Dimanche 6 Mars 2016
Rédigé par Adélaïde Mangin . Modifié le 6 Mars 2016

La boutique du père Tanguy, maison impressionniste


Van Gogh, Monet, Renoir, Gauguin, Pissaro, Toulouse-Lautrec. Tous se sont côtoyés dans la boutique du Père Tanguy au 14 rue Clauzel, dans le 9e arrondissement. L'atelier du «marchand de couleurs» est à la fois un lieu d'exposition et de rencontre prisé d’artistes.


La boutique du père Tanguy, un carrefour pour les artistes ©Adélaïde Mangin/D9
La boutique du père Tanguy, un carrefour pour les artistes ©Adélaïde Mangin/D9

«C'est là que nous avons commencé, chacun de nous, à exposer nos toiles», a confié le célèbre peintre impressionniste Claude Monet au cinéaste et écrivain Sacha Guitry. Il faisait allusion à la boutique du Père Tanguy, marchand de couleurs dans le 9e arrondissement pendant la seconde moitié du 19ème siècle.


A cette période, le quartier constitue l'épicentre d'un bouillonnement intellectuel et artistique. Julien François Tanguy, originaire de Bretagne, commence comme plâtrier avant d'ouvrir sa boutique où il «broie des couleurs» et vend aux peintres de l'époque le matériel dont ils ont besoin. L’homme, emprisonné pendant quatre ans à Brest pour avoir participé à la Commune, devient vite la coqueluche des peintres. Monet détaille le rythme auquel le père Tanguy expose ses clients et amis. «Le lundi, Sisley, le mardi, Renoir, le mercredi, Pissarro, moi le jeudi, le vendredi, Bazille, et le samedi Jongkind. C'est ainsi que chacun à son tour nous passions une journée dans la boutique du Père Tanguy». Le lieu leur permet à la fois de se rencontrer et de se faire connaître. Au fil du temps, des amitiés naissent entre le vieil artisan et ses clients.


Le père Tanguy, ami intime des peintres

La boutique du père Tanguy, maison impressionniste

Le visage serein, cerclé d'un collier de barbe blanche, les mains croisées sur les genoux et vêtu d'un caban bleu marine, le portrait du père Tanguy, trône fièrement au milieu d'estampes japonaises. Ce tableau réalisé par Van Gogh puis cédé en 1887 au sculpteur Rodin, fait partie d'une série de trois portraits réalisés par le peintre. Les deux hommes s'estiment, Emile Bernard, un proche de Toulouse-Lautrec et Gauguin évoquait «une amitié douce et sincère». A la mort du peintre, l'écrivain et journaliste Octave Mirbeau décrit la détresse du père Tanguy à la mort du peintre: «Ah! Le pauvre Vincent! Quel malheur, Monsieur Mirbeau! Quel grand malheur! Un pareil génie! Et si bon garçon!». Aujourd’hui, une plaque au-dessus de la porte cochère rappelle l'existence de ce lieu insolite et de son personnage emblématique, le père Tanguy.  


De l'impressionnisme aux estampes japonaises

La boutique du père Tanguy, maison impressionniste

Au cours du 19ème siècle, le japonisme se popularise dans la société artistique française et influence le travail des impressionnistes. Van Gogh, fervent collectionneur d'estampes, possèdait près de 480 peintures japonaises. Le galeriste japonais Akihiro Aoyagi qui occupe désormais la boutique du Père Tanguy, a eu à cœur de préserver la mémoire du lieu : «L'histoire doit se poursuivre». Ce lieu symbolique incarne l'influence de la peinture japonaise sur les peintres impressionnistes. M. Aoyagi montre une estampe d'Utagawa Hiroshige à côté d'une copie réalisée par Van Gogh: «Avant d'être au contact de la peinture japonaise, l'univers de Van Gogh était très sombre. L'intensité des couleurs qu'on lui connaît vient ensuite, suivant le modèle des maîtres japonais.»

 Sur le portrait du «Père Tanguy», quatre estampes aux couleurs vives constituent l'arrière-plan du tableau. La galerie japonaise d'Akihiro Aoyagi a choisi de perpétuer l'âme du lieu, d'en respecter l'histoire tout en faisant le pont avec l'influence japonaise sur l'impressionnisme français. À découvrir au 14 rue Clauzel.

Informations pratiques:
Boutique du père Tanguy 
14, rue Clauzel
Métro: Saint-Georges (ligne 12)
 



Adélaide Mangin 
 


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