Mercredi 7 Février 2018
Rédigé par Victor Hamard et Kevin Denzler. Modifié le 13 Février 2018

Abdelmalik Bensaïd, tout pour sa mère


Abdelmalik est arrivé il y a un mois en France. Ce soir, pour la première fois, il dormira au centre d’accueil Coallia, au 2 bis de la cité Charles Godon. Reconnu mineur par l’Etat, son avenir s’éclaircit après de longs mois difficiles. Rencontre.



Abdelmalik Bensaïd, un des seize jeunes présents ce soir au centre. ©Victor Hamard/D9
Abdelmalik Bensaïd, un des seize jeunes présents ce soir au centre. ©Victor Hamard/D9
Bonnet « PARIS » sur la tête et sourire ravageur, Abdelmalik Bensaïd a de bonnes raisons d’être confiant. Cette nuit, il dormira au chaud, comme quinze autres migrants mineurs isolés (MIE), au centre Coallia, cité Charles Godon. Arrivé à Paris il y a un mois, le jeune Algérien de seize ans vient d’être reconnu mineur et attend d'être pris en charge par l'Etat. Depuis qu’il a quitté il y a six mois Relizane, une ville du nord de l’Algérie, son objectif est le même. 


Plus qu’un objectif, un leitmotiv. Celui d’aider financièrement sa mère handicapée, restée « au bled » comme le reste de sa famille. En Algérie, seules les maladies chroniques sont remboursées à 100% par l’Etat. Une injustice pour Abdelmalik, qui dénonce les privilèges des hautes sphères : « le Président Bouteflika quand il est malade, lui, il vient se soigner en France ! » Seulement, avec 4000 dinars par mois — l’équivalent de vingt-huit euros — et le  salaire de l’aîné, cultivateur de dattes dans le désert algérien, le compte n'y est pas pour la famille Bensaïd. 


Abdelmalik a réfléchi, longuement. Il a demandé l’accord de ses parents, l’a obtenu, puis est parti. Depuis il sait ce qu’il veut. « Retourner à l’école », devenir plombier, ou travailler dans le bâtiment, peu importe. Faire venir ensuite sa famille? Très peu pour lui, qui rêve de retourner un jour dans son pays. Mais le chemin est encore long. Un visa, un billet d’avion, le voilà en Allemagne… Le début d’un parcours semé d’embûches. La fin d’un idéal européen terni par une réalité plus violente qu’il ne l’imaginait.

Le drapeau algérien, par un MIE du centre Charles Godon. ©Victor Hamard/D9
Le drapeau algérien, par un MIE du centre Charles Godon. ©Victor Hamard/D9

"Toute ma famille compte sur moi, je vais réussir"


« J’avais entendu que les migrants étaient beaucoup mieux accueillis dans ce pays qu’en France. Je ne m’étais pas trompé. Vous savez, je suis intelligent » indique-t-il, sourire en coin. Très vite accueilli par les services sociaux allemands, Abdelmalik a passé cinq mois dans un centre d’accueil. Cinq mois durant lesquels il aura beaucoup grandi et connu des fortunes diverses. Dont l’abandon. Celui de son père, en l'occurence, parti avec lui de Relizane. « Il m’a abandonné, je me suis retrouvé seul, à Berlin », explique-t-il, stoïque. « Je suis devenu un homme, toute ma famille compte sur moi. Je vais réussir ».  


Son séjour berlinois a tourné court après qu’Abdelmalik a été frappé par une bande de jeunes Allemands. « C’était des nazis. De toute façon en Allemagne, c’est des racistes. Ils n’aiment pas les arabes. » Cet épisode, il en garde des séquelles. Il a surtout précipité son départ vers la France : « Le lendemain, j’ai pris mes affaires et je suis monté dans un train vers Cologne. » De Cologne il se rend à Bruxelles, puis à Paris. 

Paris la nuit


Quand Abdelmalik se remémore son arrivée à Paris, un frisson le parcourt. Durant plusieurs jours, il affronte le froid. Sans repères, ni attaches. « J’ai dormi plusieurs soirs dehors. Dans un parc, boulevard Richard Lenoir. Mais je n’avais pas peur. » Des passants, interpellés par sa situation, lui apportent une aide bienvenue et le dirigent vers les dispositifs de l’Etat. « J’ai été hébergé dans un hôtel. Mais le lendemain je ne l’ai pas retrouvé et j’ai dû dormir dehors à nouveau.»  Résultat ? Abdelmalik tombe malade. Un doigt sur le plan du métro parisien, il désigne l’hôpital Saint-Antoine. Et en profite pour dénoncer le mauvais accueil qu’il y a reçu. « J’ai attendu des heures et des heures. Pour rien. Ils ne m’ont rien donné, aucun médicament. Du coup, je suis parti. » Au centre d’accueil pour mineurs isolés étrangers, cet épisode paraît bien loin. Abdelmalik s’en va rejoindre ses camarades d’un soir, sa mère toujours à l'esprit. 


Victor Hamard & Kevin Denzler 




 





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