Pour fêter les 100 ans de la Journée internationale des femmes, la mairie du 9e propose une exposition de la photographe Catherine Deudon sur le Mouvement de libération des femmes depuis ses débuts. Rencontre avec l'artiste pour une visite commentée.
Dans les salons Aguado, Catherine Deudon, qui fut notamment l'assistante de Denise Colomb, a accroché une centaine de grandes photographies en noir et blanc. Qui racontent non pas 100 ans d'une Journée de la femme qui n'a été officialisée en France qu'en 1982, mais quarante ans de mouvement de libération de la femme.
Comment et quand avez-vous rejoint le Mouvement de libération de la femme ?
Catherine Deudon : Je faisais des photos pour l'Idiot international quand j'ai entendu le récit de féministes insultées à Vincennes. En août 1970, elles ont déposé une dépôt de gerbe à l'arc de Triomphe, avec un slogan : "Il y a plus inconnu que le soldat inconnu, sa femme !" Je les ai rejointes à l'automne, en leur proposant de les aider par mes photos. Les journalistes nous ont donné le nom de mouvement de libération de la femme, nous on voulait que ce soit "des" femmes, pour les individualiser.
Vos photos montrent des femmes en mouvement, enthousiastes, que ce soit dans des réunions ou des manifestations...
C.D. : Il y a toujours la théorie, discutée en réunions, en colloques, et l'action. Les premières AG avaient lieu aux Beaux-Arts, tout était très anarchique et passionné, dans une grande effervescence, nous étions en pleine découverte. Nous nous retrouvions entre femmes en train de soulever des tabous, c'était aussi forcément angoissant ! On ne voulait pas des hommes pour avoir une parole vraiment libre. Certaines femmes proposaient des actions, on y allait ou pas... Ce qui a fait le succès de ce mouvement, c'est la flopée d'initiatives que personne n'empêchait. Puis il y a eu de plus en plus de groupes, des tendances, des personnalités. Et, avec quelques copines, nous avons écrit des "Chroniques du sexisme ordinaire" dans les Temps modernes. Nous les proposions à Simone de Beauvoir, qui les acceptait la plupart du temps. Elles sont devenues un livre, exposé ici, comme des exemples des très nombreuses publications qui ont alors fleuri.
Votre meilleur souvenir ?
C.D. : Les 50 000 femmes dans la rue pour le droit à l'avortement ! Il fallait changer les mentalités, nous avions de nombreuses revendications, comme la criminalisation du viol mais la contraception et l'avortement étaient notre grand combat. J'ai surtout aimé les débuts du mouvement, quand on rencontrait d'autres femmes qui ne pensaient pas non plus que leur avenir passait forcément par le mariage, les enfants... On réalisait qu'on était pas un monstre, mais qu'il y avait bien un problème collectif.
Votre plus mauvais souvenir ?
C.D. : Lorsque, en 1979, Antoinette Fouque dépose le sigle MLF à l'Institut national de la propriété industrielle, sans consulter l'ensemble du mouvement ! Cela a créé des dissensions, des haines entre nous. Le mouvement allait être "rapté" par des partis. Et de fait, avec l'arrivée de la gauche au pouvoir, la création de divers groupes, les choses ont changé. Le mouvement actuel est plus structuré.
Mais vous ne voulez pas donner dans la nostalgie, et vous avez continué à suivre les combats des femmes, avec Ni Putes ni soumises, la résistance des femmes algériennes, iraniennes, Pro Choix...
C.D. : Avec cette exposition, je veux aussi montrer aux jeunes générations qu'on leur a bourré le mou, que nous n'étions pas des femmes moches qui détestaient les hommes! Pour moi, l'une des questions essentielles aujourd'hui, c'est l'égalité des salaires, qui rendrait les femmes plus autonomes. Et bien sûr la lutte contre le voile, qui a créé une scission parmi les féministes : certaines pensent que c'est une position islamophobe, alors qu'il s'agit de savoir si elles ont droit aux mêmes droits ! Les mots sexisme, patriarcat, phallocratie sont entrés dans le vocabulaire. Mais je suis d'accord avec Elisabeth Badinter, il y a un vrai risque de régression.
Propos recueillis par Emmanuelle Cohendet
"Photos en mouvement, 40 ans de libération des femmes", Catherine Deudon, jusqu'au 11 mars, salons Aguado, Mairie du 9e, 6 rue Drouot.
Vernissage ce lundi 8 mars à 19 heures, accompagné de la remise du prix de la poésie féminine Simone Landry, sous la présidence de Noëlle Châtelet, écrivain et universitaire. Accès libre.
Enfin, toujours dans le cadre de la Journée de la femme, une animation-débat sur le thème des stéréotypes sexistes est proposée le jeudi 11 mars au centre d'animation Valeyre, 24 rue de Rochechouart. Tel : 01.48.78.20.12.