40 % vivent seuls et la même proportion ne travaille pas. (©AugustinePassilly/D9)

Plusieurs modes de dépistage existent

«On ne meurt plus du sida, si tant est qu’on sache qu’on l’ait…», affirme Aline Peltier. En France, 40 % des porteurs du virus ne découvrent leur séroposivité qu’au bout de trois ans et plus. Même si les malades ne présentent aucun symptôme avant cinq à dix ans - parfois plus -, ils sont déjà contagieux et risquent surtout de dépasser la période pendant laquelle il est possible de rendre la charge virale indétectable. Et de réduire considérablement les risques de transmission. Pourtant, les solutions existent. 

Dans un délai de 48 heures, le TPE (traitement post-exposition) réduit considérablement le risque de développer le VIH. Le docteur Shelly salue son «efficacité spectaculaire». Au bout de quatre à six semaines, un dépistage fiable peut être réalisé en laboratoire - l’examen est gratuit sur ordonnance et facturé 15€ sans. Trois mois après une prise de risque, il devient possible d’utiliser un Trod (test rapide à orientation diagnostique), un dispositif ne nécessitant qu’une petite piqûre au bout du doigt.

Des dépistages anonymes peuvent aussi s’effectuer dans des Centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic des infections sexuellement transmissibles (CeGIDD). Certaines associations, comme Aremedia, en proposent également. En respectant le même délai après la prise de risque, des auto-tests vendus en pharmacie peuvent également être utilisés, bien que non-remboursés. Comptez une vingtaine d’euros pour se les procurer. Le Trod et l’auto-test présentent l’avantage de fournir immédiatement le résultat.

Travailler chez Sidaction et vivre avec le VIH, c'est possible. C'est ce qu'explique Florence ci-dessus. Le traitement est ajourd'hui simplifié et nécessite la plupart du temps la prise d'un unique comprimé quotidien. (©AugustinePassilly/D9)
Travailler chez Sidaction et vivre avec le VIH, c'est possible. C'est ce qu'explique Florence ci-dessus. Le traitement est ajourd'hui simplifié et nécessite la plupart du temps la prise d'un unique comprimé quotidien. (©AugustinePassilly/D9)

Une vie plus longue est possible

Et après ? Les résultats du dépistage sont toujours remis par un médecin. La seule exception concerne les personnes ayant effectué un auto-test, qui sont fixées en 30 minutes. L’équipe médicale, appuyée dans certains cas par les associations telles que Aremedia, oriente alors le malade vers des soins, afin de traiter le virus et de stopper les effets de la contamination. «L’idée, c’est que les gens s’approprient leur santé», explique Aline Peltier. Si cette démarche est effectuée à temps, le patient ne contractera pas le sida (voir encadré). Aujourd’hui, une personne atteinte du VIH vit même plus longtemps que le reste de la population, nous apprend Marc Shelly. Concrètement, un jeune homme de 22 ans atteint du VIH a une espérance de vie de 89 ans. L’explication ? Un suivi plus régulier de ces populations. 

patrick_breitburd.wav Patrick Breitburd, membre du Centre Tibériade  (11.77 Mo)


Une vie plus longue, mais pas forcément plus heureuse. «Les malades sont victimes d’ostracisme», constate le docteur Shelly. Cette exclusion, Patrick Breitburd en a fait son combat en devenant membre du Centre Tibériade, une association qui accueille quotidiennement les personnes atteintes d’une maladie chronique. L’objectif, selon ce retraité, est d’éviter «l’enfermement entre personnes atteintes du sida». Autrement dit, que les séropositifs n’aient pas à se cacher, à l’image de leur maladie. Une épidémie qui ne dit pas son nom mais touche chaque année quelque 6 000 nouvelles personnes.

©NoémieKoskas/D9
©NoémieKoskas/D9

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Augustine Passilly
 



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