Samedi 24 Février 2018
Rédigé par Marie Hirtzberger. Modifié le 11 Mars 2018

« De la Seine au Bosphore », apprendre le turc dans le 9e


Au Centre culturel Anatolie, l’association « De la Seine au Bosphore » propose des cours de langue turque du niveau débutant jusqu’aux conversations en langage courant. Raisons professionnelles, passe-temps ou véritable passion... Les motivations des élèves sont nombreuses.


Ayhan Erdal enseigne tous les jours au Centre culturel Anatolie, du niveau débutant jusqu'au plus avancé. © Marie Hirtzberger / D9
Ayhan Erdal enseigne tous les jours au Centre culturel Anatolie, du niveau débutant jusqu'au plus avancé. © Marie Hirtzberger / D9

« Gecen hafta ne yaptik ? » [Qu’avons-nous fait la semaine d’avant ?], demande Ayhan Erdal à ses élèves. Initialement professeur de français en Turquie, il enseigne au Centre culturel Anatolie depuis 22 ans maintenant. Ce centre a été créé en 1984 pour faire découvrir la Turquie aux Français, par le biais de cours de langue, de conférences, d’expositions, de concerts ou encore de soirées littéraires. « Ayhan est un des meilleurs profs de Paris, il est très pédagogue », affirme Jean-Guy, un des participants au cours de niveau débutant. Après avoir rafraîchi la mémoire aux élèves sur ce qu’ils ont appris la semaine précédente, le professeur entame une interrogation orale de conjugaison. 
 

Chacun des sept élèves doit réciter un verbe au subjonctif. « C'est une langue mathématique, très structurée », explique Ayhan Erdal. « On lit ce qu’on voit, on écrit ce qu’on entend, c’est simple », affirme le souriant professeur, un brin provocateur. « Simple, simple… »soupire un des élèves, dubitatif.
 

Lors du cours « débutant », les étudiants apprennent les constructions de base et les mots de vocabulaire nécessaires pour mener une petite conversation. « On apprend un peu à compter et les formules de politesse pour qu’on puisse se débrouiller », énumère Jean-Guy. « Par exemple, pour remercier quelqu’un qui a cuisiné pour nous, on lui dit ‘C’est bien, tu l’as fait avec tes mains.’  Les expressions ne sont pas tout à fait les mêmes qu’en français », ajoute-t-il. 
 

Durant le cours, Ayhan Erdal explique l’accusatif (terme qui renvoie au complément d’objet direct) à ses élèves. Tout le monde participe à tour de rôle. Le professeur essaye même de piéger ses protégés pour qu’ils apprennent de leurs erreurs. Comme la majorité des termes se construisent à partir d’un « mot-racine » à laquelle on ajoute des suffixes, il fait deviner certains mots à ses élèves. « Taman ? » [Ok ?], demande-t-il fréquemment pour s’assurer que tout le monde suit.

Le Daily Neuvième vous propose d'écouter une partie du cours :
extrait___cours_de_turc_niveau_debutant.wav Extrait - cours de turc niveau débutant.wav  (5.01 Mo)


« Il faut s’accrocher »

Les élèves sont unanimes : l’apprentissage du turc est compliqué. Karine travaille dans l’hôtellerie et souhaite apprendre les rudiments pour parler avec sa belle-famille, son conjoint étant d’origine turque. « Le prof explique bien, mais c’est loin d’être évident. Je dois réviser chez moi et faire les exercices pour progresser. Et puis je ne peux pas vraiment parler avec mon copain, c’est lui qui m’induit en erreur », observe-t-elle en riant. 
 
Dans son cahier de cours, Karine a noté le vocabulaire important et les conjugaisons à apprendre par cœur. © Marie Hirtzberger / D9
Dans son cahier de cours, Karine a noté le vocabulaire important et les conjugaisons à apprendre par cœur. © Marie Hirtzberger / D9

Jean-Guy a une épouse turque lui aussi. Dans l’aéronautique, il va changer d’activité professionnelle et c’est son entreprise qui finance deux années de cours. Il a déjà visité la Turquie et confie avoir beaucoup apprécié les musées. Mais s’il vient en cours de langue, c’est surtout pour « apprendre les formules de politesse, les phrases basiques. Il y a beaucoup d’expressions très imagées en turc et ça ne ressemble pas du tout au français », affirme-t-il.

Surtout, les deux étudiants expliquent qu'en entendant parler turc durant leurs voyages ou dans leur entourage, ils étaient frustrés de ne pas comprendre. « Quand ils parlaient entre eux, rigolaient, on ne comprenait rien, c’était un peu énervant », témoigne Karine.

Fascinante Turquie

Au-delà de la langue, c’est une culture tout entière qui attire les élèves. Renata s’est cassé le dos et cherchait un passe-temps pour penser à autre chose. Finalement, la Turquie est devenue sa passion. « Au début, je suivais seulement des cours sur Internet. Puis quand je suis arrivée à Paris, je me suis dit que j’allais prendre des cours en face-à-face pour progresser plus vite », explique cette femme d'origine italienne.

Colline, une autre élève, confie qu’elle est « folle de la Turquie ». « Je n’ai jamais ressenti ça pour un autre pays. J’ai envie de vivre là-bas, j’y suis allée 24 fois en 4 ans ! », s’exclame-t-elle, des étoiles dans les yeux. Journaliste et photoreporter, elle a déjà exposé ses photos au Centre culturel Anatolie.
Avant le cours, les élèves se réunissent dans cette salle du Centre culturel pour boire le thé et discuter. © Marie Hirtzberger / D9
Avant le cours, les élèves se réunissent dans cette salle du Centre culturel pour boire le thé et discuter. © Marie Hirtzberger / D9

C’est dans le cadre de la semaine des cultures étrangères 2017 que Colline a exposé sa série de photos intitulée « Istanbul, au fil des rues » au Centre culturel. Mélange de prouesses architecturales et de scènes de vie, elle illustre la vie quotidienne de la mégalopole turque. « Je suis plutôt à l’aise, je baragouine un peu en turc. Mais les constructions de phrases sont compliquées par rapport au français, c’est pour ça que je voulais prendre des cours », ajoute Colline.  Des cours de langue qui se transforment peu à peu en invitation au voyage. 
 

Infos pratiques

Centre culturel Anatolie
77, rue La Fayette - 75009 PARIS
Métro : ligne 7, arrêts Cadet ou Poissonnière
01 45 26 12 45
https://www.cca-anatolie.com

 



Marie Hirtzberger



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