Jeudi 2 Mars 2017
Rédigé par Raphaël Abdelnour. Modifié le 2 Mars 2017

Touche pas à mon piano !


La mairie de Paris va supprimer les cours de musique et de chant individuels. Dans le centre d’animation Paul Valeyre, dans le 9e, la mesure a du mal à passer.


Les cours durent une demi-heure pour chaque élève... pour l'instant. © Raphaël Abd El Nour/D9
Les cours durent une demi-heure pour chaque élève... pour l'instant. © Raphaël Abd El Nour/D9
«Essaye de te concentrer, recommence.» Roger Ankri discute avec son élève Alice. Les notes s’évadent du piano. On répète, on dialogue, on rejoue. On échange. Cela fait un mois et demi qu’Alice travaille le morceau composé par Yann Tiersen pour le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain.

Mais à la rentrée 2017, la jeune pianiste de 14 ans ne sera plus seule pendant son cours. La mairie de Paris généralise la suppression des cours individuels de musique et de chant, dans tous les centres d’animation de la capitale. Les élèves travailleront en groupe de trois à cinq personnes.

Une réforme qui ne plaît pas du tout à Roger Ankri. Ce musicien et photographe de 54 ans enseigne le piano dans le centre d’animation Paul Valeyre depuis près de dix ans. «C'est une vraie arnaque», lâche-t-il, résigné. «Qu'il y ait des cours collectifs en complément, d’accord, je veux bien. Mais pas en supprimant les cours individuels !», s’indigne-t-il. Et sa jeune élève le confirme : «On avancera moins vite, et on sera distrait tout le temps ».

 

Désaccords pédagogiques et coupes budgétaires

La pétition du Collectif des centres d’animation de Paris, relayée par la Mairie du 9e la semaine dernière, n’en est qu’à 600 signatures environ. Il en faut 5 000 pour être inscrit à l’ordre du jour du Conseil de Paris. Celui-ci a déjà voté la réforme en 2016, mais ne l'a appliquée que dans certains centres, comme celui de la Tour des Dames dans le 9e«Dès que je l’ai su, j’ai envoyé un mail à tous les autres profs», explique Roger Ankri. 
«Une collègue enseigne le violon ici et aussi à la Tour des Dames. Elle n’a personne là-bas en cours collectif et, ici, une liste d’attente remplie pour les cours individuels… Ca montre bien ce que veulent les gens», poursuit-il.
La mairie de Paris, par la voix de son adjointe à la vie associative Pauline Véron, estime que les cours «semi-collectifs» à minimum trois élèves doivent permettre d’augmenter les effectifs, et de combiner l'enseignement individuel avec une dynamique de groupe. Les cours dureraient par exemple une heure pour un groupe de trois élèves, avec vingt minutes pour chacun. 

Mais pour Herez Lichtfeld, qui amène son fils Ben au cours de Roger Ankri depuis septembre dernier, la mesure est inacceptable : «C’est une catastrophe intégrale», affirme ce musicien de 47 ans, qui enseignait auparavant lui-même le piano à son fils. «On ne peut pas enseigner un instrument soliste comme le piano à un groupe», explique-t-il.

 
Roger Ankri enseigne le piano et l'éveil musical. Il a été un des premiers à se mobiliser. © Raphaël Abd El Nour/D9
Roger Ankri enseigne le piano et l'éveil musical. Il a été un des premiers à se mobiliser. © Raphaël Abd El Nour/D9

«On est en train d’éteindre la Ville Lumière»

Nombreux sont les professeurs des centres d’animation de Paris qui ont signé la pétition du Collectif des centres d’animation de Paris. Une indignation partagée par les parents. «Je vais envoyer une lettre au chef de cabinet d’Hidalgo, parce que là ce n'est pas possible», glisse Herez Lichtfeld avec un sourire. Pour lui, la relation professeur-élève comporte une dimension intime, irremplaçable. «Au début, les gens pleurent dans 70% des cas. Alors en groupe, j’imagine même pas… », complète Roger Ankri.

Dans sa réponse envoyée au collectif, la Mairie suggère que les activités «qui ne peuvent être équilibrées en charges et en produits» doivent être supprimées. «Une sombre histoire d’argent» selon le professeur de piano.

Dans d’autres centres de Paris, des professeurs ont été licenciés. «On essaye de monter un peu le niveau pour être une alternative au Conservatoire», poursuit Roger Ankri. « Avec cette histoire de groupe, on devient un peu plus animateurs que professeurs. C’est dommage, on est vraiment en train d’éteindre la Ville Lumière avec ça.» Le compte à rebours est lancé pour Roger et ses confrères. Ils ont encore jusqu’au 12 septembre prochain pour réunir les 5 000 signatures. 
A 12 ans, Ben Lichtfeld commence sa première année de piano au centre Paul Valeyre. © Raphaël Abd El Nour/D9
A 12 ans, Ben Lichtfeld commence sa première année de piano au centre Paul Valeyre. © Raphaël Abd El Nour/D9

Informations pratiques
Centre d'animations Paul Valeyre
24 rue de Rochechouart
Métro Cadet - Ligne 7
Arrêt de bus 26, 42 et 43 - Maubeuge-Rochechouart
 

 
Raphaël Abd El Nour




1.Posté par Stéphane le 04/03/2017 08:10
Madame Véron n'a pas digéré sa défaite dans le neuvième...

2.Posté par Diane Médus le 05/03/2017 11:17 (depuis mobile)
La musique est indispensable ce sont les con....s qui sont inutiles.

3.Posté par charlot le 06/03/2017 16:55
J'ai envoyé un commentaire il y a plus d'une heure. Il n'a pas été publié.
Est-ce normal ?

4.Posté par charlot le 06/03/2017 17:32
STOP à l'assistanat

Quand on fait des enfants, il faut assurer le service après-vente. On ne peut pas tout demander à l'état et à la collectivité.

A Paris et dans le neuvième, l'école est gratuite. La plupart des structures d'accueil collectives (cantines, crèches, centres de loisir...) sont fortement subventionnées. Les familles crient que tout leur est dû et elles en veulent toujours plus.

Pour ma part, je suis célibataire et je n'ai pas d'enfants. Je paie des impôts plein pot. Je ne profite pas des écoles, je ne profite pas des crèches. Je n'ai aucun avantage, aucune aide. Nous sommes nombreux dans ce cas.

J'en ai assez d'entendre les familles les familles bénéficiaires se plaindre. et demander toujours plus. C'est injuste.

5.Posté par Fabrine le 07/03/2017 16:23
Il faut raison garder

J'ai quitté le système scolaire il y a plus de 20 ans. J'aurais voulu apprendre la musique mais mes parents n'avaient pas les moyens de me payer des cours. Quand j'ai commencé à travailler, je me suis serrée la ceinture pour prendre des cours de violon. A l'époque, si j'avais eu la possibilité de suivre des cours dans des groupes de trois, j'aurais sauté de joie. Certes, c'est sans doute moins efficace et moins confortable d'apprendre la musique dans des groupes de trois que dans des cours individuels. Mais il faut se contenter de ce qu'on a et de ce qu'on peut nous donner. Quand on a été habitué à racler les fonds de tiroir, on apprécie le peu que l'on a et l'on est moins exigeant..

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