Dimanche 12 Avril 2015
Rédigé par Olivier Liffran. Modifié le 13 Avril 2015

[L’histoire du 9e] Un hôtel bien particulier


Au 27 de la place Saint George se trouve l’hôtel Dosne-Thiers. Il accueille aujourd’hui une bibliothèque liée à l’Institut de France et les chercheurs lauréats de la fondation Thiers. Mais qui pourrait croire que l’histoire de cet élégant bâtiment est intimement liée à l’un des épisodes les plus tragiques de l’histoire de Paris ?


L'hôtel Dosne-Thiers a été achevé en 1875. ©Olivier Chauve/D9
L'hôtel Dosne-Thiers a été achevé en 1875. ©Olivier Chauve/D9

Pour comprendre notre affaire, il nous faut d’abord dire quelques mots sur Adolphe Thiers. Né en 1797, c’est un homme dévoré par l’ambition du pouvoir. Après ses études de droit à Aix-en-Provence, il s’installe à Paris pour devenir journaliste et parfaire ses relations. Dans la foulée, il épouse Elise Dosne, la fille d’un riche agent de change qui a acheté la propriété place Saint-Georges un an plus tôt.

A seulement 37 ans, il devient ministre de l’Intérieur. C’est lui qui décide de réprimer la révolte des canuts de Lyon en 1834, par cette dépêche au préfet de Lyon restée célèbre : “Ne reculez devant aucun moyen de destruction”. Mais les dix-huit années du Second Empire stoppent net ses ambitions. Lorsque la guerre de 1870 éclate, il a 74 ans. C’est le moment ou jamais de réussir son grand dessein.


Le 2 septembre 1870, l’empereur Napoléon III capitule lors de la bataille de Sedan. Certains, à l’instar de Gambetta qui part en ballon à Tours, tentent d’organiser la résistance. Mais les troupes sont trop dispersées. Les Prussiens s’installent aux portes de Paris qui subit un siège terrible jusqu’en janvier 1871. Malgré les réelles possibilités militaires de briser l’encerclement de Paris, Thiers veut la paix, fusse au prix de l’Alsace-Lorraine et de quelques milliards de francs or de dommages de guerre. Il l’a d’ailleurs promis au chancelier Bismarck en échange de son soutien. Le 26 janvier, l’armistice est finalement signé. Dans la foulée, Thiers est élu président de la République.


Dans la capitale, la colère gronde. Humiliés par les conditions de la défaite et transis d’idées révolutionnaires après les années de l’Empire, les Parisiens sont chauffés à blanc. Qui plus est, ils sont lourdement armés.


Le 18 mars 1871Thiers envoie une colonne de 4 000 hommes afin de s’emparer des canons censés protéger Paris pendant la guerre. L’opération traîne en longueur. Sur les buttes de Montmartre et Belleville, les parisiens s’éveillent. Rapidement, la foule se rassemble guidée par la révolutionnaire Louise Michel. Les lignards hésitent à tirer, déchirés entre les adjonctions des chefs et celles du peuple. “Crosse en l’air ! Vive la canaille !”, exulte la foule. Le choix est vite fait. Les généraux Lecomte et Clément-Thomas sont arrêtés, puis exécutés sans autre forme de procès. 

Thiers détale à Versailles afin de préparer sa revanche. A Paris, le vide laissé par le pouvoir est vite comblé. Des élections communales sont organisées et voient une large victoire de l’extrême gauche. Leur projet ? Rien de moins que l’égalité sociale, l’instauration d’une instruction publique et obligatoire pour tous et l’établissement d’un régime laïc, accompagné d’une réelle souveraineté du peuple.

La vengeance des Communards sur la propriété de Thiers

L'ancienne demeure d'Adolphe Thiers est adossée au square Alex Biscarre. Olivier Chauve/D9
L'ancienne demeure d'Adolphe Thiers est adossée au square Alex Biscarre. Olivier Chauve/D9

Mais les Prussiens et les Versaillais ne l’entendent pas de cette oreille. Rapidement, une pluie d’obus s’abat sur la capitale. La ville Lumière se transforme en un champ de ruines. Dans des affiches placardées sur les murs de Paris, Thiers pousse le cynisme jusqu’à nier les bombardements. Dans un accès vengeur, les autorités de la Commune décident la destruction de l’hôtel particulier du maître de Versailles. Les biens sont d’abord saisis et le linge confiée aux ambulances de la Commune. La maison est ensuite rasée.


Pendant ce temps, l’étau se resserre sur la capitale. La ligne versaillaise est bien organisée. Elle compte près de 130 000 hommes, dont près de 60 000 ont été libérés pour l’occasion des geôles prussiennes. En face, le compte n’y est pas. Seulement 20 à 30 000 communards prennent les armes. Malgré l’ardeur révolutionnaire, la troupe est largement indisciplinée. Bientôt, Paris sera enfoncée de toutes parts.

Le 21 mai, Thiers déclenche son ultime offensive. Les canons prêtés par le Kaiser font voler en éclat les barricades des communards. A l’avancée des soldats succède les pelotons d’exécution. En joue… feu ! Les liquidateurs de l’armée de Thiers jouent une partition sans pitié.


Le 28 mai, tout est terminé. Au prix de 20 000 morts et de milliers de déportés, Thiers est revenu en maître dans la capitale. Le 26 mai 1871, il se fait verser par l’Etat une indemnité de 1 050 000 francs afin de reconstruire à l’identique son hôtel particulier. Plus tard, il s’y adonnera à sa passion pour l’histoire. Sans le moindre remord pour en avoir écrit une page sanglante.


Infos pratiques:
Visites toute l’année sur rendez-vous, par groupes de 10 à 50 personnes.
Hôtel Dosne-Thiers
27, place Saint-Georges
Tél. : 01 48 78 14 33 ou 01 48 78 92 90
Ligne 12 Saint-Georges

 

 
Olivier Liffran



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