Lundi 6 Mars 2017
Rédigé par Mathilde Bénézet. Modifié le 9 Mars 2017

Fin de partie pour les cercles de jeux


Rien ne va plus pour les cercles de jeux parisiens, qui tendent peu à peu à disparaître. Dernier en date: le Club anglais, situé dans le 9e arrondissement, a été fermé le 21 février. C’est le 13e établissement à fermer dans la capitale depuis 2007. Dernier survivant: le cercle Clichy Montmartre.


Créé en 1947, le cercle Clichy Montmartre est dorénavant le dernier cercle de jeux de la capitale © Cercle Clichy Montmartre
Créé en 1947, le cercle Clichy Montmartre est dorénavant le dernier cercle de jeux de la capitale © Cercle Clichy Montmartre
«Messieurs faites vos jeux!», invite le croupier. Les cartes se dévoilent une à une sur le tapis vert. Les jetons s’empilent. Des gestes et des sons en voie de disparition dans la capitale. Un à un les cercles de jeux parisiens ferment leurs portes. Le dernier en date? Le centenaire Club anglais, niché au cœur du 9e arrondissement, au 4 boulevard des Capucines.
 
L’établissement a été fermé suite à une opération de police au cours de laquelle huit personnes ont été arrêtées à Paris et en région parisienne. Les cinq suspects, tous septuagénaires, ont été inculpés pour «travail dissimulé» et «blanchiment en bande organisée». Un surveillant de table a notamment affirmé que de 1993 à 2015, les salaires étaient versés «de la main à la main». Par ailleurs, 5 millions d’euros en liquide ont été retrouvés dans les coffres et 3 millions sur le compte bancaire du club qui avait pourtant un statut d’association à but non lucratif.

Une réputation sulfureuse

Le Wagram, le Concorde, le Hausmann, l’Industrie, le Gaillon ou l’Aviation Club de France. Etablissements chargés d’histoire, les cercles de jeux ont longtemps été de hauts lieux des nuits parisiennes. Passionnés, accros, voyous, vedettes du showbiz et même policiers ou politiques se croisaient alors dans les allées. A la tête de ces institutions: des familles corses qui en ont récupéré la gestion après la guerre en remerciement de faits d’armes dans la Résistance.
 
De l’assassinat en 1982 de «l’empereur des jeux», le Corse Marcel Francisci, patron du prestigieux cercle Haussmann, à la guerre des gangs insulaires pour le contrôle du Concorde ou du Wagram, les cercles n’ont cessé de défrayer la chronique judiciaire. Fraude fiscale, blanchiment d’argent, liens avec le grand banditisme, les cercles parisiens traînent derrière eux une réputation sulfureuse.
 
En vertu d’une loi datant de 1901, ces cercles «à l’ancienne», censés être étroitement contrôlés par le ministère de l’Intérieur, sont gérés par de simples associations à but prétendument non lucratif. Les bénéfices sont interdits et les gains doivent alimenter les caisses d’œuvres de bienfaisance! Les scandales se sont pourtant multipliés ces dernières années et en dix ans, 13 salles ont été fermées par l’administration. Les pouvoirs publics en ont tiré les conséquences. 
Le Club anglais est le treizième cercle de jeux à fermer depuis 2007 © Mathilde Bénézet/D9
Le Club anglais est le treizième cercle de jeux à fermer depuis 2007 © Mathilde Bénézet/D9

Nouvelle donne pour les cercles de jeux

Dans la capitale, il ne reste désormais plus que le cercle Clichy Montmartre, qui devrait à terme disparaître à son tour, comme le prévoit le projet de loi relatif au statut de Paris adopté par l’Assemblée nationale le 14 décembre dernier. Un des articles prévoit la dissolution de ces cercles de jeux qui avaient un statut associatif trop laxiste. Les «cercles» seront remplacés par des «clubs» de jeux mieux régulés par l’Etat. Les associations deviendront des sociétés commerciales et devront respecter des obligations plus strictes : mise en place d’un dispositif contre l’addiction au jeu, signalement à Tracfin  (l'oganisme du ministère de l'Economie et des Finances chargé de la lutte contre le blanchiment d'argent), impôt sur les sociétés…  
Le rapporteur PS Patrick Mennucci assure que le secteur sera ainsi assaini et que les fonds utilisés pour créer ces clubs de jeux pourront être tracés. Du côté du cercle Clichy Montmartre, cette nouvelle loi est accueillie avec enthousiasme. «L’ancien régime n’est plus adapté. Nous devons fonctionner telle une entreprise comme les autres. Il en va également de l’attractivité touristique de nos établissements. Les touristes veulent jouer à la roulette ou au blackjack, des jeux de contrepartie pour l’instant interdits car les joueurs affrontent l'établissement et non d'autres joueurs», confie la direction.
 
Cinq clubs de jeux devraient, à terme, être autorisés dans la capitale. Le cercle Clichy Montmartre travaille déjà sur l'obtention de ce nouveau statut et compte bien faire partie de l'offre légale qui sera mise en place dès 2017. Aucune cotisation annuelle ne sera alors nécessaire. Pour jouer, il faudra simplement s’acquitter des droits d’entrée. 

Mathilde Bénézet

Infos Pratiques:
Club anglais,
4 boulevard des Capucines,
Lignes 3, 7 et 8 Opéra

 



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