L’Institut d’Art Conservation et Couleur (IACC) est le premier laboratoire scientifique privé d’œuvres d’art. Situé rue de la Grange Batelière, il a été créé en 1979 par Sylvaine Brans, artiste peintre mais aussi restauratrice agrée du Musée du Louvre, des Musées nationaux et expert auprès de la cour d’appel de Paris. Elle redonne aux œuvres une nouvelle vie et révèle par une analyse fine et complexe leur identité. Découverte d’un métier rare qui lève le voile sur les secrets d’une peinture.
L'ambiance de l’atelier galerie de Sylvaine est celle d’un appartement chaleureux sous les toits de Paris. Seuls les barreaux aux fenêtres rappellent que ce lieu abrite des chefs d’œuvres.
La vaste pièce dédiée à la restauration rappelle, par son imposant système de soufflerie, que la restauration est aussi un métier qui utilise des solvants parfois toxiques.
De ces années de passion encore intacte, Sylvaine garde une légère toux qui parfois l’agace, comme les coups de fils qui interrompent notre entretien. Sylvaine est une femme qui inspire le respect. On la devine exigeante et au caractère bien trempé.
Après une formation en France puis à Rome et Bruxelles, Sylvaine a débuté sa carrière en 1964 au Musée du Louvre. Son parcours lui permet de travailler aux cotés du restaurateur en chef du Musée. Elle planche avec une exigence qui ne tolère aucun écart car « dans la restauration, le respect de l’œuvre est fondamental », explique-t-elle.
Son meilleur souvenir de cette expérience au Musée du Louvre est la restauration du célèbre tableau de Gabrielle d'Estrées et sa sœur, la Duchesse de Villars (photo), un travail de longue haleine.
Sous son regard juste et ses doigts précis, Sylvaine a restauré des Renoir, des Monet, des Derain, des Goya ou des Gauguin mais aussi des primitifs italiens ou des tableaux de la peinture flamande.
Passionnée par ce qui se cache dans un tableau, Sylvaine s’appuie sur un ensemble de méthodes scientifiques pour l’expertiser. Est-ce un vrai ou un faux Renoir, un vrai Poliakoff ? Sylvaine va tout analyser: l’utilisation des couleurs, leurs pigments, les liants, la touche picturale, la signature… Sans oublier l’analyse comparative du tableau avec celui du maître. Sylvaine puise aussi des informations auprès des plus grands musées du monde.
Sylvaine travaille en tandem avec son fils Omer Brans, photographe installé à Nice. Elle vous explique que pour une photographie, il existe une multitude de lumières: visible, tangentielle, monochromatique de sodium… ou infrarouge ou ultraviolet par réflexion ou fluorescence...
Toutes ces techniques permettent de constituer la carte d’identité de l’œuvre. Déterminer les différentes étapes de création, les dates, selon les matières utilisées, découvrir des informations picturales invisibles à l’œil nu, reconnaître le coup de pinceau... Tels sont les réponses qu’apporte Sylvaine dans ses expertises.
"L’analyse des pigments et des liants permet de dater exactement un tableau, résume notre experte. Nous connaissons parfaitement les époques. Par exemple, le titane a été utilisé entre 1909 et 1910. Nous pouvons grâce à ce type d’informations découvrir une falsification."
"Le faux qui consiste à reproduire un tableau et à le signer n’est pas très courant. La copie est reconnue en tant que telle et n’est pas signée. Souvent, nous analysons les travaux des élèves de grands maîtres qui ont peint à la manière de Rubens ou de Ingres. On retrouve alors une partie de la main du maître. Notre analyse permet de faire le jour sur les origines exactes du tableau », conclut-elle. Pour une expertise, le prix de départ s'élève à 3800 euros. Le Daily Neuvième
Gabrielle d'Estrées et sa sœur la duchesse de Villars (école de Fontainebleau, anonyme 1594 - Paris musée du Louvre).