Lundi 6 Novembre 2017
Rédigé par Romain Haillard. Modifié le 11 Novembre 2017

Prix Goncourt : vos libraires en parlent


Le Jury du Goncourt a décerné son prix à Eric Vuillard, auteur de l’Ordre du jour, lundi 6 novembre. Le plus ancien et prestigieux prix de littérature français, peu épargné par la critique, reste un évènement incontournable. Avant le verdict, les libraires du 9e arrondissement de Paris ont donné leur avis.



«L'Académie des Goncourt me paraît malade ; ça a l'air d'une maison de retraite pour vieux amis. La littérature s'en désintéressera.» Cette critique, de l’écrivain et auteur français Jules Renard, est formulée dès les débuts du prix, en 1903. Plus d’un siècle plus tard, le prix est toujours là, ses critiques aussi. Ils étaient quatre écrivains en lice. Yannick Haenel et son Tiens ferme ta couronne (Gallimard), Véronique Olmi pour Bakhita (Albin Michel), Eric Vuillard avec L’Ordre du jour (Actes Sud), Alice Zeniter et L’Art de perdre (Flammarion). Le verdict est tombé au restaurant Drouant : le jury s’est épris du livre d’Eric Vuillard. Avant la décision finale, les libraires du 9e arrondissement de Paris se sont livrés sur leur choix.

«Le Goncourt, aujourd’hui, tout le monde s’en fout, c’est beaucoup moins couru», lance un brin exaspéré Michel Siegelbaum. Libraire à la Farfouille, passage Verdeau, il parle franchement : «Beaucoup de choses sont bonnes, mais peu de choses sont extraordinaires.» Cerné par les vieilles reliures, il se montre nostalgique : «Avant, il y avait un intérêt littéraire, car les publications étaient plus rares. Dans les années 50 et 60, c’était un grand moment.» Ça serait le nœud du problème selon lui : «Les gens pourraient s’y intéresser mais ils sont trop sollicités. Il suffit de regarder le nombre de sorties à la rentrée littéraire, c’est effrayant !» Pour Michel Siegelbaum, les auteurs passent, mais retombent dans l’oubli : «Demandez aux gens dans la rue, ils ne pourront pas citer deux noms d’ancien prix Goncourt.»

« Le Goncourt, c’est un rituel de la profession »

Eternel point d’achoppement, la sélection est loin de faire l’unanimité. Valérie Michel-Villaz travaille à la librairie L es Arpenteurs, rue des Martyrs. Elle constate un fossé entre ses favoris de la rentrée littéraire et la sélection Goncourt : «Je suis légèrement désappointée. Dans la première présélection, aucun de nos coups de cœur n’ont été choisis. Chaque année c’est la même chose, mais là, c’est encore plus marqué.» Gaëlle Berthoux, sa collègue, semble déçue : «Moi j’aurais aimé voir Mercy, Mary, Patty de Lola Lafon (Actes Sud).» Elle poursuit : «J’ai bien aimé l’Art de perdre, de Zeniter. Mais il ne m’a pas marqué non plus. Le livre parle d’une famille de Harkis. C’est un sujet peu traité, je m’attendais à un livre davantage coup de poing.» Malgré les déceptions, un livre de la sélection a trouvé leurs grâces. Au milieu d’un rayon, l’Ordre du jour d’Eric Vuillard, sur le livre, une étiquette avec la mention «On adore !»


Florence Raut, gérante de La Libreria, a également jeté son dévolu sur l’ouvrage d’Eric Vuillard. Il parle des coulisses de l’Anschluss en 1938. Elle explique son choix : «Il vous raconte l’histoire avec un grand H, il la bouscule. Le récit commence avec la rencontre de vingt-quatre industriels allemands, réunis par Goering, alors président du Reichstag. Contre un financement du parti Nazi, Goering leur promet une meilleure stabilité économique, et donc des affaires fructueuses.» Au-delà du sujet, c’est la plume d’Eric Vuillard qui l’a charmée : «Il a un don pour raconter, il est passionnant, c’est une lecture qui nous laisse atterré.» La libraire attend avec impatience le résultat, dans l’espoir de voir gagner son poulain : «J’aime ce suspense. Le Goncourt, c’est un rituel de la profession, je les accepte, je joue le jeu.» 

Romain Haillard



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