Borris, illustrateur, vient de publier sa première bande dessinée, Lutte Majeure, aux éditions Casterman. Dans sa petite chambre de bonne de la rue Blanche, l'auteur travaille inlassablement sur ses dessins jusqu'à ce qu'il trouve "le bon équilibre de la planche". Il raconte comment est née cette BD à trois avec le scénariste Céka et le coloriste Brice Follet.
Comment est née cette première BD?
Borris: Après plusieurs travaux pour l'édition et des illustrations dans des BD collectives, j'ai eu envie de maîtriser le dessin jusqu'au bout. Créer et réfléchir à ce que l'on fait est d'une grande difficulté. Raconter une histoire a toujours quelque chose de volatile. Les contraintes de la BD sont très fortes. C'est pourquoi j'ai voulu un ancrage en partant d'un fait réel: le concert de la 7e symphonie de Dimitri Chostakovitch le 9 août 1942 à Leningrad. J'avais entendu une émission à la radio sur cet événement et cela m'avait profondément touché.
Vous semblez vous intéresser à l'histoire de la Russie...
Borris: Pas spécialement. Je n'ai jamais mis les pieds à Saint-Pétersbourg. Le 9 août 1942, quand Hitler décide d'envahir Leningrad, Staline a choisi de donner en concert, la 7ème symphonie de Dimitri Chostakovitch. La Russie était alors envahie par les allemands, la famine avait fait des ravages. Mais les musiciens, le ventre vide, sont tout de même arrivés à jouer cet œuvre. Staline a fait de ce moment un acte héroïque. C'est cette volonté et cette force incroyable des hommes qui ont fasciné également Céka, le scénariste de notre BD.
D'où vient le titre, "Lutte majeure"?
Borris: C'est un clin d'œil à cette symphonie qui se joue en ut majeur.
Vous avez travaillé à trois sur cet album. Comment se répartissent les rôles?
Borris: Ce n'est pas facile de se coordonner. Entre le scénariste, le coloriste et moi-même, le terrain est très mouvant. Céka m'a soumis le texte. J'avais 96 planches à réaliser. Pour ma part, j'ai créé des personnages avec des traits de cochon et de grandes oreilles pour mieux écouter la musique. Plutôt que des humains, je voulais par ces personnages laisser plus de place à l'imaginaire. J'ai entrepris aussi des recherches iconographiques pour reproduire le plus fidèlement possible les motos de l'époque, par exemple. Nous avons aussi visionné le seul film disponible en France sur cette symphonie jouée à Leningrad. Rien n'a été laissé au hasard. Il faut un travail colossal pour donner l'impression de spontanéité.
Y-il est des interférences entre le texte et le dessin?
Borris: Il y a surtout des allers-retours mais il ne s'agit pas de réécrire le texte. Par planche, le dessin est retravaillé au moins quatre fois. J'ai dessiné au pinceau et à l'encre de chine. Avec la couleur que Brice, le coloriste, a apporté, le dessin prend une autre place. La couleur est aussi importante que les arrangements d'une chanson.
Prend-t-on du plaisir à réaliser une BD?
Borris: Je suis passé par toutes les phases: le plaisir, la difficulté, le vide quand cela n'avançait pas, puis la facilité. Je peux même vous dire quand j'ai arrêté de fumer, je n'en pouvais plus... C'était à la page 53 de l'album.
Propos recueillis par Katia Kermoal
Voir le site de Borris et de Brice Follet