Mardi 13 Février 2018
Rédigé par Sébastien Rouxel . Modifié le 13 Février 2018

Le gymnase Gauguin, un hébergement d’urgence pour les sans-abris


Depuis le 7 février, près de 90 personnes sans domicile sont hébergées dans le gymnase Gauguin. Un abri d'urgence pour se protéger du froid actuel...


Depuis le 7 février, le gymnase Gauguin (33 rue Milton) accueille près de 90 sans-abris ( ©Sébastien Rouxel/D9)
Depuis le 7 février, le gymnase Gauguin (33 rue Milton) accueille près de 90 sans-abris ( ©Sébastien Rouxel/D9)
90 lits pliants alignés. Tous sont recouverts d’un tissu blanc jetable et d’un drap bleu. Pour le moment, beaucoup sont vides. Mais dans quelques-uns, on devine la silhouette d’un homme emmitouflé dans une couverture marron. Depuis le 7 février, le gymnase Gauguin (33 rue Milton) a ouvert ses portes aux sans-abris. Cogéré par la Ville de Paris et plusieurs associations, il dispose d’une capacité de 90 places et permet aux personnes sans domicile de se réfugier le temps de la vague de froid.
« L’Etat fournit du matériel et des personnes, notamment pour la sécurité. Les associations présentes comme l’Armée du salut ou Travail et Partage sont en charge du reste », explique Jean-Yves Di Chappari, salarié du CASP (Centre d’action sociale protestant). Cette association participe notamment à la gestion de cet hébergement d’urgence depuis son ouverture. « Au niveau des couvertures, on a à peu près ce qu’il faut. J’en ai quand même vu certains avec les pieds nus, il nous faudrait des chaussettes et quelques vêtements chauds », explique cet assistant social de formation. Il appelle surtout aux dons de jeux : « Ce qui nous manque, c’est plus lié à l’occupationnel : quelques bouquins, des cartes, etc. »
Il est 20 heures. Dans l’entrée, trois jeunes hommes sont assis. Ils discutent. L’un d’eux se lève, répond à son téléphone et commence à parler en anglais. Il essaye de joindre le Samu social. « On est aux ordres du 115 (numéro du Samu social). Il nous faxe des documents avec l’identité des personnes admises au gymnase puis nous les accueillons. Seules ces personnes peuvent être hébergées », indique Jean-Yves Di Chappari. 

« Ça fait du bien d’être au chaud et d’avoir de la nourriture »

Dans le gymnase, quelques tables côtoient les lits. Certains sans-abris se rassemblent pour le diner et conversent. D’autres, comme Malik, préfèrent rester seuls. Les pieds nus, ce jeune homme se dirige vers une multiprise, débranche son téléphone puis s’attable seul. Il raconte : « Je suis arrivé avant-hier soir. Je n’ai pas de logement en région parisienne donc j’ai appelé le 115 puis ils m’ont renvoyé un sms m’expliquant qu’une place était disponible ici. Ça fait du bien d’être au chaud et d’avoir de la nourriture. » Chaque personne hébergée ici peut prendre une douche et profiter de trois repas par jour.
Le gymnase reste ouvert toute la journée mais Malik préfère se balader. « Je vais vers Porte de Clignancourt voir d’anciens amis, je fais mes affaires. Le soir, je reviens ici », confie-t-il en souriant. Les écouteurs enfoncés dans les oreilles et les yeux rivés sur son téléphone, il reste encore quelques minutes assis avant de quitter sa table.

 

C'est dans cette salle que les salariés et bénévoles entreposent la nourriture et réchauffent les plats (©Sébastien Rouxel/D9)
C'est dans cette salle que les salariés et bénévoles entreposent la nourriture et réchauffent les plats (©Sébastien Rouxel/D9)
A côté des buts de handball, un buffet est organisé. Des cagettes  bleue et vertes en plastique sont remplies d’oranges, de yaourts et de morceaux de pains. Revenu d’une petite salle les bras chargés de barquettes de plats chauds, Tounsi se plaint du four : « Tu sors un plat quelques minutes et il est déjà tout froid ! » Il dépose les provisions sur la grande table puis un homme vient se servir. Une assiette et des couverts en plastique, un gobelet rempli de café et du sucre. Tounsi s’amuse : « Tu nous coûtes cher, toi ! » L’homme glousse.
Salarié de l’Armée du Salut depuis presqu’un an, Tounsi passe du temps avec chacune des personnes sans-abri hébergées ici. « Je sais ce que c’est, je suis passé par là. Parfois, un petit mot gentil fait plus de bien que du caviar. Et c’est important qu’ils ne pensent pas qu’il y a d’un côté les travailleurs et de l’autre les sans-abris », affirme cet homme longiligne.
Ici, tout le monde semble conscient de cela. Koceila et Mehdi travaillent pour la SPG, une société de sécurité. Mais ce n’est pas vraiment le cœur de leur travail dans ce gymnase. « On reste toute la nuit donc on s’occupe des gens, on sympathise », expliquent-ils à l’unisson. Quelques minutes plus tard, ils le démontrent. Un jeune homme vient d’arriver. Ils lui décrivent l’organisation : « Vous avez un petit-déjeuner, vous pouvez prendre une douche. A partir de 21h30, on passe faire les listings donc soyez-là. » 

Juste une parenthèse pour les sans-abris

Un peu plus loin, Corentin Desnoyers discute avec un sans-abri. Cet éducateur spécialisé intérimaire est chargé d’évaluer la situation de ces personnes pour dégager des personnes prioritaires. Il remplit ensuite des fiches d’orientation vers des plateformes d’hébergement pérennes et adaptées à chacun. « Je ne suis là qu’une semaine. Il m’est impossible de voir les 90 personnes ou en tout cas de remplir toutes les fiches d’orientation », regrette-t-il. Son action permet tout de même de rediriger quelques personnes vers des plateformes d’hébergement pérennes. « Depuis que je suis arrivé, j’ai rencontré une personne séropositive. Je sais que son dossier sera prioritaire », dit-il.
Mais les places disponibles dans ces types d’hébergement sont largement inférieures à la demande. « On est ouvert au moins jusqu’à vendredi. L’ouverture sera prolongée en fonction des conditions climatiques, je pense », explique Jean-Yves Di Chappari, le salarié du CASP. D’ici-là, le gymnase Gauguin offre un toit aux sans-abris. Mais parmi eux, beaucoup retourneront ensuite dans la rue.
                                                                                                                                              Sébastien Rouxel et Corentin Le Dréan
 

Pour signaler un sans-abri, vous pouvez appeler le 01 42 82 01 23.



Vous aimerez aussi
< >

Mercredi 7 Février 2018 - 12:15 Abdelmalik Bensaïd, tout pour sa mère

Mercredi 13 Décembre 2017 - 18:30 Le mobilier urbain du 9e arrondissement contre les SDF


Nouveau commentaire :







La playlist de septembre