Le logement social est la priorité numéro un de la mandature du maire Jacques Bravo, qui dit vouloir "préserver la mixité sociale du 9e ". Pas simple quand on sait que l'arrondissement est l'un de ceux qui en étaient les plus dépourvus, comme le rappelle la conseillère d'arrondissement Claire Morel (photo), déléguée au logement et aux solidarités. Interview.
Lors du dernier conseil d'arrondissement, il a été décidé, à l'unanimité, de mettre à disposition d'Emmaüs le rez-de-chaussée du 15 rue Bleue pour lui permettre d'accueillir jusqu'à 29 personnes en situation de grande précarité. C'est effectif depuis le 25 janvier, tandis que les deux étages de l' immeuble et leurs soixante places ont été ouverts aux centres d'hébergement parisiens qui doivent faire face à des travaux.
Ces mesures sont validées jusqu'à fin 2011. C'est en effet à cette date que doivent débuter les travaux pour transformer ces anciens bureaux (2 350m2), acquis par la ville en décembre dernier, en 22 logements sociaux et une crèche de 26 places. Ils s'ajouteront aux 1284 logements existants au 1er janvier 2007 ("soit deux fois plus qu'en 2001", avait souligné Jacques Bravo), et aux 265 financés depuis 2008. Explications de Claire Morel.
Les logements sociaux sont un vrai problème à Paris, et plus particulièrement dans le 9e. Pourquoi ?
Claire Morel : Au 1er janvier 2009, il y avait 1396 logements sociaux dans le 9e, soit 4,1% du parc total des résidences (contre 16% pour Paris). Mais ce nombre de logements a pratiquement doublé au cours de notre première mandature, quand pratiquement aucun effort n'avait été fait auparavant. Le problème est que notre arrondissement est très cher, qu'il n'y avait pas de réserves foncières.
Comment faites-vous?
C.M. : Nous ne pouvons que grappiller des surfaces, au fur et à mesure des opportunités. Les travaux se poursuivent rue Lamartine (34 logements), au 8 rue Fromentin (43 logements), au 59-61 rue Saint-Lazare (foyer de jeunes travailleurs de 125 places)... L'ancien immeuble de l'Education nationale, au 32 rue de Châteaudun, comptera 48 logements, sans oublier le 49 rue Blanche et le 72 rue de Clichy.
Où en est le dossier de la rue de Clichy, dont on parle depuis plusieurs années ?
C.M. : Il a récemment été délibéré que la SIEMP (Société immobilière d'économie mixte de la Ville de Paris) en sera le bailleur. Les informations à tous les occupants pour leur relogement sont en cours, ils vont être rencontrés individuellement. Il est prévu que la procédure de relogement soit menée avant la fin 2010, tandis qu'un appel d'offres sera parallèlement lancé pour la réhabilitation de cet immeuble insalubre (une dizaine de logements prévus, coût total de l'opération 3,6 millions).
Ces habitants sont des squatters, or la rumeur veut qu'ils seraient prioritaires pour être relogés au 72, une fois ces travaux effectués, au détriment des quelque 2000 personnes dûment enregistrées sur liste d'attente...
C.M. : C'est vrai, il s'agit de squatters, dont une dizaine de familles avec enfants scolarisés. Mais il est hors de question de les mettre à la rue, ils seront effectivement prioritaires pour être relogés, enquête sociale à l'appui. Mais ils ne seront en aucun cas prioritaires sur la rue de Clichy, c'est la commission d'attribution qui tranchera. Sachant que si 2000 demandes émanent d'habitants du 9e, ils ne veulent pas forcément à rester sur l'arrondissement. Un autre de nos problèmes est qu'il y a très peu de rotation (4,8% pour Paris contre 6,5% en Ile de France et 9,7% au niveau national).
Quelles sont les priorités de la commission d'attribution ?
C.M. : Les personnes expulsées ou en menace de l'être, les familles les plus démunies, les personnes handicapées, et l'ancienneté des demandes. Pour ces dernières, 77% des demandeurs de logements sociaux à Paris sont inscrits depuis moins de 5 ans, 6% depuis plus de 10 ans.
Justement, certains déplorent une politique qui veillerait aux très défavorisés mais pas à ceux qui ont un peu plus de moyens ?
C.M. : La volonté est de préserver une vraie mixité, via une répartition décidée par les financeurs (Ville, Région, Etat...) avec consultation de la mairie, avec des loyers très sociaux mais aussi intermédiaires. Entre 40% et 50% des loyers sont ainsi des PLU (6,17 euros/m2), les autres répartis entre les PLAI (5,49 euros/m2) et les PLS (9,26 euros/m2).
Quels sont les objectifs en terme de taille d'appartements ?
C.M. : Plutôt des T3, pour les petites familles, et des studios, pour les personnes seules, en grande précarité.
On parle beaucoup à Paris du scandale des logements vacants (près de 30.000). Qu'en est-il dans le 9e ?
C.M. : Je n'ai pas les chiffres sur le 9e, mais il est très compliqué d'inciter des privés à louer. C'est à l'Etat qu'il revient de réquisitionner. La situation a aussi été compliquée par la crise, qui a entraîné un attentisme des investisseurs. Nous avons ainsi le plus fort taux de familles hébergées en hôtels jamais atteint. Pour y remédier, la mairie soutient notamment l'association "Louez solidaire", qui loue elle-même les logements aux privés. Moyennant cette garantie, ceux-ci acceptent de pratiquer des prix au-dessous du marché. Relancée en 2008, cette solution marche plutôt bien.
Et il existe une taxe sur les logements vacants ?
C.M. : Environ 16000 logements vacants ont été recensés dans le cadre du fichier des propriétaires assujettis à cette taxe. A mon avis, elle n'est pas assez incitative!
Pensez-vous atteindre votre objectif de 1 000 logements créés sur le mandat (40 000 à Paris) ?
C.M. : Nous n'avons aucun doute, nous y arriverons, et non pas en 2020 comme le veut la loi, mais en 2012.
Propos recueillis par Emmanuelle Cohendet pour le Daily Neuvième