Dimanche 11 Mars 2018
Rédigé par Léa Boutin-Rivière. Modifié le 12 Mars 2018

Encanaillez-vous auprès des anciennes courtisanes de Pigalle


Depuis deux ans et demi, la maire du 9eme arrondissement Delphine Burkli a mis en place une certification " no sex " pour les salons de massage qui dissimulent des maisons closes. Le quartier a en effet longtemps été un des hauts lieux de la prostitution. Il y a tout juste un siècle, Pigalle était même le centre névralgique du métier. C'est ce que propose de découvrir l'entreprise Sous les Pavés tout au long de l'année, avec une visite nocturne retraçant l'histoire des maisons closes de Paris.


Charlotte Mazière, guide conférencière, emmène son petit groupe avec dynamisme dans les recoins au passé sulfureux de Pigalle (© Léa Boutin-Rivière/Dailyneuvième)
Charlotte Mazière, guide conférencière, emmène son petit groupe avec dynamisme dans les recoins au passé sulfureux de Pigalle (© Léa Boutin-Rivière/Dailyneuvième)
Vous pensiez tout connaître de Paris ? Détrompez-vous. L’entreprise Sous les Pavés propose des promenades originales et surtout, surprenantes : « Mystérieux Père Lachaise avec un vampirologue », « Le satanisme et le culte du Diable à Paris »… Mais aussi une « visite coquine » retraçant l’histoire des maisons closes parisiennes.
 
Derrière cet intitulé mystérieux, l’entreprise de divertissement fait une promesse : faire découvrir les dessous des façades du sud de Pigalle. En réalité, les bâtisses sont surtout pour Charlotte Mazière, la guide-conférencière qui anime la balade, un prétexte pour narrer la vie des courtisanes qui vivaient à Pigalle au début du siècle dernier. L’animatrice en profite pour mettre les visiteurs dans la confidence : nombre de personnages illustres écumaient les bordels de Paris.

"Léopold II de Belgique : il faut huit jours pour s'en remettre"

Oubliez les longs et ennuyeux discours : Charlotte, énergique presque hyperactive , préfère les courtes et croustillantes anecdotes. « Je préfère les passages un peu grivois, c’est le moment où les gens se lâchent et rigolent. » confie-t-elle d’ailleurs. On apprendra par exemple que la Belle Otero, courtisane, danseuse et amante d’Aristide Briand, avait un carnet destiné à noter les performances de ses clients. Morceaux choisis : « Léopold II de Belgique : il faut huit jours pour s’en remettre. » ou encore « Albert Ier de Monaco : je ne m’en suis même pas rendue compte. »
 
En fin d’excursion, les participants sauront également que les courtisanes étaient, pour les plus courues, des femmes puissantes, capables de faire tourner la tête des plus grands souverains. Pour les hommes, être capable d’avoir à son bras une prostituée était signe de richesse et de succès. Ces dernières se livraient donc une concurrence sans merci, notamment en entretenant gratuitement des relations avec les journalistes pour que ceux-ci vantent leurs talents dans les journaux. La promenade, au-delà d’un regard neuf sur le 9e arrondissement, est une réflexion sur la prostitution du siècle dernier.

Détente et rires au programme

Charlotte annonce la couleur dès le début de la balade : « On est vendredi soir, vous êtes fatigués, moi aussi, donc on va être à la cool. » Promesse tenue : l’itinéraire, finalement assez court, permet de prendre son temps lors des arrêts, pour des explications et des échanges plus ou moins sérieux. En début de parcours, la guide-conférencière raconte que dans les maisons closes les plus bas de gamme, les clients disposaient de 7 minutes 50 seulement. Réponse d’un des visiteurs, goguenard : « 7 minutes 50, ça suffit largement pour tout faire ! » Le goujat.
 
Les femmes seraient-elles plus coquines que leurs compères masculins ? Sur la dizaine de personnes présentes, il n’y a que deux hommes. « Ça arrive assez fréquemment qu’on ait plus de femmes que d’hommes. Souvent, quand une activité a pour thème principal les femmes, on a assez peu de visiteurs masculins. Heureusement là il y a le côté coquin pour contrebalancer », analyse Charlotte.

Charlotte complète sa visite d'images d'archive et de lectures. Parmi elles, le "catalogue des prix d'amour", un faux "menu" de prestations sexuelles, imaginé par une humoriste au début du siècle dernier. (© DR)
Charlotte complète sa visite d'images d'archive et de lectures. Parmi elles, le "catalogue des prix d'amour", un faux "menu" de prestations sexuelles, imaginé par une humoriste au début du siècle dernier. (© DR)
Ce fameux côté « coquin » n’est cela dit pas ce qui fait la saveur de la promenade.  S’il y a quelques arrêts destinés à des lectures licencieuses un « catalogue des prix d’amour » et un « guide rose  », sorte d’annuaire des prostituées parisiennes de l’époque , la visite reste très sobre. Les curieux en apprendront surtout sur le fonctionnement des maisons closes, l’organisation de la prostitution au début du XXème siècle ou encore la vie et la mort de célèbres courtisanes comme Liane de Pougy, la Castiglione ou encore la Païva. Pour Élisabeth, qui s’est décidée à participer à la visite « par curiosité », « Il y a de la grivoiserie, oui, mais c’est traité avec légèreté et humour. » La quinquagénaire, tirée à quatre épingles et très concentrée tout au long de la balade, s’en va donc satisfaite et dans un éclat de rire : « J’ai pris beaucoup de plaisir, si je puis dire. »
Léa Boutin-Rivière

 


Infos pratiques

Site : Sous Les Pavés
Tarif : 15 euros 
Durée : 1h30 environ
Départ de la Place Saint-Georges, arrivée au métro Blanche (ligne 2)



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