Créée en 1995 dans le 9e, où habite son fondateur et président Denis Seznec (photo, avec Fabienne Boulin), l'association France Justice compte 1750 adhérents. Son rôle: dénoncer les manques et les erreurs de la justice, en particulier en alertant les médias, sur des affaires qui "donnent froid dans le dos". Comme celles qui ont été évoquées lors de leur assemblée générale, le week-end dernier.
La salle du conseil de la mairie était pleine, le 6 mars, pour la réunion annuelle de France Justice, avec des adhérents venus de toute la France. Après les trois heures de séance prévues, ils devaient rejoindre le théâtre de Paris pour une représentation de "Seznec, un procès impitoyable" de Robert Hossein.
Car c'est bien cette affaire qui les a conduits, en grande majorité, à rejoindre l'association créée par le petit-fils du célèbre bagnard, simples particuliers ou personnalités diverses (nombreux avocats), afin de lutter contre "l'injustice en général". Une cause qui touche de près le maire Jacques Bravo qui les a accueillis. "Nous sommes tous des Seznec", a confié l'élu. On sait aussi que l'acteur et conseiller du 9e Philippe Torreton va incarner à l'écran Alain Marécaux, l'huissier victime du procès d'Outreau.
Ce dernier était d'ailleurs présent pour raconter, comme d'autres, "des histoires qui font froid dans le dos".
Fabienne Boulin est ainsi revenue sur son combat pour la réouverture du dossier de son père, le ministre Robert Boulin, déclaré "suicidé" après "une enquête escamotée", avec des éléments perdus, volés, détruits, des déclarations pleines de contradictions, voire mensongères... "C'est une affaire d'Etat qui remet en cause la justice. Et cette réouverture dépend du parquet, qui n'est pas indépendant !", dit-elle.
Il y a encore Michel Roussel, ancien gendarme qui dirigea la cellule "Homicide 31" chargée de faire la lumière sur les agissements du tueur en série Patrice Alègre. Roussel témoigne de dossiers de meurtres et d'actes de barbarie bloqués puis refermés quand l'affaire a mis en cause des personnalités. "Un déni total de justice" qu'il a vécu de l'intérieur, "alors qu'il y a tous les éléments pour connaître la vérité, il suffit de le vouloir".
Ces affaires, et bien d'autres, France Justice les suit, en parle sur son site, alerte les médias. Elle dénonce une justice française "lente, à deux vitesses", qui manque de moyens humains ("on a le même nombre de magistrats qu'en 1843 !") et financiers, une prescription des crimes à 10 ans, "alors que pour les recours financiers on peut remonter jusqu'à 30 ans !", une presse qui n'a plus les moyens de faire de l'investigation. Sans oublier la multiplication des garde-à-vue : "Une garde-à-vue rapporte un point contre quatre pour une enquête menée à terme, on comprend que certains fonctionnaires en abusent !"
"Au procès de mon grand-père, souligne Denis Seznec, l'avocat général avait lancé qu'un innocent n'a pas peur de la justice. Mais aujourd'hui, tout le monde en a peur !"
En tout cas, le 24 avril, tout le monde ou presque pourra donner son avis sur le procès Seznec : le spectacle de Robert Hossein doit en effet être retransmis à la télévision, et les téléspectateurs pourront ensuite, comme au Théâtre de Paris, voter pour son innocence ou sa culpabilité.
Emmanuelle Cohendet pour le Daily Neuvième