Mercredi 15 Novembre 2017
Rédigé par Vincent Marcel et Céline Brégand. Modifié le 21 Novembre 2017

La RATP a encore un métro de retard pour l'accueil des personnes handicapées mentales


L’association du 9e Les Papillons blancs de Paris travaille main dans la main avec la RATP pour faciliter l'accès des 16 lignes du métro parisien aux personnes handicapées mentales d’ici à la fin 2020. Seule la ligne 10 leur est aujourd'hui accessible.


D’ici à la fin de l’année 2020, les agents RATP devront être formés à l’accueil et à l’accompagnement des personnes handicapées mentales. L’association du 9e arrondissement Les Papillons blancs de Paris travaille de concert avec la RATP afin de leur simplifier l’accès au métro. Cette promesse sera-t-elle tenue à temps ? Seule une ligne sur les 16 que comporte le réseau RATP affiche pour le moment le pictogramme S3A (Symbole d’Accueil, d’Accompagnement et d’Accessibilité). Et certains agents n’ont même jamais entendu parler de cette formation.
 



Former les agents aux «bons mots» et aux «bons gestes»

Selon l'Unapei dont l'association Les Papillons blancs de Paris est membre, «le handicap mental est d'abord la conséquence sociale d'une déficience intellectuelle». Il ne faut donc pas le confondre avec le handicap psychique, qui est la conséquence d'une maladie mentale. Sur la ligne 9, qui dessert trois stations du 9e, l’association forme actuellement une quarantaine d’agents RATP à distiller «les bons mots» et «les bons gestes» aux 700 agents travaillant sur la ligne. Comment parler aux personnes handicapées mentales ? «D’une manière normale, sans condescendance, avec des mots simples et sans abréviations», explique Marie-Thérèse Montcharmont, bénévole à la section du 9e des Papillons blancs de Paris.

Premier objectif : sensibiliser les agents RATP à une réalité qu’ils appréhendent mal. Deux heures et demi maximum de formation théorique sont proposées à des groupes allant de cinq à 50 agents. Les mises en situation sont rares. Pour seul support, un PowerPoint. Entre les lignes, un constat se dessine : les personnes handicapées mentales doivent être considérées avec autant d’égard que les autres. Parmi les conseils prodigués aux agents RATP : «Ne pas couper la parole», «utiliser le vouvoiement» ou encore «ne pas infantiliser».

Des efforts manifestes pour des résultats incertains. Les personnes handicapées mentales et leurs familles sont encore trop souvent livrées à elles-mêmes. Marie-Thérèse Montcharmont milite pour un métro plus inclusif. «On a longtemps demandé aux personnes handicapées d’être invisibles. Aujourd’hui, c’est à la société de faire un effort», résume-t-elle. Cette population vulnérable représente 1% de la population française.

Ce sont donc 650 000 personnes en proie à des difficultés nombreuses et variées. «Beaucoup ont peur du contact et il y en a qui ne savent pas lire», explique la bénévole. Et parfois, elles peuvent être désorientées et se perdre dans le métro. Le pictogramme S3A doit permettre de les rassurer. La formation va donc dans les deux sens : «On apprend aux personnes handicapées à aller vers des gens en uniforme, à se signaler à un agent de la RATP si elles sont perdues ou troublées par un incident», indique la bénévole. «Une formation humaine qui donne du sens au métier des agents», se félicite le chargé d’affaire à la mission accessibilité de la RATP, créée en 2009.

Promesses non tenues

Un agent en poste à la station Le Peletier a aidé une personne handicapée mentale la semaine dernière : «Elle avait peur des écrans informatiques», se souvient-il. Il n’a pourtant jamais reçu cette formation et n’y croit pas une seule seconde. «Les formations bidons de 5 minutes de la RATP, on les connaît», raille-t-il. Même son de cloche sur la ligne 10 labellisée S3A dès 2016. Un agent en poste depuis 2010 n’a jamais entendu parler de cette formation.


Tous les agents sont pourtant censés l’avoir. «Je ne me l'explique pas», rétorque le chargé d'affaire de la RATP qui tient à rappeler que pour obtenir le label S3A, «au moins 70% des agents doivent avoir suivi la formation». «Personne sur la ligne 10 ne peut ignorer ce label», se défend Marie-Thérèse Montcharmont. Encore faut-il que agents de la RATP soient tous au courant de l'initiative.

Aux stations Opéra, Notre-Dame-de-Lorette et Chaussée d’Antin-La Fayette, les agents présents aux bornes d'information n’ont pas encore été mis au courant de cette formation. Contrairement aux voeux de l’association, les agents du métro ne seront probablement pas tous formés en 2020. D’autant plus que la RATP rétropédale. Celle-ci avait promis aux Papillons blancs de Paris la mise en conformité de l’ensemble du réseau aux normes S3A fin 2018. Une «erreur d'interprétation», selon le chargé d'affaire de la RATP.

Deux ans de retard qui s’ajoutent à un passif historique. Seulement neuf stations sur 303 sont accessibles aux personnes handicapées en fauteuil roulant. Aucune dans le 9e. Mais le prolongement de la ligne 14 et les futures lignes 15,16,17 et 18 le seront, selon les informations de handicap.fr. En travaux jusqu’au 30 novembre, la station Trinité-d’Estienne d’Orves se modernise dans le cadre du programme de rénovation «Pour un métro + beau » . A défaut de devenir plus accessible à tous.
 
Vincent Marcel et Céline Brégand

Infos pratiques :
 

Section du 9e arrondissement de l’association Les Papillons Blancs de Paris

 

85, rue La Fayette - 75009 Paris

Poissonnière (L.7), bus : 26, 32, 43, 48, Parking : Montholon

bonjour@papillonsblancsdeparis.fr  

01 42 80 44 43
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