Envie d'un vrai délire réjouissant qui titille les zygomatiques avec poésie ? Il faut aller un vendredi soir voir "Meeting Charlie" au café-théâtre Le Bout, 62 bis rue Pigalle. Une rencontre désopilante avec un looser flamboyant qui, yoyo au bras, bricole tour à tour, et surtout en même temps, histoires d'amour, albums de Rahan et film de John Wayne...
Il débarque en chemise hawaïenne, casquette de touriste et moustache ringardes. Parfaitement assorti à cette petite salle ronde du théâtre Le Bout qui a su garder de son passé de peep-show glaces au plafond, scène tournante et colorée.
Charlie est un looser attachant. Dans un phrasé de fin de soirée trop arrosée, mais "dans la vérité de son cœur", il veut simplement nous donner "du rêve et des émotions". Pendant une heure, mais aussi pour après, pour chez nous, il nous montre des exercices à faire quand la vie est trop lourde. A bricoler avec les moyens du bord, pour se laisser emporter, comme quand on était enfants, et qu'on serait des héros.
Ses moyens du bord, Charlie les a apportés dans un vieux sac de voyage. Pour des tours de magie ratés, surtout pour se transformer. Un chapeau et des gants, le voilà automate. Son dos et ses mains, et c'est la scène du baiser fatal. Puisant dans les boîtes de clous rouillés héritées de ses grands-pères, il s'est fait un collier comme Rahan. Enfin, sans les dents. Mais avec les pouvoirs magiques.
Sans qu'on se souvienne ensuite comment, nous voilà avec son voisin à la perceuse, à applaudir Dean Martin ou à s'attabler aux côtés de l'Homme qui tua Liberty Valence, quand tout bascule autour d'un steak pour John Wayne, Lee Marvin et James Stewart. Et on les reconnaît, "même s'ils ne portent même pas leurs noms dans le film" !
Que dire quand tout et tous s'emmêlent, jusqu'à une baleine bleue, dans un final irrésistible ?
Charlie a réussi : on a fait le plein de rêves et d'émotions. On l'applaudit avec bonheur, et on peut même aller boire un verre avec lui. Histoire de rencontrer celui qui se cache derrière Charlie.
La vérité sur Charlie
Charlie, dans la vraie vie, c'est Emmanuel Vérité. Qui, après avoir suivi les cours de l'Ecole supérieure d'art dramatique de Paris, a fondé la Compagnie du Théâtre de la Tentative, avec le metteur en scène Benoît Lambert. Ensemble, ils donnent dans le répertoire classique et contemporain. Emmanuel Vérité lui fait parfois des infidélités, avec des metteurs en scène comme Mesguich ou Angebaud, et pour interpréter ou réaliser des courts-métrages.
Mais c'est ensemble qu'ils ont monté ce "Meeting Charlie", à découvrir jusqu'en juin. Attention, la salle, et c'est ce qui fait aussi son charme, ne compte que 50 places.
Trente spectacles par semaine
Emmanuel Vérité n'est pas le seul à tenir l'affiche du théâtre Le Bout : pas moins de trente spectacles, pour adultes ou pour enfants, sont donnés chaque semaine, dans la salle ronde qui va fêter son troisième anniversaire, ou dans la carrée, créée il y a onze ans. Celle-ci, relèvent les responsables de l'association Le Bout, "est le plus ancien des cafés-théâtres parisiens de moins de 80 places encore en activité". On peut y voir des one-man shows et des comédies, choisis "dans le souci de la qualité".
Et, au théâtre du Bout, on se bat aussi contre la hausse des prix : l'entrée pour un spectacle est de 16 euros (10 euros pour les chômeurs et les étudiants, 8 euros pour les enfants), de 20 euros pour deux spectacles à voir à la suite.
Enfin, le Bout, c'est aussi une école qui forme au one-man show depuis dix-sept ans.
Emmanuelle Cohendet pour le Daily Neuvième
Théâtre Le Bout, Meeting Charlie, chaque vendredi à 20h15. Réservations : 01.42.85.11. 88.