Tous les soirs, Robert Hossein ( photo DR) présente "Seznec, un procès impitoyable" au Théâtre de Paris. L'occasion pour lui de retrouver un établissement qu'il dirigea durant plusieurs années, dans un arrondissement qui l'a vu naître... et pour le Daily Neuvième, celle de rencontrer un grand Monsieur du spectacle.
Séquence émotion dans sa grande loge rouge et or: Robert Hossein, c'est l'homme qui a été le repos du guerrier de Brigitte Bardot, le mari d'une Sophia Loren sans-gêne. Celui, qui en quelque cent films, a été dirigé par Guitry, Dassin, Vadim, Autant Lara, Lelouch, Verneuil, Lautner... C'est l'homme qui a fait connaître à Reims d'autres griseries que celles de son champagne, en y créant le Théâtre populaire. Qui a joué sur toutes les scènes parisiennes, écrit et mis en scène pour le théâtre, le cinéma, publié des romans. C'est l'homme dont la voix grave vous a remué les entrailles à l'ouverture des Misérables, le Geoffroy de Peyrac qui vous fait chavirer chaque Noël, quand à la télé repasse la marquise des anges...
Robert Hossein, c'est l'homme qui s'assoit en face de vous, après une poignée de main cordiale. On dit qu'il a 82 ans. Pas sa passion pour le théâtre et la justice. Ni son sourire. On se reprend !
Pourquoi avoir choisi le Théâtre de Paris pour votre nouvelle création ?
C'est un lieu que j'aime beaucoup, que j'ai dirigé pendant plusieurs années, c'était le lieu idéal pour Seznec.
Vous connaissez bien le 9e arrondissement ?
Je suis né rue de Clichy, où mes parents habitaient dans un petit hôtel. J'y ai passé une grande partie de mon enfance, c'est là que je suis allé dans mes premiers cinémas, comme le Clichy Palace. Et c'est au Moulin rouge qu'a été donnée la première mondiale d'Angélique, marquise des anges. J'ai aussi dirigé le Grand Guignol (aujourd'hui International Visual Theatre, ndlr), à Chaptal. Le 9e est plein de lieux étonnants, c'est un quartier pittoresque, avec beaucoup de gens très différents, par leur nationalité, leur foi, beaucoup de souffrances aussi, mais on a le sentiment qu'on peut y exister tout en étant différent.
Les représentations de Seznec se passent bien ?
Le résultat est positif, le spectacle est accueilli avec une qualité d'écoute extraordinaire. Et je suis surpris de la réaction finale, en voyant les gens patienter pour voter, ils sont complètement concernés, investis.
Vous dites que vous ne voulez pas prendre parti, mais la pièce s'appelle tout de même un procès "impitoyable"...
Il ne s'agit pas d'une réhabilitation. Nous présentons tous les éléments à charge et à décharge. Mais l'avocat général, Guillot, était surnommé Guillotine. Et l'accusé est vraiment comme un taureau dans l'arène.
La plupart des comédiens sont très convaincants, notamment Philippe Caroit dans le rôle de Seznec, mais on est un peu dérouté par sa femme qui, en costume breton, s'exprime avec un fort accent de l'Est...
Ce qui nous a touchés chez Olga Korotyayeva, c'est son énorme spontanéité. Nous avons pensé qu'il était plus important d'être authentique dans les sentiments. Et elle suit des cours, elle perd son accent au fil des représentations.
Vous avez dit que vous donneriez votre point de vue sur la culpabilité de Seznec lors de la dernière représentation...
C'est difficile, il y a beaucoup de zones d'ombres, je ne suis pas sûr que les deux journalistes qui ont travaillé sur les archives pour écrire le texte soient du même avis. Mais ce qui pose problème, comme le dit Me Lombard - qui est venu, ainsi que Dominique de Villepin -, c'est que le doute n'a pas profité à l'accusé.
Cette affaire dure depuis des décennies, vous l'aviez suivie ?
Oui, je m'étais exprimé, comme bon nombre, pour une révision de ce procès. Mais il y en a d'autres aujourd'hui aussi terrifiants, comme celui d'Outreau, ou de Polanski - trente ans après !
Seznec doit être joué jusqu'en avril, y aura-t-il une tournée ensuite en province ?
Je suis superstitieux, j'attends pour voir. Quant à une tournée en province, cela se décidera fin mars. Mais j'ai d'autres projets.
D'autres projets ?
Je dis en plaisantant que je voudrais réussir Copenhague. Je ne veux pas moraliser, ni culpabiliser, et je suis plutôt optimiste de nature. Mais toute cette injustice, tous ces gens qui appellent au secours, le saccage de la nature... Il faut arriver à s'entendre entre les hommes, les races, les religions. Les 3/4 de l'humanité vivent mal, de ce qu'ils n'ont jamais choisi. J'aimerais faire une fresque immense, qui irait dans le monde entier, pour un appel, "sauvons la planète".
Propos recueillis par Emmanuelle Cohendet pour le Daily Neuvième