Vendredi 31 Mars 2017
Rédigé par David Lévi. Modifié le 5 Avril 2017

Tin-tin, le tatoueur de Pigalle : «J’ai fait un dragon à Jean-Michel Baylet»


Le salon du tatouage se tenait à Paris du 3 au 5 mars. Quelques 30 000 personnes sont venues voir les créations de plusieurs centaines de tatoueurs internationaux. L’occasion de brosser le portrait d’un des plus célèbres d’entre eux, Tin-tin, également l’organisateur du mondial.


Tin-Tin, célèbre organisateur du Mondial du tatouage, a forgé sa légende dans le neuvième. ©D9/David Lévi
Tin-Tin, célèbre organisateur du Mondial du tatouage, a forgé sa légende dans le neuvième. ©D9/David Lévi
Un immense gaillard se tient debout torse nu, vêtu seulement d’un short de boxe thaï. Une grande partie de son torse et de ses bras sont recouverts de motifs asiatiques d’une teinte bleutée. Le résultat de quelques 20 heures de travail. 

Face à lui se trouve un autre personnage de taille, Tin-tin : 120 kilos de gouaille, de virilité et d’encre vieillie «quand j’étais jeune moi aussi je faisais de la boxe, aujourd’hui avec mon physique, je servirais plutôt de sac de frappe» lâche-t-il en tapotant sa panse rebondie. Au milieu d’une sorte de cabinet de curiosité, où se côtoient pêle-mêle un squelette coiffé d’un béret, et des crânes de toute dimension, les deux colosses échangent les vannes comme de vieux potes. 

Pour réaliser son œuvre du jour, Tin-Tin prend son temps. Entre une imitation de l’accent québécois, et une blague graveleuse, il mesure l’espace entre les tétons du boxeur, ne parle plus, prend un air sérieux et trace quelques repères, main levée, au feutre. Après quelques minutes de concentration, il se met à chanter à tue-tête «C’est arrivé près de chez toi» la chanson de NTM.

La peau du cru

Difficile d’imaginer Jean-Michel Baylet, 70 ans et ministre de l’aménagement du territoire, dans cet environnement. Pourtant c’est bien lui qui a demandé au taulier du tatouage de lui inscrire un dragon sur son épiderme : «j’étais très étonné parce qu’il n’a pas bronché, il était torse nu au milieu du shop comme n’importe quel autre client, et n’a pas ressenti le besoin de la présence de ses gardes du corps, c’était vraiment une belle rencontre.»

Il y a quelques années c’est sur la fameuse poupée Barbie, que Tin-tin a laissé sa marque, pour une édition spéciale. Malgré tout, il refuse encore de dire que la clientèle des salons de tatoueurs a changé : «Il y a toujours eu des rois et des reines tatouées, maintenant qu’il y a plus de gens tatoués on ne fait plus autant attention au nombre de voyous qui le sont» 

Tatoueur tatoué

Tin-Tin a réalisé ses premiers tatouages à l'âge de 16 ans.  ©D9/David Lévi
Tin-Tin a réalisé ses premiers tatouages à l'âge de 16 ans. ©D9/David Lévi
Tin-tin revendique fièrement l’origine de sa passion : «ça m’est venu de la rue. La première fois qu’il s’est fait tatouer, il avait 16 ans et c’était comme pour tout le monde : une bonne bousille dégueulasse» réalisée chez l’un des tout premiers tatoueurs en France, «Le vieux Bruno, le tatoueur sans tatouages» comme il l’appelle lui-même. Depuis il l’a recouvert d’un autre motif. Il a fait ses armes et ouvre à son tour son shop à Pigalle en 1999. Après 34 ans de pratique, il n’a toujours pas délaissé ses airs de rockeur roublard.

Quand il parle de son style, Tin-tin n’hésite pas à comparer ses œuvres et ceux des autres tatoueurs renommés à des tableaux de maître : «On reconnait nos tatouages aussi facilement qu’on reconnait un Monet ou un Van-Gogh». Pionnier du réalisme, il s’est progressivement détourné de ce style à mesure qu'il s’est répandu, pour finalement embrasser des motifs traditionnels japonais. 
 

Le tatouage, tout un art

Pour Tin-Tin, le tatouage est un art. ©D9/David Lévi
Pour Tin-Tin, le tatouage est un art. ©D9/David Lévi
Aujourd’hui, il rencontre des ministres. Pas pour les «piquer», mais pour faire avancer «la cause du tatouage» auprès du gouvernement. Il se sert notamment du Syndicat National des Artistes Tatoueur s, dont il est co-fondateur et président, pour faire valoir son point de vue. Notamment lorsqu’il s’est opposé à l’instauration d’un CAP obligatoire pour pouvoir pratiquer ce métier. Dernièrement il était en négociation avec la ministre de la Culture, Audrey Azoulay, pour faire reconnaître officiellement le tatouage comme 10art. Cela permettrait la reconnaissance des tatoueurs en tant qu’artistes : «le tatouage c’est une toile qui parle, qui bouge». 

À 52 ans, après avoir tatoué les plus grandes stars françaises, de Florent Pagny à Joey Starr et avoir joué son propre rôle au cinéma notamment dans Mais qui a re-tué Pamela Rose ?, Tin-tin n’a plus grand-chose à accomplir. Quand on lui demande ce qu’il manque à son palmarès, il lâche dans une ultime grivoiserie : «Penélope Cruz». 
 

Certaines citations ont été relues et corrigées par leur auteur, et certains passages supprimés avant publication.
Informations Pratiques:
Tin-Tin Tatouages
37 rue de Douai
Ouvert de 12h à 20h, du lundi au samedi. 
David Lévi 
 



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