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La place Saint-Georges, toute une histoireLa rénovation de la place, prévue pour l'été 2012, est l'occasion de se pencher sur l'histoire de cette création privée de 1824, et celle des personnages hauts en couleurs qui y vont vécu.
(Photo Pierre, lecteur du dailyneuvieme).
Paris, 1824. Après les tumultes de la Révolution et de l'Empire, la Restauration a ramené la paix, mais les dettes sont lourdes, et le gouvernement ne peut satisfaire aux exigences du boom démographique qui touche la capitale. L'entreprise privée, sous forme de "compagnies financières" est encouragée à construire des lotissements périphériques. Un mouvement spéculatif où, comme l'indique Alexandre Gady*, "pour la dernière fois dans l'histoire de Paris, l'initiative privée est créatrice en matière d'urbanisme". La place Saint-Georges est aussi la plus petite du genre.
Une fontaine, des trottoirs, des pavés Alors qu'est lancée la Nouvelle-Athènes (1820), l'architecte Auguste Constantin est de ces investisseurs-bâtisseurs : après avoir notamment réalisé le lotissement de la rue de la Tour-des-dames, il s'intéresse au voisinage de ce qui est alors la rue Neuve-Saint-Georges. Associé à un receveur général (Alexis-André Dosne), un négociant et un ancien notaire, sa "Société des terrains Ruggieri et Saint-Georges" vise à établir et percer des rues dans le secteur, à achever des constructions commencées et à revendre des terrains qui resteraient après les percements. Sont notamment au programme, accordé par la Ville, l'ouverture d'une place ronde et de rues pour la relier au réseau existant. Il est cependant stipulé qu'ils devront, à leurs frais, créer de ces trottoirs qui font leur apparition, paver les rues, et installer une fontaine au centre de la place, qui servira d'abreuvoir. Celle-ci, alors un bassin qui encercle une colonne à balustre supportant deux vasques superposées en pierre blanche, peut être inaugurée seulement un an plus tard. Contraintes architecturales éphémères Il faut maintenant construire sur les terrains vagues qui l'entourent. Mais pas question pour Constantin de laisser construire des bâtiments difformes ou de mauvais goût. Une grille est imposée, pour unifier l'ensemble, et il établit une forme de permis de construire : les acquéreurs doivent soumettre leurs plans à deux architectes-conseil. Pourtant, si la place Saint-Georges sera bien entourée d'hôtels particuliers, sa procédure, jugée trop lourde, sera abandonnée en 1827, quand il quittera sa compagnie (faillite faite). "Pour obtenir de petits hôtels particuliers, explique encore Alexandre Gady, la compagnie imagina d'imposer un recul des constructions" de 7,80m. Sept hôtels sont construits en dix ans. Cinq d'entre eux," petits hôtels de style néoclassique aux façades blanches sobrement ornées de colonnes ou de pilastres à l'antique", seront démolis dans les trente ans suivants. En 1836, les deux derniers emplacements disponibles seront, eux, construits d'hôtels néo-Renaissance, nouvelle tendance architecturale. Tel un phénix En 1832, c'est Alexis Dosne, associé de la compagnie, qui lance la construction de son propre hôtel, futur hôtel Thiers, pourvu d'une majusteuse façade avec balustres et pilastres. Si on ne l'y verra guère, s'y installe en revanche un "ménage à quatre" qui fera jaser jusqu'à Balzac : ses deux filles, son épouse, ainsi que l'amant et protégé de celle-ci qui est aussi devenu son gendre, Adolphe Thiers. C'est là qu'il écrira son Histoire du Consulat et de l'Empire, de là qu'il gravira les marches du pouvoir. Mais, en mettant fin dans le sang au communard en 1871, il expose aux exposes aux représailles l'hôtel de la place Saint-Georges où il a vécu quarante ans : celui-ci est pillé et détruit. Mais l'homme, on le sait, a de la ressource. Comme il a su surmonter des revers politiques, il sait obtenir, par une nouvelle loi, que son l'hôtel soit rebâti aux frais de la Nation. La somme rondelette lui permet d'inaugurer deux ans plus tard l'édifice qu'on connaît aujourd'hui.
Une façade folle pour une histoire folle
En 1854, Adolphe Thiers a une nouvelle voisine, qui s'est installée au rez-de-chaussée du n°28, dans cette "extraordinaire composition" élevée en 1841, avec façade en pierre de taille inscrustée de marbre de couleur, ornée des sculptures et de statues. Deux petits jardins et deux perrons de pierre (aujourd'hui disparus) entourent sa porte en bois sculpté, pour desservir les appartements du rez-de-chaussée surélevé. C'est là que va vivre cette nouvelle voisine qui a, comme lui, une belle capacité à rebondir : fuyant son ghetto de Moscou et un mari obscur, Thérèse Lachmann saura jouer de ses nombreux amants pour entrer dans le grand monde, en faire parfois des maris (dont le marquis portugais qui lui donnera le nom de Païva aujourd'hui attaché à l'hôtel), et surtout faire et refaire une fortune qui lui permettra de financer l'hôtel de ses rêves, au 25 avenue des Champs-Elysées. Mais le n°28 ne cessera pas pour autant d'accueillir des personnalités aux destins hors normes, quoique dans des registres très différents. S'y installeront ainsi, de 1873 à 1875, un agent de change jeune marié, le futur peintre Paul Gauguin, puis, en 1929, l'escroc de génie Georges Stavisky.
Des travaux qui font polémique
En 1903, l'architecte Henri Guillaume est chargé de remplacer la vieille fontaine par un nouvel édifice. .S'il conserve une fontaine, il la surmonte d'une colonne de pierre coiffée du buste de Gavarni. Selon ses détracteurs, "le dessinateur semble sortir d'une cheminée, ou ne sert plus que de giratoire pour la circulation..." Arrive le métro, en 1911, avec sa ligne A qui sera accusée d'avoir tari la fontaine. Et puis l'affaire du théâtre Saint-Georges. En 1928, le 51 rue Saint-Georges est transformé en théâtre. Pour ce faire, l'architecte se livre à des élévations non réglementaires, à la création d'un mur aveugle. Ces travaux sont dénoncés par un architecte voyer, mais il ne sera pas suivi par sa hiérarchie, celle-ci estimant que si la place "présente un certain intérêt, elle ne peut pas être considérée comme un site". Et que le mur pignon ne "nuit pas à son aspect". Près de cent plus tard, c'est pourtant l'un des problèmes de la municipalité et du conseil de quartier concernant la rénovation de cette place : les grandes affiches publicitaires qui placardent ce pignon sont très visibles de la place. Mais si l'architecte des bâtiments de France peut intervenir sur bien des points, jusqu'à la forme des potelets, on ne peut compter, selon le maire Jacques Bravo, que sur "un long travail de négociation et de réglementation" contre cet affichage dénaturant. Sources : La place Saint-George et son quartier, d'Alexandre Gady, collection Quartiers de vie de Paris Musées, Anecdotes parisiennes (http://anecdotes-parisiennes.blogs.nouvelobs.com/tag/quartier%20saint-georges ). Emmanuelle Cohendet
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