Le capitaine Jean Salomon a la responsabilité de la caserne des pompiers de la rue Blanche. En 2009, cette compagnie de 150 personnes dont 102 à la caserne rue Blanche a effectué 10863 interventions. Ce chiffre est stable par rapport à l'année dernière. Interview.
Quel est le bilan de vos interventions en 2009?
Capitaine Jean Salomon: Sur les 10.863 interventions de l'année passée, 71% représentent le secours aux victimes. Les feux, eux, portent sur 1,9% de nos sorties. Il y a eu quatre feux importants, notamment au Grand Orient de France, dans un restaurant boulevard des Italiens et dans un immeuble rue de Calais et rue Blanche. Le bilan est de deux morts. Ces chiffres sont stables par rapport à l'année dernière mais le nombre d'interventions a beaucoup augmenté: en 1977, il y avait 3000 sorties par an à la caserne Blanche.
Comment expliquez-vous ces chiffres, notamment pour les incendies?
JS: L'évolution de la règlementation portant sur la sécurité des établissements accueillant du public et les efforts de prévention ont considérablement fait baisser le risque d'incendie. Les travaux de rénovation des immeubles d'habitation, la présence de portes blindés qui constituent des pare-feu ont fait chuté ces risques. La loi sur l'installation de détecteurs de feu chez les particuliers a été votée, on attend l'application de la loi. Globalement, les gens se sentent aujourd'hui concernés par la sécurité.
Mais le nombre d'interventions reste très élevé. Vous faites régulièrement des campagnes d'information pour prévenir les appels abusifs...
JS: Nous ne pouvons pas augmenter le nombre de pompiers en nous reposant sur des chiffres liés aux risques. Il faut savoir qu'un pompier est à la disposition de la caserne 80 heures par semaine. Notre rôle est d'intervenir sur la voie publique en cas d'accident ou à domicile si le pronostic vital est engagé. Nous intervenons là où la prise en charge par un médecin de ville n'est pas possible.
Est-ce si facile que cela de définir l'appel abusif?
JS: Dès la réception d'un appel au centre de secours, il est important d'évaluer le risque et d'élucider la nature de la demande. Dans le doute, on se déplace. Par exemple, une perte de connaissance peut à la fois symboliser un léger malaise lié à la fatigue comme une pathologie extrêmement grave. Elle nécessite alors immédiatement d'aller aux urgences. Il nous est arrivé d'intervenir au domicile de quelqu'un pour une gastro-entérite. Cette personne trouvait que le traitement de son médecin n'était pas suffisamment efficace. Pendant ce temps là, il peut y avoir d'autres vraies urgences. Pour un arrêt cardiaque, la chance de survie et de récupération d'un individu baisse de 10% toutes les minutes.
Est-il question de facturer ces appels?
JS: Ce n'est pas exclu mais le dispositif est difficile à mettre en œuvre.
Il est question dans l'arrondissement de supprimer des places de stationnement dans certaines rues, notamment la rue Laferrière, pour permettre à certains véhicules comme la grande échelle de pouvoir passer...
JS: Nous pouvons intervenir partout mais tout est une question de délai. Nous ne sommes pas décisionnaires dans ce type de choix mais c'est une question de sécurité. L'autre jour, une personne s'était garée juste devant la caserne, elle bloquait la sortie des véhicules mais n'en avait absolument pas conscience.
Propos recueillis par Katia Kermoal