Mercredi 30 Novembre 2016
Rédigé par Jean-Loup Delmas. Modifié le 20 Février 2017

Le grand élan de la démocratie participative


Ils étaient près de 10 000 habitants à voter pour les différents projets du budget participatif du 9e arrondissement. Un succès électoral qui ouvre la voie à d'autres, et qui place la démocratie participative comme nouvel instrument politique de la ville.


Ils étaient 93 000 Parisiens à voter pour le budget participatif dans la capitale. ©Wikimedia
Ils étaient 93 000 Parisiens à voter pour le budget participatif dans la capitale. ©Wikimedia

Cécile a 25 ans et pour cette Parisienne de naissance, 2016 restera l'année où elle a voté pour la première fois. Pas à la primaire de la droite et du centre, «assurément non», s'offusque presque cette jeune étudiante en sciences sociales, mais pour le budget participatif du 9e arrondissement. Elle fait partie de ces 93 000 votants qui ont participé à cette élection pas comme les autres à travers la capitale, un chiffre en hausse de 40 % par rapport à l'année dernière.
 

Cette initiative de politique locale donne l'opportunité aux Parisiens de proposer des projets d’investissement pour leur arrondissement ou pour Paris. Près d’un demi-milliard d'euros jusqu'en 2020, soit 5 % du budget d’investissement de la ville, est consacré à ces projets. En 2016, l’enveloppe dédiée au budget participatif s’élève à 100 millions d'euros. L'objectif est de favoriser l’émergence de projets dans les quartiers populaires et d’accroître la participation des jeunes. Sept projets ont été élus dans le 9e arrondissement cette année. 
 


Cécile, qui se dit «lassée de la politique politicienne», a vu dans ce budget participatif «un vrai vote utile, le premier qui nécessitait que je participe», à la différence des élections plus traditionnelles selon elle. «Pour moi, la politique c'est ça. Ce sont des actions concrètes, sur des choses de proximité. Ce n'est pas confier les pouvoirs à un homme dans son bureau loin de nous.» Cette initiative la satisfait, et pas question pour elle de laisser passer l'opportunité, qui est bien plus à ses yeux qu'un simple vote participatif : «C'est un appel d'air dans lequel il faut s'engouffrer. La politique doit changer, elle est sclérosée de l'intérieur et c'est par ce genre d'actions que nous changerons les choses. La politique de proximité est la vraie politique et la seule qui vaille.»  

Des quartiers appartenant réellement à leurs habitants

Avec un budget de 1,8 million d'euros pour son budget participatif, la mairie du 9e a joint le geste à la parole. L'ouverture démocratique y est plus poussée, notamment grâce à l'absence de condition d'âge ou de nationalité, toute personne pouvant voter tant qu'elle réside à Paris.

Plus que la hausse de participation, c'est le résultat des votes qui réjouit Nathalie, autre étudiante habitant le 9e. Voir que les deux projets ayant obtenu le plus de votes sont les jardins partagés à Valeyre et la rue des Martyrs rendue aux piétons montre que les choses vont dans le bon sens selon elle. «Ce sont des projets citoyens pour se rencontrer et passer du temps entre habitants. Il y a une volonté d'aller vers l'autre et de ne pas uniquement privilégier ses intérêts», argumente-t-elle. Récemment arrivée à Paris, Nathalie voit aussi dans ces projets l'occasion de donner plus d'identité au 9e arrondissement et à ses habitants. «Quand on vient d'un petit village comme Luc (Lozère), on ressent parfois ce manque d'identité dans le gigantisme de Paris. La ville est magique bien sûr, mais elle est universelle. Elle appartient à tout le monde et pas seulement à ses habitants. J'espère que ce genre de projets permettra de créer de vraies identités dans des quartiers appartenant réellement à leurs habitants.»


Un manque de communication encore préjudiciable

Pourtant, des progrès sont encore à faire, notamment concernant la médiatisation de ces projets. Interrogée sur le budget participatif du 9e, Marie-Andrée, septuagénaire du 9e, confesse ne pas avoir entendu parler de cette initiative, un regret pour elle. «Je suis évidemment pour ce genre de projets, mais il faut qu'ils s'adressent à tous les habitants du 9e. J'ai l'impression qu'on s'est principalement adressé aux jeunes avec internet, et qu'on a oublié les résidents de toujours.» Certes, il est possible de voter dans des urnes traditionnelles, mais il est vrai que le gros de la communication et des votes s'est fait via le web.  
 

Une chose est sûre, la mairie de Paris comme celle du 9e ne souhaitent pas s'arrêter là. Alors que cette année marque le passage d'un seul projet à sept projets votés, le budget participatif 2017 s’est fixé un nouvel objectif. A présent, en plus de choisir et de voter pour les projets, les participants pourront aussi contribuer à leur réalisation. Une initiative qui réjouit évidemment Cécile, prête à mettre la main à la pâte. «Voter c'est bien, réaliser c'est mieux», résume-t-elle. Avec de tels volontaires, la démocratie participative a toutes les chances de se pérenniser dans le 9e arrondissement.

Voir aussi >> Plus de démocratie grâce au budget participatif

Jean-Loup Delmas 




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