Lundi 5 Février 2018
Rédigé par Louis Belin. Modifié le 11 Février 2018

L’humour au Bout du jour


Chaque fin de semaine, la scène du théâtre Le Bout est le lieu d’un concours de seul-en-scène, le Big Show. Avec leurs meilleurs sketches, les humoristes se livrent une bataille sans merci pour emporter l’adhésion du public. A la fin du spectacle, le meilleur restera seul sur scène.


La petite façade du théâtre Le Bout est nichée entre des immeubles à deux pas de la place Pigalle. ©Etienne Meyer-Vacherand/D9
La petite façade du théâtre Le Bout est nichée entre des immeubles à deux pas de la place Pigalle. ©Etienne Meyer-Vacherand/D9
Elle est immanquable, la façade écarlate du petit théâtre Le Bout. En complet rouge, un ouvreur accueille les spectateurs venus nombreux, peu avant 21 heures. En rejoignant les banquettes, ils se voient attribuer deux chapeaux : un rouge et un blanc. Une cinquantaine de personnes se pressent dans la salle bientôt pleine à craquer. Des sièges pliants sont installés au bout des banquettes, bloquant le passage entre l’entrée et la scène. «Super, pour les issues de secours», ironise un spectateur. Le ton est déjà à la blague. Le public est bien installé, le spectacle peut commencer.   

Il n’en restera qu’un

Répartis en deux équipes, huit humoristes issus de l'Ecole du One Man Show vont tenter de provoquer l’hilarité dans des sketches de cinq minutes. Les spectateurs votent ensuite pour leur humoriste préféré. Equipes et ordre de passage sont attribués par tirage au sort. «Que le Big Show commence !», lance la maîtresse de cérémonie. Retour coulisses, spots colorés, musique rythmée. Une silhouette s’avance. Soudain, silence et lumière blanche. 

La première artiste se lance avec aplomb. A quarante ans, on la prend encore pour une jeune femme du fait de sa peau noire, suscitant jalousie et convoitise. L’histoire n’est pas déplaisante mais suscite peu de réactions. Dès le deuxième sketch pourtant, le rire se libère et rencontre différents univers : une ado qui découvre le Larousse, un homme sur le point de rompre avec son compagnon, un autre qui «fait tout pour être Arabe». 

Alors que la première manche touche à sa fin, le public est invité à se couvrir du chapeau blanc ou du rouge, selon l’équipe qu’il veut voir gagner. Les rouges l’emportent assez largement et s’engagent dans un second round, couronnant le meilleur d’entre eux. Entre un homme gay qui veut avoir des enfants et un autre en pleine rupture avec sa compagne, un personnage suscite une franche hilarité dès son apparition sur scène.   

Et le vainqueur est...

Charlie Winner travaille en entreprise, arbore un badge à son nom. Il est ce collègue bonne pomme, un peu lourd, naïf et en même temps curieux, volontaire, et toujours en décalage par rapport à la marche du monde. Il découvre la réussite par l’échec, cherche à sortir de sa «zone de confort», sur les conseils de sa N+1. Comiques de situation, de répétition, gestuelle : tout y est. Des quatre humoristes encore en lice, c’est à lui que le public envoie le plus de chapeaux. Couronné roi, Charlie Winner présente un dernier sketch, son troisième de la soirée. 
Les huit humoristes réunis sur scène avec le vainqueur du soir, sous les applaudissements. ©Etienne Meyer-Vacherand/D9
Les huit humoristes réunis sur scène avec le vainqueur du soir, sous les applaudissements. ©Etienne Meyer-Vacherand/D9

Fin du spectacle, photo de famille, merci et au revoir. On range les chaises pliantes, on libère le passage. A la sortie, par un formidable tour de magie, les artistes, sur scène il y a encore vingt secondes, applaudissent les spectateurs en haie d’honneur. Parmi eux, Franck et Mathilde, la vingtaine, sont ravis. «Il y a une belle diversité dans les sujets abordés, dans les types d’humour. Les humoristes n’ont pas tous le même niveau, mais le spectacle était bien rythmé. Et puis le lieu est très chaleureux.» 
 

«Ecrire des sketches, c’était un vieux rêve»

Un peu plus loin, un peu plus tard, alors que la foule s’est déjà dispersée, Charlie Winner - de son vrai nom Charles - se confie : «Le public a été réceptif ce soir, c’est génial. Avec d’autres publics, des jeunes ou des personnes qui ne connaissent pas le monde du travail, il m’est arrivé de prendre des fours.» De quoi expliquer l’absence d’amertume chez les perdants et la bonne ambiance d’après-spectacle : l’équipe d’humoristes tourne de semaine en semaine, et la réussite peut sourire à tous - selon la configuration de la compétition et du public. De quoi encourager surtout ces artistes, tous étudiants à l’Ecole du One Man Show, qu’accueille le théâtre en semaine. 

Casque de scooter à la main, Charles travaille parallèlement en entreprise. Par l’humour, il se moque de lui-même et d’un jargon professionnel devenu envahissant. Surtout, il rompt avec son quotidien. «Ecrire et raconter des sketches, c’était un vieux rêve. Ici, on a le temps de travailler, chacun à son rythme. Quand on estime être prêt, on peut présenter un sketch qu’on a écrit - d’abord aux professeurs, puis à ses proches, et enfin au public. L’objectif est de produire un seul-en-scène d’une heure.» Avant de travailler à la suite de son spectacle, dont il a déjà écrit la moitié, Charles a un seul objectif : fêter sa victoire bien méritée en compagnie de la troupe, autour d’un verre. Une victoire de courte durée puisque, dès le lendemain, Charles remettra son titre en jeu. 

Louis Belin


Infos pratiques:

Le Big Show
Prochaines dates : vendredi 9 février et samedi 10 février
Théâtre Le Bout 6, rue Frochot
Métro Pigalle, Lignes 2 et 12




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