Dimanche 11 Décembre 2016
Rédigé par Maroussia Wosiak. Modifié le 17 Décembre 2016

Les mains froides et le coeur chaud


L'hiver arrive et le froid est déjà présent. Les bénévoles de la Croix-Rouge du 9e arrondissement circulent trois fois par semaine dans les rues du quartier pour amener du réconfort à leurs «bénéficiaires», des mal-logés.


Dans leur local rue Pierre Sémard, à deux pas du square de Montholon, les bénévoles de la Croix-Rouge préparent la maraude du vendredi soir. Dans la pièce principale, des chaises pliables sont disposées en arc de cercle comme si une réunion venait de se finir. Arnaud, comédien et metteur en scène, la quarantaine, au cheveux grisonnants et aux yeux verts, enfile l'uniforme beige de l'association. Dans la petite cuisine, Samira, déjà habillée, réchauffe la soupe du soir et fait bouillir les litres d'eau qui serviront à distribuer thé, café et chocolat chaud aux bénéficiaires. Responsable des maraudes dans le 9e, elle en approvisionne la camionnette. Gobelets, bols en plastique et bonnets tricotés remplissent le coffre du véhicule.


Samira (à g.) et Dorine (à dr.) vérifient la fraîcheur des invendus de la supérette, avec un responsable, pour les distribuer ensuite aux bénéficiaires. ©Maroussia Wosiak
Samira (à g.) et Dorine (à dr.) vérifient la fraîcheur des invendus de la supérette, avec un responsable, pour les distribuer ensuite aux bénéficiaires. ©Maroussia Wosiak

Pendant ce temps, Dorine, chef d'équipe du soir, planifie la tournée du jour. La maraude commencera par la récupération d'invendus alimentaires dans une supérette de la rue La Fayette et d'une grande quantité de pains et de viennoiseries à la boulangerie.

Avant de démarrer la voiture, Dorine rappelle, avec son léger accent néerlandais, les règles à respecter. «On serre la main de tout le monde, on se met à la hauteur des bénéficiaires : s'ils sont assis, on ne reste pas debout à les regarder de haut. En revanche, dès qu'on retourne à la voiture, on se désinfecte discrètement les mains.» Le 9e arrondissement est leur terrain. Avec l'habitude, ils savent où dorment les bénéficiaires. Parfois, ils en rencontrent de nouveaux et s'arrêtent pour apprendre à les connaître


Lien de confiance

La maraude commence aux alentours de 20h et la voiture se dirige rue de Maubeuge. Patrick attend, debout, une béquille à la main, devant un supermarché. Il est à la rue depuis 18 ans. Ce soir, il a le sourire car il retrouve sa «petite-sœur», Samira. Son sourire dévoile une incisive manquante. Emmitouflé sous plusieurs couches de vêtements, Patrick porte un chapeau cabossé et une barbe grisonnante. C'est un habitué du quartier. Il y est depuis une douzaine d'années. Pendant que Samira plaisante avec lui et s'assure que tout va bien, Dorine lui fournit une soupe pour son dîner, un sandwich pour ses fringales nocturnes et un col roulé car il se plaint du froid. Avant de le quitter, Samira lui tend un ticket restaurant pour les prochains jours.

Patrick, à la rue depuis près de 20 ans, attend chaque maraude pour pouvoir discuter avec les bénévoles. ©Maroussia Wosiak
Patrick, à la rue depuis près de 20 ans, attend chaque maraude pour pouvoir discuter avec les bénévoles. ©Maroussia Wosiak

«Chaque maraude nous permet de nourrir une trentaine de personnes. Mais on est là avant tout pour créer du lien avec les bénéficiaires», explique Samira, avec un large sourire. «Il est essentiel d'instaurer une relation de confiance avec eux car c'est comme ça que l'on peut les aider», ajoute-t-elle. Parfois, le lien se crée, parfois il est plus difficile voire impossible. «On comprend assez rapidement quand une personne n'a pas envie de parler. Dans ce cas on s'assure qu'il n'y a pas de problème et on s'en va.» 

A la Croix-Rouge du 9e, il y a une soixantaine de maraudeurs pour assurer les trois maraudes hebdomadaires, du mardi, mercredi et vendredi. L'association aimerait mettre en place des maraudes pédestres le dimanche pour être présents même le week-end.

Selon un rapport de la Fondation Abbé Pierre, publié en janvier 2016, le nombre de personnes privées de logement
personnel culmine à près de 900 000. Le rapport souligne également qu'entre 2001 et 2012, «le nombre de personne sans domicile a augmenté d'environ 50%», selon l'enquête Sans-domicile de l'INSEE. En cause notamment le coût des loyers. Dans le 9e, le prix moyen du mètre carré à la location en décembre 2016 est de 29,79€.

Tableau publié dans le 21e rapport de la Fondation Abbé Pierre sur les chiffres du mal-logement.
Tableau publié dans le 21e rapport de la Fondation Abbé Pierre sur les chiffres du mal-logement.

«Besoin d'aider»

Une nouvelle famille roumaine a été signalée lors de la précédente maraude. Arnaud arrête la voiture à leur hauteur pour discuter avec elle. La famille est couchée sur un matelas abandonné. Cinq couvertures différentes maintiennent au chaud leurs enfants endormis.

Les deux enfants se réveillent et prennent des biscuits et un chocolat chaud pour se réchauffer dans la nuit froide. Les deux jeunes parents racontent que le Samu social les a contactés. Malheureusement, les logements proposés sont situés bien trop loin du travail du père. La barrière linguistique empêche une compréhension claire. Les deux parents connaissent déjà quelques mots de français mais c'est insuffisant. Samira explique que la Croix-Rouge donne des cours de français gratuitement. La mère de cette petite famille pourrait en bénéficier si son mari trouve un travail.

Cela fait deux ans que Samira a intégré la section du 9e. Elle n'est pourtant pas du quartier, mais elle avait «besoin de faire des maraudes, d'aider les gens». De leur côté, Dorine et Arnaud vivent dans l'arrondissement. Mais «c'est parfois gênant de croiser les bénéficiaires lorsqu'on est en civil, car ils ne comprennent pas toujours qu'on ne puisse pas les aider», raconte Dorine qui participe aux maraudes depuis un an et demi.


Remotiver les bénéficiaires

C'est notamment le cas de Maxime, âgé d'une vingtaine d'années, cheveux blond mi-long et barbe de trois jours. Dorine passe devant lui tous les jours mais impossible pour elle de discuter avec lui à chacun de ses passages. Il vit dehors depuis près de cinq ans car il a coupé tout lien avec sa famille bretonne. Tout ce qu'il a est contenu dans son sac à dos rouge et un sac de coton blanc. Alors qu'il grelotte pendant la discussion, l'association lui offre une veste. Il l'accepte après l'insistance de Dorine.


Samira prépare du thé pour réchauffer les bénéficiaires car il fait 5°C dans la rue. ©Maroussia Wosiak
Samira prépare du thé pour réchauffer les bénéficiaires car il fait 5°C dans la rue. ©Maroussia Wosiak

À son arrivée à Paris, Il n'avait plus de papier sur lui. Pendant quatre ans, il a lutté pour obtenir un passeport. Aujourd'hui, les habitants de la rue des Martyrs l'aident pour qu'il ouvre un compte en banque et qu'il puisse se loger. Pour autant, Maxime s'agace de la lenteur administrative et affirme la mine fatiguée : «Parfois, je me dis que s'il y avait un pont dans le quartier, je m'en jetterais.» «Dialoguer avec les bénéficiaires chaque semaine est essentiel. Cela nous permet de suivre leur évolution, de les remotiver pour qu'ils ne baissent pas les bras», explique Arnaud au volant du véhicule. C'est pourquoi ils sont fiers de porter les couleurs de l'association malgré le froid nocturne.


Infos Pratiques

Croix-Rouge française
14, rue Pierre Sémard
Métro Poissonnière (ligne 7)
01 48 78 63 87


 
Maroussia Wosiak




1.Posté par sylvain le 12/12/2016 23:06
Un article qui fait chaud au coeur et montre qu'il y a des bonnes volontés qui s'investissent pour aider les autres. De plus, il met en avant une possibilité d'engagement pour ceux qui souhaiteraient donner de leur temps mais sans savoir quoi faire.

L'article est bien rythmé je trouve, et il se lit d'une traite, sans rupture.

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