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Mercredi 23 Mai
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Richard Binet ou le Sang du Baobab


Richard Binet ou le Sang du Baobab

Depuis vingt ans, Richard Binet (à gauche sur la photo), grand reporter à France 2 et journaliste de guerre, a son port d'attache dans le neuvième arrondissement. Ce  voyageur épris de liberté a été envoûté par le continent africain, qu'il a découvert en 1989. Il sort son premier roman, Le Sang du Baobab, aux éditions Riveneuve, une histoire intense et violente à la fois. Un style sobre qui communique beaucoup d’émotion. A deux pas de chez lui, Esteban Ortega (à droite), le libraire de Librairimage, 53 rue de la Rochefoucauld, partage avec Richard ce succès. L'éditeur prévoit une réédition.


RbinetDR Comment est née votre fascination pour le continent africain?

Richard Binet: J'ai découvert l'Afrique (photo au Soudan avec les rebelles du Darfour) à travers l'amour et une femme. Ma première femme était sénégalaise. Il est très difficile de rester indifférent à l'Afrique. C'est un révélateur de ce que l'on peut être potentiellement, un moment de vérité vis-à-vis de soi, une mise à nu. Tout peut arriver en Afrique, le meilleur comme le pire.  C'est le pays de toutes les tentations, le sexe, l'alcool, le soleil, la chaleur, le rire et la musique. C'est le dernier Eldorado de l'aventure entre l'Eden et l'Enfer.

Vous parlez de continent Africain alors qu'il existe de vraies différences entre les pays? 

RB: Il y a plusieurs "Afrique" comme il existe plusieurs "Europe". Mais il y a des fondamentaux. L"Afrique a une capacité extraordinaire à renaître de ses cendres. On parle en Afrique du grand tout. L'individu n'existe qu'à travers son groupe, sa famille, sa tribu, sa caste... L'humour est aussi omniprésent dans les échanges.

Comment vous est venu l'idée de ce roman?

RB: J'ai énormément voyagé en Afrique francophone. Je connais pas moins de trente pays et j'ai eu envie de mettre tout à plat de cette tranche de vie. Ce livre est le reflet de plusieurs années d'apprentissage dans les contacts entre les hommes et les femmes. Il ne s'agit pas d'une autobiographie mais il y a des passages tout à fait véridiques comme celui en Irak. J'ai été prisonnier pendant 13 nuits pendant la première guerre du golfe. J'en ai très peu parlé par crainte de paraitre prétentieux mais c'est une expérience inoubliable. J'ai récrit le film de ma vie.

L'histoire d'amour dans "Le Sang du Baobab" laisse entendre une histoire impossible. Est-ce à dire que la culture occidentale ne pourra jamais comprendre l'Afrique?

RB: La rencontre est possible mais la compréhension est impossible. Les mots n'ont pas le même sens. Par exemple, au Sénégal, il n'y a rien de choquant à ce qu'une femme soit attirée par l'argent. L'argent se porte en bracelet, collier... La beauté de la femme est une valeur fondamentale.

Ne vous sentez-vous pas décalé entre ce que vous vivez à Paris et ce que vous aimez en Afrique?

RB: Je suis un révolté, c'est de naissance! Parfois je ne comprends plus rien en France.  Tout est propre, aseptisé, il y a des interdits partout et la police est omniprésente. Cela devient étouffant.

Pour un aventurier comme vous, comment expliquez-vous cet ancrage dans le 9ème arrondissement?

RB: Il y a vingt ans, quand je me suis installé dans le 9ème, on me disait "tu n'as pas peur de ce quartier? Tu vas chez les putes..." Dans cet arrondissement, il y a un mélange de couches sociales, pas de cloisonnement. C'est un quartier d'artisans et j'aime l'authenticité de certains commerçants. Place Auguste Toudouze, le restaurant indien vous autorise à venir avec votre bouteille de vin. Ils sont musulmans et se refusent à vendre du vin. Quand je vais au café tabac de la rue Pierre Fontaine, je prends toujours le temps d'échanger avec le patron qui est berbère. Quand j'ai la nostalgie de l'Afrique, je vais à Barbès. 

Ce que vous aimeriez préserver dans l'arrondissement?

RB: L'ouverture et la tolérance de ce quartier.

Qu'elles sont vos projets?

RB: Ecrire la suite de mon roman.

Propos recueillis par Katia Kermoal

Katia Kermoal
           

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Publié par Le Daily Neuvième le 09/04/2012 à 19:08 | 0 Commentaire