Vendredi 17 Avril 2015
Rédigé par Olivier Faissolle, Youenn Gourlay, Martin Guez et Maïté Hellio. Modifié le 19 Avril 2015

Toits, mon amour


Alors que la candidature des toits de Paris au patrimoine mondial de l’Unesco devrait bientôt être déposée, les Parisiens partent à la conquête des toits.


Du haut des grands magasins, les toits du 9e se déploient à perte de vue. ©Gilles Mermet
Du haut des grands magasins, les toits du 9e se déploient à perte de vue. ©Gilles Mermet

Les toits de Paris, croqués par Caillebotte, contés par Zola, filmés par Truffaut, inspirent encore nos contemporains. Le photographe Gilles Mermet a découvert, émerveillé, «l’océan de toits qui s’offrait à sa vue depuis les faîtes de Paris» (NDLR: les "faîtes" désignent "la partie supérieure de la charpente d'un édifice", TLF) en accompagnant des couvreurs pendant leur journée de travail. Ses oeuvres ont été exposées ce printemps aux côtés de photographies aériennes prises par des Parisiens dans le cadre du concours “Et toit?”.
 

Le photographe a aimé travailler sur le premier plan de ces photographies, sur ces matériaux qui racontent l’histoire de la capitale : les ardoises datant du siècle d’Henri IV, le zinc coiffant les immeubles haussmanniens. Mais aussi sur l’infini de l’horizon qui se déployait devant lui. «Quand on est sur un toit, on rêve de visiter d’autres toits. Ce qui est curieux, c’est que les rues disparaissent quand on prend de l’altitude, on dirait qu’on peut sauter d’un toit à l’autre», s’amuse-t-il.

 

DIAPORAMA. Les meilleures photos des toits du 9e

L’artiste a souhaité partager cette «impression magique» et est même devenu le premier militant de la candidature des toits parisiens à l’Unesco en temps que président de son comité de soutien. L’homme veut valoriser ces espaces calmes, zens. «En haut il n’y a pas de bruit, on entend les oiseaux», assure-t-il. Une belle parenthèse au-dessus du Paris qui grouille, qui virevolte, qui klaxonne.

Pour Gilles Mermet, la plus belle vue du 9e est celle qu’offre le toit de l’hôtel Apollo, rue de Douai. On y voit la basilique du Sacré-Cœur, parfaitement encadrée par la rue étroite, s’élançant de derrière les toitures en ardoise. «Pour moi, c’est le symbole du Paris populaire, montmartrois. On y trouve des indices de la vie des gens, un pot d’hortensias à une fenêtre, un sac de tomates au bord d’un velux», explique-t-il.

Le photographe entend passer des accords avec des entreprises de bâtiment pour laisser aux Parisiens un libre accès aux toits. Les échafaudages des chantiers offriraient d’éphémères passerelles vers des jardins suspendus.

 

Des ruches en plein Paris

À l'Opéra, investir les toits est une idée qui a germé il y a plus de trois décennies. En 1981, l'accessoiriste Jean Paucton s'improvise apiculteur et installe des ruches sur les toits du monument. Il y a trois ans,  il décide de passer la main à des professionnels. Et depuis cette année, c'est Boris Naudin qui a la chance de s'occuper des cinq ruches abritant pas moins de 250 000 abeilles.
 
Cliquez sur les pastilles pour écouter sa vision de cette apiculture peu commune.


«Pour le miel de l'opéra on est sur une moyenne de 25 à 30 kg par ruche et les meilleures années on peut monter jusqu'à 40kg», détaille l’apiculteur. Des petites ouvrières citadines qui n'ont rien à envier à celles des champs : une production de qualité, à base de tilleul, pas amoindrie par la pollution. Seule différence : le prix. Comptez 15€ pour le pot de 125 grammes.

L'employé de Mugo, entreprise qui exploite plusieurs ruches sur les toits d'Île de France, explique la tendance: «Les entreprises souhaitent donner une image écolo. Et les toits, c'est le seul endroit où il y a de la place». Mais aussi le seul espace où les apiculteurs peuvent installer leurs ruches sans dangers pour les habitants.


Agriculture urbaine : même les enfants s'y mettent !

Mais il n'y a pas qu'à l'Opéra que l'on a décidé de mettre à profit les toits dans le 9e. Depuis la rentrée de septembre dernier, le centre d'animation Tour des Dames, du même nom que la rue, propose des ateliers "d'agriculture urbaine" pour les enfants de 4 à 6 ans. Sur le toit-terrasse de l'établissement, on trouve désormais quelques plantes. Plutôt que de s'adonner à des cours de judo, de piano ou d'anglais, comme le propose par ailleurs le centre, Octave, Maya, Étienne et Lila préfèrent jouer les apprentis jardiniers avec l'aide de Cécile Contat, paysagiste en charge de l'atelier.
 

VIDEO. Les enfants végétalisent les toits du 9e

Ils n'ont que cinq ans mais aiment déjà plonger les mains dans la terre, à un âge où la plupart des petits Parisiens n'ont que peu de contacts avec la nature. Tous les vendredis de 17 à 18h, ils creusent, plantent et arrosent fraisiers et jacinthes. Le tout dans un cadre superbe, où l'on peut apercevoir entre deux arrosoirs l'église de la Sainte-Trinité ou l'Opéra, bercés par les derniers rayons du soleil. Pour la première année de cette nouvelle activité, Cécile Contat encadre un groupe de cinq enfants. Mais elle compte sur des effectifs plus importants à l'avenir, tant l'agriculture urbaine se développe. Il existe d'ailleurs un autre créneau, pas uniquement réservé aux enfants mais «destiné aux 8-99 ans» comme le rappelle la jardinière. La séance pour les moins de 26 ans coûte 2.08 euros de l'heure. Pour les adultes, le prix varie selon le quotient familial : 2.60 l'heure pour les plus modestes, 8.53 pour le quotient maximal. Un investissement qui reste raisonnable pour des cours dispensés par une éco-paysagiste professionnelle.
 
C'est lors des "rendez-vous végétaux", organisés par le centre Tour des Dames depuis le début de l'année 2015, que les adultes sont aussi amenés à travailleur leur main verte. Un samedi par mois, Cécile Contat anime des ateliers comme "Design végétal" ou "Jardinage d'intérieur" entre 10h30 et 12h30. Pour clore l'année, c'est justement l'agriculture urbaine qui sera à l'honneur avec deux séances : une le 23 mai prochain, une le 20 juin. Une manière d'enraciner une activité qui ne demande qu'à fleurir. 




Olivier Faissolle

Youenn Gourlay

Martin Guez
Maïté Héllio



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1.Posté par PFT le 17/04/2015 12:23
Pour information, la candidature des Toits de Paris au Patrimoine mondial de l'UNESCO n'a pas été encore déposée.
L'idée et le projet ont été lancés sous l'égide de Mme Bürkli, mais le dossier d'inscription sur la liste indicative française, préalable à un dépôt au Patrimoine mondial, n'a très certainement pas encore été déposé au ministère de la Culture. Mme Bürkli a récemment annoncé qu'il le serait dans les prochains mois.

Ce premier dossier, qui est évalué par le Comité des biens français du patrimoine mondial, doit comporter un certain nombre d'éléments techniques précis (déclaration de valeur universelle exceptionnelle, déclarations d'intégrité et d'authenticité du bien proposé à l'inscription sur la liste indicative française, état des protections réglementaires existantes, ébauche d'une analyse comparative avec d'autres biens inscrits ou non sur la liste du Patrimoine mondial, etc.)

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