Vendredi 16 Février 2018
Rédigé par Théophile Vareille. Modifié le 7 Mars 2018

L'Incorrect, magazine de droite dure dans un «quartier de bobos classique»


Quartier historique de la presse, le 9e accueille L’Incorrect, le nouveau magazine «qui veut parler à toutes les droites».


En couverture du premier numéro de L'Incorrect (©L'Incorrect)
En couverture du premier numéro de L'Incorrect (©L'Incorrect)
«Dans le 9e, on est en contradiction.» Jacques de Guillebon est rédacteur en chef de L’Incorrect , le mensuel voulant représenter «toutes les droites» qui s’est lancé en septembre dernier. La quarantaine ou presque, barbe de trois jours, cheveux grisonnants tombant sur la nuque, il est installé dans le local du magazine, rue Saint-Lazare. Traînent faux pistolet et un sabre en plastique, rappelant que la rédaction cohabite avec une troupe théâtrale, le Vaisseau Théâtre : «On n’y siège que lors du bouclage, sinon chacun travaille de son côté.»   

«On n'allait pas s'installer au fonds de l'Essonne»

Quel comble pour un magazine se proclamant «anti-snobisme» de se retrouver dans un «quartier de bobos classiques », selon les propres mots de Jacques de Guillebon. «C’est le fait du hasard», explique-t-il, «Le local appartient à notre actionnaire Laurent Meeschaert. Et puis on n’allait pas s’installer au fonds de l’Essonne, quel intérêt?» Ainsi, L’Incorrect se retrouve aussi à proximité du Figaro, au 14 boulevard Haussmann, ou de Causeur, du côté de la station Poissonnière.

La proximité avec ces journaux n’est pas seulement géographique. Jacques de Guillebon a lui-même collaboré au Figaro Magazine et à Causeur, et L’Incorrect partage avec eux de nombreux auteurs. De nombreux auteurs mais très peu d’autrices, au cours des 100 pages du magazine, on ne trouve que cinq articles signés par des femmes. «Pas un choix», déplore de Guillebon, si L’Incorrect «pourrait remplir trois numéros par mois» avec toutes les sollicitations qu’il reçoit, il peine à féminiser ses pages.

Charlotte d’Ornellas y écrivait encore récemment mais a été débauchée par Valeurs Actuelles, trop chère pour un mensuel qui paye ses contributeurs «au lance-pierre». «Pourquoi il n’y a que les femmes qui pourraient parler des femmes, conteste cependant Jacques de Guillebon.

«Nous sommes clivants dans notre ADN»

Si L’Incorrect a investi un quartier historique de la presse écrite, il rejette «hégémonie de la bien-pensance» qu’imposeraient les médias traditionnels. Le journal revendique traiter de tout sujet et en particulier ceux qu’il considère comme délaissés par la presse.
 

Exemple: le reportage en immersion sur la navire anti-migrant C-Star paru dans son premier numéro, qui avait causé une polémique car très partisan. «On savait que c’était un mauvais article, quasi du publi-rédactionnel, mais on l’a reçu très tard et voulait prouver que l’on peut tout publier.»


Le magazine, affirme son rédacteur-en-chef, tente de maintenir un équilibre une partie «énervée» (article «La merde végane est-elle compostable») et l’autre plus «intello» (article «Petite philosophie du transhumanisme»). Avec cette recette, il écoule entre 5 000 et 10 000 exemplaires par édition. L’Incorrect a été en rupture de stock en janvier et en septembre avec son premier numéro. La forte médiatisation de ses liens avec Marion-Maréchal Le Pen lui avait à ses débuts assuré une large publicité.

«C’est la fièvre de la jeunesse qui maintient le reste du monde à la température normale» Jacques de Guillebon citant Georges Bernanos

Son lectorat serait «plutôt cultivé», habitant à Paris «et dans les grandes villes», «entre 25 et 40 ans». Si L’Incorrect veut être le porte-parole de «ceux qui ne sont rien», de la «France périphérique», ce n’est pas par eux qu’il est lu. «En fait, ils ne lisent rien», explique Jacques de Guillebon.

Ayant brièvement croisé dans le 9e Libération et L’Express, qui ont quitté leurs locaux rue Lafayette en octobre dernier, L’Incorrect représente l’évolution du 9e arrondissement - «droitisation», explique Jacques de Guillebon. L’évolution de la presse aussi, toujours plus segmentée, engagée mais sans attaches partisanes, qui ne s’adresse qu’à une audience «de niche».



Victor Le Boisselier et Théophile Vareille
 


Informations pratiques
L'Incorrect est disponible tous les mois dans les kiosques, au prix de 5,80 euros.
 


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