Mardi 28 Novembre 2017
Rédigé par Paul Idczak. Modifié le 30 Novembre 2017

Au Live Magazine des Echos Week-End, le Premier ministre et des histoires vraies


Le Live Magazine des Echos Week-End avait lieu lundi soir au Casino de Paris dans le 9e arrondissement. Un spectacle de journalisme vivant axé business qui a mêlé récits et émotions, et où le Premier ministre Édouard Philippe a démontré ses talents d'humoriste.


La culture du secret rôde autour de chaque édition du Live Magazine. Celle consacrée au numéro 100 des Échos Week-End  n’a pas dérogé à la règle. Seule info lâchée par la rédactrice en chef du journal vivant, Florence Martin-Kessler, trois jours avant la représentation : «Il y aura quatre journalistes des Échos sur scène.» Difficile de faire plus court, mais c’est la stratégie de communication du Live Magazine  , revendiquée jusque dans les dépliants distribués les soirs de spectacle : «pas de captation, zéro replay, ça se passe ici et maintenant»

Une façon de profiter au maximum du journalisme vivant proposé par ce journal particulier créé en 2014 où reporters, photographes, auteurs, musiciens et artistes se présentent tour à tour sur scène pour raconter ou mettre en scène des histoires et anecdotes qu’ils ont vécues ou qui leur tiennent à cœur.

Le lundi 27 novembre, le Live Magazine a donc investi le Casino de Paris pour une soirée axée autour du business  culture Échos oblige. Sous les dorures et la moquette à motifs rouge du hall d’entrée de la salle de la rue de Clichy, la liste des intervenants se dévoile sur le flyer de l’événement, disponible uniquement sur place.

On y trouve entre autres les quatre journalistes des Échos Week-End Solveig Godeluck, Valérie de Senneville, Lucie Robequain et Gilles Denis, les réalisateurs Denis Van Waerebeke  et Jean-Baptiste Pérétié, le compositeur Johannes Kreidler ou encore le photographe primé Philip Montgomery. Au milieu de tout ça, un invité surprise caché derrière l’intitulé «un grand type marrant (ce soir)». 


Le business du rire

La représentation débute un peu après 20 heures. L’écran qui indique «Live Magazine» en majuscules fait guise de toile de fond. Solveig Godeluck est la première à s’exprimer, présentant «l ’homme qui valait 9 milliards» en la personne du milliardaire Xavier Niel. Histoire d’apprendre dans la bouche de la journaliste, auteure de La Voie du Pirate, qu’enfant, le propriétaire de Free «était persuadé d’être le fils des rois du monde». Le public pousse ses premiers rires de la soirée.

Les spectateurs gloussent à nouveau en compagnie de Jean-Baptiste Pérétié, qui diffuse sur scène des extraits de son documentaire Moi, candidat. Parmi eux, un passage où l’ex-président de la République François Hollande confesse qu’il «redoute les piqûres». Des éléments qui servent la question posée lors de ce Live Magazine par le réalisateur : élit-on nos politiques parce qu’ils dégagent une image de super-héros ?

Le rire, tout comme la musique en transition entre chaque intervention, fait office de fil rouge dans cette soirée. Avec le réalisateur Damien Van Waerebeke, c’est une réflexion sur le vivant et l'espace qui fait sourire, agrémentée d’une vidéo sur les extraterrestres rappelant par moments L'Exoconférence d’Alexandre Astier.

On rit chez Elodie Emery aussi, qui raconte sa «vie de chômeuse» à l’origine d’un blog, Mon Amie Chômeuse, où elle réalisait des requêtes d’internautes qui n’avaient pas le temps de s’y atteler. La jeune femme s’est ainsi «mise au chinois», a cherché «l’homme de la vie» d’une internaute désespérée, a lu en entier Voyage au bout de la Nuit de Louis-Ferdinand Céline...

Dernière pastille comique, celle du compositeur avant-gardiste allemand Johannes Kreidler. Accompagné de trois musiciens, l’artiste aligne les notes avec les différents cours boursiers de la crise financière de 2008. Le tout passe de l’aigu au grave, c’est efficace et drôle, le public est séduit.

VIDEO. Les Charts Music de Johannes Kreidler 


Des histoires qui font parler

«Je ne pense pas que les gens vont pleurer lundi soir», confiait Florence Martin-Kessler vendredi. Les histoires bouleversantes ne sont en effet pas légion au Casino de Paris. La plus émouvante est sans conteste cette plongée dans le malheur de la vie des toxicomanes accros aux opioïdes aux États-Unis en compagnie de Lucie Robequain et du photographe américain Philip Montgomery. Une intervention critique des mensonges de l’industrie pharmaceutique pour faire du profit : «le temps de ce Live Magazine, douze personnes seront mortes à cause des opiacés aux États-Unis». En 2016, ces médicaments ont tué «autant d’Américains que la guerre du Vietnam et la guerre en Irak cumulées», déplore Philip Montgomery.

Le récit sert aussi une certaine émotion chez Valérie de Senneville, qui s’est intéressée à Gilbert Chikli, «l’escroc à la voix de velours» auteur d’un des casses du siècle en 2005. L’homme, qui se faisait passer pour un agent des services secrets, avait réussi à récupérer 50 millions d’euros en appelant des employées de grandes entreprises pour leur demander de soutirer de l’argent en vue d’une «mission d’État»«Gilbert Chikli n’a aucun regret, conclut la journaliste des Echos. Mais toutes les femmes licenciées à cause de lui regrettent, elles, d’avoir décroché ce jour-là».

Le Casino de Paris affichait complet lundi soir (©Paul Idczak/Daily Neuvième)
Le Casino de Paris affichait complet lundi soir (©Paul Idczak/Daily Neuvième)

Le Premier Ministre, clou du spectacle

Vient alors l’heure de la (grande) surprise de la soirée : l’intervention du Premier ministre Édouard Philippe, soit le «grand type marrant» annoncé sur le programme. Étrangement, le locataire de Matignon semble avoir le trac : sa main tremble au point d’en laisser tomber la feuille qu’elle agrippait. «Je vais me présenter pour les 85% de Français qui ne savent pas qui je suis», commence Édouard Philippe sous des faux airs de stand-up. L’ex-maire du Havre est là pour raconter son histoire de l’année à lui, soit sa nomination au poste de Premier Ministre en mai dernier.

Il évoque son rendez-vous pris en cachette avec Emmanuel Macron au soir du premier tour, où tout ne se passe pas comme prévu :«Je me suis retrouvé allongé dans la voiture avec une couverture juste devant le siège de l’UDI !» Admettant avoir été pris d’une «peur panique» à l’idée de devenir Premier ministre, Édouard Philippe fait aussi dans le conseil sur la scène du Casino de Paris, avisant les spectateurs qui veulent maigrir de «devenir Premier ministre». Lui-même avoue avoir perdu six kilos en huit jours, finalement délivré par le «soulagement » de la victoire d'Emmanuel Macron le 7 mai : «Je commençais à croire que je pouvais devenir Premier ministre. C'est curieux, même pour un homme politique, de croire ce qu'un autre homme politique a dit.» 

«Est-ce qu’il y a des gens dans la salle qui pensent que je suis trop à gauche ?», finit par demander celui qui a cofondé les Républicains il y a deux ans et demi. Il répond à lui-même à la question : «Non. Manifestement Laurent Wauquiez n’est pas là ce soir.»

Identité heureuse

Le journal vivant du jour se termine avec une représentation dans l’air du temps de Valérie Cordy gravitant autour de la vie sur Terre : une balade numérique réfléchie comme une ouverture de fin d’œuvre, mettant en lumière certaines absurdités du net d'aujourd'hui. L’écran final est paré de mots d’espoir, «vive le futur», au-dessus d’une planète encore en semblant de forme.

Le but annoncé du spectacle vivant était de «représenter l'esprit» des Echos Week-End. Le public y aura trouvé son compte, les intervenants aussi, en n'oubliant pas la volonté première de Florence Martin-Kessler au sujet du Live Magazine : «Les histoires sont toujours plus grandes que leurs sujets.» 
Capucine Marraud des Grottes, directrice déléguée des Echos Week-End, concédait en amont de la soirée qu'il y en aurait «peut-être d'autres». La performance de ce lundi soir ne l'a sûrement pas fait changer d'avis.
 
Paul Idczak

Infos pratiques

Quand ? La prochaine édition aura lieu le 2 avril à Paris
+ d'infos : http://www.livemagazine.fr/



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