Lundi 20 Mars 2017
Rédigé par Ariane Pollaert . Modifié le 25 Mars 2017

Galerie Art aujourd’hui : le classique fait de la résistance


La galerie d’art vient d’inaugurer sa nouvelle exposition sur le thème de la nuit. Derrière une sobriété classique, les galeristes affirment une résistance aux tendances actuelles.


Deux artistes devant les peintures de Denis Pouppeville. Jorg Hermle et Daniel Livartowski saluent la technique "solide" et la force de "l'univers" du dessinateur. © Ariane Pollaert/D9
Deux artistes devant les peintures de Denis Pouppeville. Jorg Hermle et Daniel Livartowski saluent la technique "solide" et la force de "l'univers" du dessinateur. © Ariane Pollaert/D9

«On n’est pas dans l’anecdotique et encore moins dans une démarche commerciale», commente un artiste aux cheveux blancs, Daniel Lacomme, venu découvrir la nouvelle exposition Arcanes de la Nuit  lors du vernissage le 15 mars dernier. «La galerie ne cède pas à la mode et cela demande beaucoup de courage», poursuit l’homme en veste de costard, qui porte moustache, lunettes et écharpe rouge. Il connaît la galerie depuis plusieurs années. 

Une statue de Hans Jorgensen devant un tableau de Denis Pouppeville © Ariane Pollaert/D9
Une statue de Hans Jorgensen devant un tableau de Denis Pouppeville © Ariane Pollaert/D9

Marianne et Philippe Rillon, les créateurs de la galerie, ont mis en avant trois peintres et un sculpteur aux univers sombres. L’exposition est visible jusqu’à 22 avril dans la galerie située à deux pas du métro Pigalle. Dans un grand espace (plus de 100 m2) aux murs blancs sont accrochés des tableaux souvent inquiétants, dominés par le noir. Des statues de bois sont dispersées, sortes de pantins difformes à la fois tragiques et grotesques. «L’esprit oscille entre frayeur et fascination», explique la plaquette de l’exposition.

Un dessin de Victor Soren, au coeur de l'exposition Arcanes de la Nuit © Ariane Pollaert/D9
Un dessin de Victor Soren, au coeur de l'exposition Arcanes de la Nuit © Ariane Pollaert/D9

Durant la soirée de vernissage, la moyenne d’âge est élevée. Les manteaux sont sobres et bourgeois dans cet espace sans paillette, ni musique, ni champagne. Visiteurs et artistes exposés se mêlent et se confondent dans une humeur bonne enfant. La plupart des invités sont des artistes, certains ont d’ailleurs déjà été exposés dans la galerie Art aujourd’hui ou sont sur le point de l’être.

L'artiste Frédéric Brigaud contemple le travail du sculpteur Hans Jorgensen © Ariane Pollaert/D9
L'artiste Frédéric Brigaud contemple le travail du sculpteur Hans Jorgensen © Ariane Pollaert/D9

«On expose des artistes qui ont déjà du vécu et de l’expérience. Ils ont la cinquantaine ou dans les 70 ans», indique la galeriste passionnée Marianne Rillon. La galerie n’expose que des dessins, des peintures et des sculptures, jamais de photo, de vidéo et encore moins de performance.

 

"Il y a de la poésie et de la beauté dans ces oeuvres pleines de pénombre", la directrice Marianne Rillon, dans l'ancien atelier d'artiste transformé en galerie en 2013.
"Il y a de la poésie et de la beauté dans ces oeuvres pleines de pénombre", la directrice Marianne Rillon, dans l'ancien atelier d'artiste transformé en galerie en 2013.

 «La peinture et la sculpture, c’est ce que mon mari et moi connaissons le mieux et c’est cela qui nous touche. On ne fait pas dans le spectaculaire, ni dans la tendance.», poursuit l’ancienne professeure de philosophie. Les collectionneurs qui passent par la galerie sont également des «têtes grises», plutôt âgées et qui ont déjà accumulé de nombreuses œuvres.

Sculpture de Hans Jorgensen devant un dessin de Victor Soren © Ariane Pollaert/D9
Sculpture de Hans Jorgensen devant un dessin de Victor Soren © Ariane Pollaert/D9

Des œuvres de collectionneurs âgés, amateurs de sentiers balisés ? Plutôt des œuvres de résistance, pleines d’une sobriété poétique, intime et longuement travaillée, expliquent les artistes et les critiques présents au vernissage. «Ici on n’a pas peur de ne pas plaire», souligne le critique d’art Christian Noorbergen, qui salue le travail des deux galeristes. Les artistes sélectionnés pour l’exposition Arcanes de la Nuit possèdent pour lui chacun «une authenticité, un langage, un univers propre et très reconnaissable».

Plusieurs visiteurs ont souligné le travail d'accrochage des galeristes, qui ont cherché à construire une unité entre les quatres artistes au style sombre © Ariane Pollaert/D9
Plusieurs visiteurs ont souligné le travail d'accrochage des galeristes, qui ont cherché à construire une unité entre les quatres artistes au style sombre © Ariane Pollaert/D9

«Sans des galeries comme celle-ci, ces artistes n’existeraient pas, dénonce le vieux sculpteur Frédéric Brigaud, cette galerie est en résistance. L’art qui est exposé ici n’est pas dans la tendance, pourtant il faut qu’il existe.»
Isabelle Vialle, une des peintres de l’exposition temporaire confirme les «choix assumés» et hors des canons actuels des galeristes, qui soutiennent des peintres et des sculpteurs comme elle sur le long terme. 

Détail de la peinture "Les Echoués", d'Isabelle Vialle © Ariane Pollaert/D9
Détail de la peinture "Les Echoués", d'Isabelle Vialle © Ariane Pollaert/D9

Détail d'une peinture de Denis Pouppeville © Ariane Pollaert/D9
Détail d'une peinture de Denis Pouppeville © Ariane Pollaert/D9

Les visiteurs semblent en tout cas ravis de la nouvelle exposition, souvent touchés par la sensibilité de ces œuvres noires. Une visiteuse elle-même peintre, Françoise Bertsch, commente les statues désarticulées avec tendresse. «J’aime beaucoup le grand là-bas, il dit énormément de choses sans nommer», annonce-t-elle au sculpteur Hans Jorgensen. Ce dernier lui glisse avec malice : «Il faut revenir plusieurs fois pour les revoir. Le regard va changer.»



Infos pratiques

Galerie ART aujourd'hui
8, rue Alfred Stevens
Ligne 2 et 12 Pigalle
+33 (0)1 71 37 93 51
Du mercredi au samedi 14h30 - 19h30

 

Ariane Pollaert


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