Mercredi 8 Mars 2017
Rédigé par Benjamin Campech. Modifié le 16 Mars 2017

Les femmes donnent de la voix


Pour la Journée Internationale des droits des femmes, le Chœur International des Femmes de Paris s'est fait entendre à la mairie du 9e ce mardi soir. Au-delà de la simple manifestation culturelle, l’événement défend l’émancipation des femmes.


Seules les femmes chantent dans le choeur ©D9/BenjaminCampech
Seules les femmes chantent dans le choeur ©D9/BenjaminCampech

«Nous sommes ravies de vous avoir parmi nous, messieurs.» Le spectacle du Chœur International des Femmes de Paris (CIFP) à la mairie du 9e arrondissement s’ouvre sur ces mots de la présidente de l’association, Agnès Cabrol. Sur scène, uniquement des femmes pour chanter. Dans le public, hommes et femmes sont côte à côte pour écouter. Le but de cette soirée : célébrer la Journée Internationale des droits des femmes.
 
 


Diversité du monde

En ce mardi soir, le CIFP, fondé par l'Américain Dale Wardlaw, a décidé de se produire pour « montrer les femmes dans toute leur diversité sur scène ».  Trois ensembles, ExaudioHautes de Gammes et Sonic Swing se succèdent et varient les registres. Le jazz américain emboîte le pas à la chanson française. Les chants grégoriens laissent place aux chants zoulous. Les musiques sont uniquement incarnées par des femmes toutes différentes qui mettent surtout en lumière la diversité culturelle du monde.

extrait_du_concert.wav Siyahamba  (29.71 Mo)



Dale Wardlaw, aussi chef de chœur, met en avant ce mélange des registres. «Chaque culture apporte quelque chose. Pour moi, la musique est un vecteur de compréhension de l’autre. Elle donne une ligne directe à l’âme humaine.» Chanter le monde est donc une ouverture vers autrui. La voix est un moyen de créer du lien entre les individus, hommes et femmes notamment. Chanter permet d’accepter la différence des autres. Dans le public, Marc Le Verat semble conquis par cette profusion des genres. «C’est très festif, très agréable, ce mélange de genre, surtout les chants africains. Ça permet d’avoir un spectacle très riche.» Dale Wardlaw reconnaît d’ailleurs volontiers que les femmes sont plus ouvertes que les hommes et plus à l’écoute des autres. Elles se projettent mieux dans cette diversité des chants.
 
Dale Wardlaw, le chef de cœur, guide les chanteuses durant le filage ©D9/BenjaminCampech
Dale Wardlaw, le chef de cœur, guide les chanteuses durant le filage ©D9/BenjaminCampech

Émancipation féminine

Les chants s’enchaînent. Ils parlent parfois de la femme aimante, comme dans Tel qu’il est de Fréhel, et souvent de la femme désirée, comme dans le jazzy Build Me Up, Buttercup. Pourtant,  la simple dualité aimante/désirée ne suffit pas. Les femmes sur scène sont plus importantes que celles chantées. Elles doivent « oser, s’ouvrir dans leur intimité » selon les termes du chef de chœur. Si dans la première partie du spectacle, les chanteuses paraissent parfois un peu tendues, la seconde partie est pour elles l’occasion de se libérer, de dépasser leur appréhension du public. Elles ne se contentent plus simplement de chanter, elles jouent les chants sur scène.
 
 


 

Les chanteuses dansent sur le chant traditionnel zulu Aya Ngena ©D9/BenjaminCampech
Les chanteuses dansent sur le chant traditionnel zulu Aya Ngena ©D9/BenjaminCampech

Le chant devient alors un vecteur de libération. D’ailleurs quand une volontaire rejoint le chœur, « on voit souvent une personne qui porte en elle toutes ses interdictions : ouvrir la bouche, se montrer ou se mettre en avant », d’après Dale Wardlaw. Le chef de chœur regrette cette « fausse pudeur » des femmes, imposée par la société et l’éducation. Il est important pour lui que les femmes s’acceptent et expriment leurs émotions par le corps. «L’instruction [en France] est tellement cartésienne. Il y a donc une séparation qui se crée entre la tête et le corps. Or, il faut être fière de son corps, qui est l’instrument du chant.»
 
Agnès Cabrol, présidente de l’association et chanteuse, reconnaît que le chant est « une découverte » de soi, un moyen peut-être de s’accomplir pleinement. Les bienfaits de cette activité seraient tels qu’il en deviendraient presque « une vrai drogue ».
Agnès Cabrol, présidente du CIFP, remercie les chanteuses à la fin du spectacle ©D9/BenjaminCampech
Agnès Cabrol, présidente du CIFP, remercie les chanteuses à la fin du spectacle ©D9/BenjaminCampech

«Respect mutuel»

Le spectacle se clôt sur Good Night la berceuse de John Lennon à son fils. «Ferme tes yeux et je fermerai les miens.» Loin d’être anecdotique pour Dale Wardlaw, cette phrase est «un signe de confiance et de respect mutuel ». En chantant cette berceuse, les femmes sur scène dressent alors un pont entre elles et vers les autres pour «un monde qui serait meilleur». Malgré ce vœu, Dale Wardlaw s’interroge : «Dans notre société, qu’est ce qu’une femme ? La mère de l’enfant couramment.» Agnès Cabrol lui rétorque : «Et trop souvent la femme de l’homme !» Et au chef de chœur de conclure : «Pourtant, la femme est plus que ça. Elle a tellement plus à offrir. Elle est complète en elle-même et elle n’a pas besoin de l’homme pour exister.»


Benjamin Campech



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