Vendredi 30 Mai 2014
Rédigé par Julien Moro. Modifié le 14 Novembre 2014

Abdulmalik, réfugié à Paris: «j'avais besoin d'écrire mon histoire pour continuer à vivre»


À 21 ans, Abdulmalik Faizi a fui l'Afghanistan. Un pays dans lequel il était persécuté par des extrémistes islamistes. Aujourd'hui résident du 9e arrondissement, il raconte son parcours dans un livre, «Je peux écrire mon histoire».


Abdulmalik Faizi habite le 9e depuis septembre 2013 (©DailyNeuvième/Julien Moro)
Abdulmalik Faizi habite le 9e depuis septembre 2013 (©DailyNeuvième/Julien Moro)
Jeans large, veste en cuir recouvrant un tee-shirt à motifs... Le style décontracté d'Abdulmalik Faizi ne laisse rien transparaître de la vie hors du commun de cet immigré afghan. A 21 ans, il vient de publier son autobiographie. 

Fin juin 2008, alors en visite chez son oncle et sa tante à Kaboul, il apprend l'assassinat de son père, sa mère, ses sœurs et de l'un de ses petits frères. Il doit fuir l’Afghanistan. Les tueurs, des combattants islamistes indépendants, le menacent. Le livre raconte les atrocités que le garçon de 15 ans a subies aux mains des passeurs durant un voyage de neuf mois à travers l’Europe. Finalement, au bout du terrible périple, il atterrit par hasard en Alsace, à Mulhouse. «Je n'avais pas prévu de m'arrêter ici, raconte-t-il d'une voix très douce mais légèrement tremblante, le passeur devait me conduire jusqu'en Finlande mais il a disparu dans la gare de Mulhouse et m'a laissé là

Dessin de Abdulmalik à son départ d'Afghanistan (©Bearboz)
Dessin de Abdulmalik à son départ d'Afghanistan (©Bearboz)
Ce 15 avril 2009, dans le froid alsacien, il rencontre un homme qui accepte de le conduire devant le local de l'association Accès (Association chrétienne de coordination, d'entraide et de solidarité). Elle lui trouve un toit et lui permet ainsi de démarrer une nouvelle vie.

Abdulmalik se sent bien en France mais ce nouveau départ ne signifie pas pour autant la fin du combat pour lui. «Je me suis vu refuser deux fois l'asile politique », dit-il, s'efforçant de masquer sa peine d'un sourire plein de bienveillance. Ballotté de foyer en foyer, dans l'incertitude totale quant à son avenir, le jeune homme se raccroche à l'école et à l'idée de partager son histoire. «J'avais besoin d'écrire mon histoire pour continuer à vivre», explique-t-il sans détour. 

Un besoin de partager son histoire

«En cours, déjà, je racontais souvent des passages de ma vie aux professeurs et à mes camarades. Parler est pour moi un moyen de progresser, d'aller de l'avant», confie le jeune homme, ému. Alors que sa présence en France est régulièrement remise en question, le garçon persévère. Particulièrement investi à l'école, il enchaîne les sorties culturelles, au prix littéraire des lycées professionnels par exemple. «Il venait constamment me voir pour m’interroger sur la littérature», se souvient Sylvie Gabriel, documentaliste du lycée Stoessel et marraine d'Abdulmalik.

Avec le proviseur de son lycée Serge Tillmann et des lycéens dans des situations proches de la sienne, il se rend dans un lycée général de Mulhouse pour raconter son histoire à des élèves français. «Je pense que c'est à partir de ce jour que j'ai compris qu'il fallait que je partage ma vie.»
Malik a terminé son BAC pro premier de sa classe avec mention bien (©Bearboz)
Malik a terminé son BAC pro premier de sa classe avec mention bien (©Bearboz)

Et l'idée fait son bout de chemin dans la tête d'Abdulmalik qui, entre temps, rencontre des auteurs dans des salons. «Sans complexe, il interrogeait les écrivains qu'il croisait sur la manière d'écrire un livre», indique sa marraine. Très humble, le réfugié ne se sent pas l'âme d'un écrivain. Sylvie Gabriel pense alors à son amie journaliste Frédérique Meichler, pour accompagner le jeune homme dans la rédaction de son livre. 

18 mois pour tout dire

«Nous nous entretenions tous les lundis, dans la mesure du possible», détaille Frédérique Meichler. Bien sûr, «il y a eu des moments compliqués. Surtout au début, quand il a fallu parler de l'assassinat de sa famille». Mais le jeune immigré fait preuve d'un impressionnant courage et ne doute jamais. Il veut aller au bout de cette ultime épreuve. Frédérique Meichler se souvient: «Souvent, c'était lui qui me relançait quand nous manquions quelques séances de travail.»

Pour perfectionner son récit, Abdulmalik a pu travailler avec Bearboz, un illustrateur alsacien. «C'est incroyable comme il a réussi à interpréter ce que je lui racontais et à retransmettre cela en dessin», raconte le jeune auteur en observant les dessins. La publication du livre est pour lui un aboutissement. Elle sera également douloureuse, ravivant ces souvenirs si pénibles. «Les deux premières semaines après la sortie ont été compliquées pour moi, avoue-t-il avant d'ajouter, d'un ton rassurant: Je faisais beaucoup de cauchemars, mais maintenant cela va beaucoup mieux

Poursuivre son but

Abdulmalik compte aller au bout de ses objectifs (©Bearboz)
Abdulmalik compte aller au bout de ses objectifs (©Bearboz)
Chacun le confirme, Abdulmalik fait preuve d'un courage qui force le respect. Fort et humble, le garçon ne perd pas de vue ses objectifs. D'abord, il faut terminer les études. Actuellement en BTS en banlieue parisienne, il compte bien réussir une licence professionnelle dans la foulée. Après cela? Abdulmalik a un autre projet en tête: «Je voudrais retourner une fois en Afghanistan pour retrouver mon petit frère rescapé. Je n'ai pas de nouvelles de lui depuis plusieurs années, je ne suis même pas sur qu'il soit en vie

Infos pratiques:
Je peux écrire mon histoire d'Abdulmalik Faizi,
Co-écrit par la journaliste Frédérique Meichler et illustré par Bearboz.
Sorti le 6 mai 2014.
Editions Médiapop
Prix: 16 euros.
Les librairies: Colette (Paris 1) ; Atout Livre (Paris 12) ; Comme un roman (Paris 3) ; L’Appel du livre (Paris 11) ; L’écume des pages (Paris 6) ; Le Comptoir des mots (Paris 20) ; Les Cahiers de Colette (Paris 4) ; Parallèles (Paris 1) ; MK2 Quai De Loire (Paris 19).

 




1.Posté par Ludo le 30/05/2014 08:24
Son histoire nous rappelle la chance que nous avons de vivre dans une démocratie. Ne la gâchons pas.

2.Posté par Frorgdhdfbeidvd le 30/10/2015 11:15
J'ai dû lire son livre pour l'école. Il m'a beaucoup intéressé, comme quoi pendant que nous on vis, il y a des Afgans qui traversent des épreuves, pour aboutir dans le neuvième arrondissement de Paris. Pense-t-on que quand il a quitté Kaboul en 2008, il se doutait qu'il arriverait là à Paris pour parler de son livre qui raconte tellement bien détaillé son périple assourdissant ? Son histoire m'a passionné, je prends ce récit comme une leçon, toujours croire même dans le déséspoir... Merci à ce qui on aidé Abdulmalik pour ce livre... Et surtout merci Abdulmalik pour ce récit vrai et pertinent...😀😀

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