Jeudi 23 Novembre 2017
Rédigé par Victor Le Boisselier et Corentin Le Dréan. Modifié le 11 Décembre 2017

Facta, la librairie «dissidente» du 9e


Située rue de Clichy, la librairie Facta, spécialisée dans la littérature de droite, se veut être un des derniers espaces de libre expression. Nouvelle Droite, royalisme, nationalisme ou encore paganisme, aucun courant n’est oublié.


L’odeur de vieux livre embaume la librairie Facta. Dans cette boutique exiguë du bas de la rue de Clichy, l’ambiance intimiste détonne avec les grands centres commerciaux devenus leaders dans la vente de livres.
Sur les hautes étagères en bois : La France juive de Drumont, Combat pour Berlin de Joseph Goebbels, Révolution mondiale d’Adolf Hitler, et un large choix de manuels académiques sur les nationalismes se mêlent à des ouvrages plus classiques comme la trilogie du Seigneur des Anneaux ou des biographies d'hommes politiques comme Hugo Chavez. Créée en 2005 par Emmanuel Ratier (1957-2015), ex-journaliste du Figaro Magazine, de Minute ou de Valeurs Actuelles, Facta fonde sa ligne directrice sur la vente d’ouvrages «politiquement incorrects».
 
 «Nous sommes une librairie spécialisée, alternative, dissidente», décrit Vincent*, gérant de la boutique depuis son ouverture en 2005. «Nous représentons tous les courants de la droite française, de la vision traditionnelle, au mouvement royaliste, souverainiste», dépeint-il.  Le vendeur explique qu’il veut donner une exposition aux auteurs réprouvés. «Rien n’est interdit mais rien n’est disponible, si vous allez à la FNAC, ils n’auront pas ce genre de livre. Nous sommes les seuls à les vendre.»

A droite de la caisse, au pied d’un escalier en colimaçon, une étagère est même consacrée à des auteurs qui s’auto-éditent. «J’aide des écrivains dont aucune maison d’édition et aucune librairie ne veut vendre les livres à avoir une visibilité, du moment qu’ils correspondent au créneau de la librairie», raconte Vincent.
 


Le commerce a converti sa singularité en modèle économique lucratif afin de satisfaire une clientèle ciblée. Notamment des militants : «Je suis engagé pour le FN depuis plusieurs années», confie un client qui feuillette un livre sur les travailleurs du STO avant de poursuivre «Je préfère dépenser dix euros ici, dans une librairie authentique que sur un site Internet.» A quelques mètres, un autre réclame La France licratisée, un essai de la militante identitaire Anne Kling, préfacé par Alain Soral. Mais aujourd'hui, ce sont les livres de Lucien Cerise et Pierre Hillard, deux essayistes de la droite anti-système, qui sont les plus vendus par la librairie.

«On n'est pas une librairie idéologue»

«Dangereuse», «nazie», «fasciste», «malpensante»… D’après Vincent, les expressions pour qualifier la librairie Facta ne manquent pas à ses détracteurs. Le lieu suscite la controverse et a même été vandalisé en janvier 2014. En pleine nuit, des individus brisent la vitre de la boutique et jettent plusieurs pots de peinture à l’intérieur, abîmant une partie des livres exposés. Des traces rouges colorent encore les murs et l’ordinateur de Vincent. Mais le libraire n’en démord pas. Sa collection bénéficierait à un spectre bien plus large que la seule nébuleuse d’extrême-droite : «J’offre de la connaissance sur certains thèmes. On n’est pas une librairie idéologue, certains livres que je propose se contredisent entre eux. Des chercheurs viennent pour trouver des sources précises, qu’on ne propose qu’ici.»
 
Plus qu’une simple boutique où se mêle différents types de personnes, Vincent considère sa librairie comme un lieu de débat. «Beaucoup de mes clients aiment venir ici car ailleurs ils ne peuvent pas s’exprimer comme ils le veulent, y compris dans leur famille.» Il évoque même la pluralité des opinions politiques qui circulent dans sa boutique. «En 2017, j'ai des gens qui ont voté  Asselineau, Marine, qui se sont abstenus et d'autres qui ont même soutenu Mélenchon!», affirme-t-il.
 

Droite dissidente et Radio Courtoisie

Si le libraire refuse qu’on les catégorise d’extrême droite, la majorité de ses acheteurs restent cependant d’une mouvance politique de droite dure: «Quand je vais à la fête de Radio Courtoisie **, je retrouve une bonne partie de ma clientèle», admet-il. Bien que n’étant pas encarté dans un parti, il ne nie pas sa proximité avec les mouvements de la «droite dissidente»: «Je ne suis pas là par hasard, il faut connaître ce qu’on vend» lance le libraire.
 
Alors que 1125 actes racistes ont été recensés en 2016,  Vincent ne comprend pas qu’on puisse taxer les livres qu’il vend de faire l’apologie d’une certaine violence. «Certains écrits datent du XIXe ou du début du XXe siècle, ce n’est pas la même époque. Aujourd’hui nous avons du recul. Si je vois un gamin perdu, j’essaierai de l’aiguiller vers des lectures comparées», explique-t-il, avant de conclure : «Je ne pense pas que les livres tuent».
 

* Il préfère garder son nom de famille sous anonymat.
** Radio Courtoisie : radio considérée comme un pont entre la droite traditionnelle et la droite extrême, sous la direction d’Henri de Lesquen entre 2006 et 2017. Elle se présente comme «la seule radio vraiment libre», sans qui «la pensée libre, attachée à la patrie et aux traditions, serait asphyxiée par la gauche.»
 
 
Victor Le Boisselier et Corentin Le Dréan
 

Adresse : 4 Rue de Clichy, 75009 Paris
Horaires :
Ouvert tous les jours de 12h à 19h, sauf Lundi et Dimanche.
Téléphone : 01 48 74 59 14



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1.Posté par AHURIE le 01/12/2017 10:39
Je suis bouleversée par votre article qui montre une évidente complaisance pour cette librairie. Ne serait-ce par en réalité de la publicité où le côté cosy est mis en avant. M. Vincent "ne comprend pas qu'on puisse taxer les livres qu'il vend de faire l'apologie d'une certaine violence" écrivez-vous.Les ouvrages "Combat pour Berlin" de Joseph Goebbels et "Révolution mondiale" d’Adolf Hitler que vous mentionnez au début de votre article ne font pas, en effet, l'apologie d'une certaine violence mais l'apologie de crime et d'assassinat.

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