Avec près d'une quarantaine de salles, le 9e représente 40% des places de spectacle vendues à Paris. Ce beau dynamisme, qui remonte au 19e siècle, en fait l'activité culturelle principale de l'arrondissement. Thierry Cazaux (photo), conseiller d'arrondissement délégué au patrimoine et la culture, planche même sur une fête du théâtre pour 2011...
Entre 1968 et 2008, la capitale a multiplié le nombre de ses salles par deux, soit près de 130 salles (source Le Monde) et environ 35 000 places. Le 9e y tient une place de choix, comme le confirme l'adjoint à la culture Thierry Cazaux. "On y vend 40% des places parisiennes."
"Toutes ces salles représentent un poids économique certain", ajoute-il. Elles font travailler nombre d'artistes, de techniciens, mais aussi les cafés et restaurants alentour. Et ce dynamisme entraîne un foisonnement important d'associations, comme le montrent les énormes demandes pour la salle municipale Rossini. C'est aussi sur le 9e que l'on trouve le siège de la fédération nationale des compagnies de théâtre d'amateur et d'animation. Enfin, si la célèbre école de la rue Blanche est maintenant installée à Lyon, l'arrondissement compte aussi avec le Conservatoire national d'art dramatique.
"Mais très souvent, les habitants du 9e ne connaissent pas le théâtre à côté de chez eux" regrette l'adjoint. D'où le projet qu'il porte avec son collègue Philippe Torreton d'une "fête du théâtre" pour l'arrondissement. "Nous en avons l'idée depuis le début du mandat, nous réfléchissons à la phase opérationnelle, avec 2011 comme objectif. L'idée est d'y associer les théâtres privés, d'amener les habitants à les découvrir même s'il n'est pas question d'offrir à chacun une soirée, et les associations - une rue pourrait être fermée pendant une journée pour qu'elles puissent montrer leur travail."
Une histoire riche
L'idylle entre le théâtre et Paris, puis le 9e, a débuté d'abord très timidement: sous Henri IV, alors que Londres compte 20 théâtres et qu'ils sont 50 à Madrid, Paris en a ... un seul (André Degaine, Promenades théâtrales à Paris).
Pour préserver la qualité du spectacle - des pièces religieuses -, un monopole a en effet été accordé aux Confrères de la Passion, puis à la Comédie française (hormis deux exceptions accordées à Corneille et Molière). La Révolution y met fin, les théâtres vont fleurir... mais pas encore dans le 9e : c'est alors la campagne même si, dans la grande mode du théâtre de société, les riches particuliers ouvrent leurs demeures à des représentations privées.
Les choses bougent surtout après 1862, relève l'historien Bernard Vassor, avec Haussmann et sa réorganisation de Paris. Les très nombreux théâtres, qui avaient valu au boulevard du Temple son surnom de boulevard du Crime (du fait de leur répertoire) sont détruits, on va construire plus haut !
Grande diversité
Si le théâtre est la plus grosse activité culturelle du 9e, "tant en volume qu'en quantité" souligne encore Thierry Cazaux, elle frappe aussi par sa diversité. Celle-ci se retrouve dans la taille des établissements, des 1628 places de Mogador aux 50 places de la salle ronde du théâtre du Bout. Mais aussi dans leur programmation, du théâtre du Nord-Ouest qui consacre sa saison à l'enfermement à Edouard VII qui joue les stars, en passant par le théâtre de Paris transformé en salle d'assises ou par Trévise qui s'ouvre aux jeunes talents.
Enfin, ces salles ont connu des fortunes diverses, comme l'International Visual Theatre et son projet artistique en direction des sourds a succédé au Théâtre du Grand guignol, très couru pour ses spectacles sanguinolents un siècle plus tôt. Ou encore l'Athénée, aménagé en 1896 dans l'un des foyers de l'ex-Eden, éphémère "bazar des mille et une nuits".
Mais, à l'exception de l'Opéra, tous sont des théâtres privés, "pour lesquels nous n'avons pas a priori à intervenir" explique Thierry Cazaux.
Subventions ponctuelles
Seuls deux théâtres bénéficient de subventions de fonctionnement annuelles, depuis 2007 : l'International Visual Theatre (150 000 euros), grâce à une convention passée avec la ville en vertu de sa mission en direction des malentendants, avec son école des signes et ses spectacles destinés à tous les publics. Et le théâtre de l'Athénée (4 000 euros), pour l'organisation d'un forum de discussion à destination des jeunes.
Les autres salles profitent, elles, d'aides ponctuelles à l'investissement, dans le cadre de leur rénovation. Le théâtre de Paris a ainsi reçu 10 400 euros pour la réfection de ses cintres en 2007, le théâtre La Bruyère 50 509 euros pour diverses mises aux normes et aménagements, tandis que 4 450 euros ont été attribués à Edouard VII et 7 830 euros au théâtre de l'Oeuvre pour la sécurisation de leur éclairage.
En attendant 2011, le Daily Neuvième a choisi, lui, de vous faire visiter chaque semaine l'une de ces salles de spectacles, à travers son histoire, sa programmation, ses acteurs.
Emmanuelle Cohendet pour le Daily Neuvième