Vendredi 3 Février 2017
Rédigé par Maroussia Wosiak. Modifié le 4 Février 2017

La chapelle de Notre Dame de Lorette rebaptisée


La Chapelle des Baptêmes fait peau neuve. Au sein de l'église Notre-Dame-de-Lorette, elle a été présentée au public, hier soir, après plus d'un an de restauration. La Ville de Paris ainsi que des investisseurs privés se sont alliés pour faire revivre l'œuvre du peintre Adolphe Roger.


La chapelle révèle désormais tout l'éclat de ses dorures, affectionnées par le peintre Adolphe Roger  © Maroussia Wosiak
La chapelle révèle désormais tout l'éclat de ses dorures, affectionnées par le peintre Adolphe Roger © Maroussia Wosiak

Jeudi soir, l'église Notre-Dame-de-Lorette inaugurait la chapelle des Baptêmes. La fin d'un travail titanesque. Pendant plus d'un an,  ce sont ainsi 23 restaurateurs qui se sont relayés pour redonner à la chapelle tout son éclat. Depuis décembre 2015 jusqu'au début de la semaine, ils ont patiemment oeuvré pour effectuer une restauration délicate. « Pas moins de 240 m² de peintures murales ont été totalement restauré, elles retrouvent leur transparence, leur luminosité et la netteté des personnages » présente Nicolas Engel, conservateur de la ville. 

« Le travail des restaurateurs a rendu de sa superbe à ce monument historique, véritable trésor de la ville » affirme Delphine Bürkli , maire de l'arrondissement. Les conservateurs ont d'abord enquêté pour connaître l'origine des matériaux utilisés dans les années 1830 par le peintre Adolphe Roger . Les restaurateurs ont, par la suite, dépoussiéré au coton-tige les peintures. Ils les ont décrassé et ôté les deux couches de vernis protecteurs pour découvrir l'ampleur des dégâts. Mètre carré par mètre carré, ils ont repris les enduits, recollé les écaillés puis repeint à la cire froide, comme l'avait fait le peintre à l'origine pour résister à l'humidité, pour redécouvrir les scènes. Un travail minutieux et de longue haleine à la fois. 


Une Histoire cultuelle

Située à droite de l'entrée principale, la Chapelle des Baptêmes surprend par ses dorures étincelantes. Le cul-de-four, voûte en quart de sphère caractéristique de cette époque, est recouvert de nouvelles feuilles d'or. Elles ornent la représentation de la Sainte-Trinité ainsi que le baptême de Jésus par son cousin Jean-Baptiste portant une croix. La scène est entourée par Adam et Eve avant qu'ils ne croquent la pomme, même si Adolphe Roger a préféré peindre des figues comme fruit défendu.
 

L'église Notre-Dame-de-Lorette avant sa restauration 



 


Outre Jésus, Adolphe Roger met en avant des baptisés célèbres : l'empereur romain Constantin ou encore Clovis. Lorsqu'il décore la chapelle de 1832 à 1840, le peintre retranscrit la conversion au christianisme de nouveaux peuples, tel que les Ethiopiens et les Péruviens, par le baptême. 

En levant la tête au-dessus de l'entrée, le tympan illustre le sacrement du baptême. L'enfant, revêtu d'un vêtement blanc, est mouillé avec de l'eau bénite. Si ce rite se poursuit encore actuellement, la chapelle évoque également des usages oubliés, d'avant Vatican II (1965). Ainsi, le prêtre ne souffle désormais plus sur le baptisé pour le libérer du Mal, il ne glisse pas sa salive dans les oreilles de l'enfant pour qu'il s'ouvre aux paroles divines et ne lui fait plus avaler un grain de sel, symbole de la sagesse. Des scènes que l'on retrouve pourtant dans les illustrations de la chapelle. L'oeuvre d'Adolphe Roger porte avec elle l'Histoire culturelle. 


 


Le tympan illustre de manière didactique le cérémonial du baptême © Maroussia Wosiak
Le tympan illustre de manière didactique le cérémonial du baptême © Maroussia Wosiak

Détériorées par les infiltrations d'eau et par le temps, les scènes représentées s'effaçaient. La restauration de la chapelle, classée au titre des Monuments Historiques depuis 1905, a été jugé plus que nécessaire par le World Monuments Fund. La fondation a inscrit, en 2014, l'église sur la liste du World Monuments Watch, qui répertorie les sites menacés du patrimoine culturel mondial. Une façon d'attirer l'attention sur certains monuments en péril. 

Avec le soutien d'American Express, qui a investi 250 000 $ (soit 231 932 €), la Ville de Paris a pu préserver l'oeuvre d'Adolphe Roger. La municipalité possède quatre-vingt-cinq églises et neuf temples protestants. Elle est donc responsable à ce titre de leur entretien, et si la situation l'exige comme ce fut le cas ici, de leur restauration. 


Poursuivre les travaux

« La restauration de la Chapelle des Baptêmes donne envie que ce travail puisse se poursuivre bien au-delà de cette partie. Nous souhaitons que ses couleurs exceptionnelles rayonnent dans l'ensemble de l'église » exulte Bruno Julliard, premier adjoint à la Maire de Paris. 

 


Certaines parties de l'église Notre-Dame-de-Lorette sont toujours fortement dégradées. © Maroussia Wosiak
Certaines parties de l'église Notre-Dame-de-Lorette sont toujours fortement dégradées. © Maroussia Wosiak

« Il faut plus que jamais revenir à ce que sont nos racines et à ce qu'est notre patrimoine commun en l'entretenant pour redécouvrir l'altérité » rappelle-t-il à la fin de son discours d'inauguration de la chapelle ce jeudi. Même s'il le concède : « Probablement que nos efforts ne seront pas suffisants jusqu'en 2020. Il faudra sûrement poursuivre les travaux après cette date. »

Des échafaudages côtoient encore les murs du collatéral gauche de la bâtisse. Au bout de ce bas-côté, les dorures de la coupole de la quatrième chapelle disparaissent quant à elles peu à peu. Malgré les travaux, le péril guette encore Notre-Dame-de-Lorette. 

Infos pratiques :

Eglise Notre-Dame-de-Lorette
18bis, rue du Châteaudun
Métro : Notre-Dame-de-Lorette (ligne 12)
Ouverte tous les jours
 

Maroussia Wosiak


 


Pour en savoir plus :
L'art d'Adolphe Roger à Notre-Dame-de-Lorette
Le discours de Delphine Bürkli, maire de l'arrondissement, à l'inauguration de la chapelle
Une autre rénovation au sein de l'église Notre-Dame-de-Lorette


 


 



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