Il y avait foule samedi 30 janvier après-midi à Drouot, pour une vente qui, peu ordinaire, avait également attiré les chaînes de télévision et les radios nationales: les lettres d'amour de "l'ennemi public n°1" à sa fiancée canadienne Jocelyne Deraiche entre 1973 et 1978, étaient mises aux enchères. Mais n'obtenant pas les montants escomptés, elles ont été retirées de la vente, comme d'autres documents et objets.
Au vu du succès remporté l'an dernier par les deux films qui lui étaient consacrés, sans parler des nombreux ouvrages publiés auparavant, on pouvait s'attendre à des enchères importantes pour ces lettres d'amour que Jacques Mesrine avait illustrées de dessins naïfs (lire notre article du 14 janvier). Est-ce le côté fleur bleue qui a dérouté, un engouement retombé ? Les 180 lettres (et non 300 comme annoncé précédemment), mises à prix 25 000 euros, n'ont pas atteint les 60 000 à 80 000 euros estimés par Me Ribeyre et l'expert Frédéric Castaing. Ni même les 50 000 euros de réserve. Elles ont donc été retirées de la vente.
Mais les enchères étaient tout de même montées à 48 000 euros. Ce qui laisse rêveur quand on sait que, quelques minutes plus tôt, une lettre de De Gaulle à Malraux a été adjugée 2 000 euros, mais que celle de Victor Hugo est partie à 700 euros, qu'on pouvait en acquérir de Claudel ou Eluard pour 150 euros, de Cocteau pour 250 euros, de Colette pour 350 euros... Et, pour revenir aux gendarmes et aux voleurs, mais de l'autre côté de la barrière, un écrit d'Edgard Hoover, créateur du FBI, est parti à 250 euros...
Chevalière et photos
De même, pour cette vente Mesrine, le passeport percé d'une balle qui lui avait sauvé la vie (mis à prix 800 euros), la valise de cavale (850 euros), des lettres d'avocats, de compagnons d'évasion n'ont pas atteint les sommes escomptées.
D'autres lots ont tout de même été adjugés: sa chevalière en or, mise à prix 6 000 euros, a été adjugée à un acheteur au téléphone à 10 000 euros (soit 12 392 euros avec les frais). Le fils de Jacques Mesrine, le magicien Bruno Mesrine, était présent. Il était venu pour "voir l'ambiance, observer les acheteurs" tout en déplorant "qu'on veuille encore faire de l'argent sur le dos de mon père, même s'il aurait été d'accord pour venir en aide à Jocelyne". A l'issue de la vente, il comptait téléphoner à l'acteur Vincent Cassel et au producteur Thomas Langmann, espérant que l'un d'eux était un acquéreur...
Un client de la salle a, lui, déboursé près 1 500 euros pour des photos et des livres. "Mesrine, c'est ma jeunesse, c'était mon idole. Comme lui, j'ai fait des bêtises, connu toutes les prisons de France. On y écrivait les mêmes lettres. Aujourd'hui, j'ai tourné la page, mais je serais monté encore plus haut pour ces documents uniques."
Emmanuelle Cohendet pour le Daily Neuvième