La création de Pascale Houbin est une variation libre de cinq ballets classiques interprétée par deux danseuses, un comédien sourd et un marionnettiste. Une "chorégraphie singulière" forte de très beaux moments, que les habitants du 9e peuvent découvrir à un tarif très préférentiel.
Arriver à l'International visual theatre est déjà un moment d'émotion : dans ce qui fut autrefois l'antre du théâtre gore, au temps du Grandguignol, c'est d'un baiser envoyé du bout des doigts, langue des signes oblige, qu'on vous accueille avant de vous placer.
De quoi mettre joliment en appétit, à l'image du programme annoncé : cinq ballets classiques revisités selon "la couleur unique" de chaque interprète.
Fanny Tirel, danseuse contemporaine, Catherine Schaub-Abkarian, comédienne et danseuse de kathakali, Laurent Valo, comédien sourd, et Roland Shön, marionnettiste et manipulateur d'objets, s'y croisent ainsi dans des duos souvent très poétiques.
On sourit à des avant-bras qu'un simple volant transforme en danseuses étoiles, on aime l'idée d'une marionnette témoin d'amours impossibles, on savoure la beauté d'une Sylphide perdue dans un océan de tulle, ou celle d'un jeu de plumes superbement exacerbé par des ombres chinoises...
Mais, si l'on n'a pas revu ses classiques (ne pas oublier le programme à disposition à l'entrée), ces "énigmes poétiques" de Pascale Houbin peuvent être difficiles à percer, d'autant que les interruptions brutales de musique ne sont pas pour aider les "entendants". Pas plus qu'une certaine monotonie dans la gestuelle, même si on aime sans la comprendre une langue des signes devenue pas de danse. On peine à être, comme le souhaitait Pascale Houbin, "trempé par l'émotion du récit", à partager "cette fluidité" annoncée. Pour regretter que ce "Justaucorps" soit un peu juste au corps.
Emmanuelle Cohendet pour le Daily Neuvième
"Justaucorps", jusqu'au 28 mars, IVT, 7 cité Chaptal, 75 009 Paris. Plein tarif 21 euros, 9 euros pour les habitants du 9e.