Ce samedi 30 janvier à 14 heures, Drouot accueille une vente peu commune: près de 300 lettres d'amour écrites par "l'ennemi public n°1" à sa jeune maîtresse Jocelyne Deraiche entre juin 73 et mai 78 seront mises aux enchères. Une carte du tendre inattendue - nombre d'entre elles sont illustrées de dessins naïfs - mais aussi des prisons de France... Egalement en vente, sa chevalière, une valise de cabale, et de nombreux documents concernant Jacques Mesrine. Précisions avec Frédéric Castaing (photo), l'expert en autographes chargé de leur estimation.
Cette vente est exceptionnelle, même si, comme le souligne le commissaire-priseur Dominique Ribeyre qui en aura la charge, "il ne s'agit en aucun cas de réhabiliter Mesrine"...
Frédéric Castaing : Il est vrai que je suis plutôt habitué à me pencher sur des lettres de Baudelaire, Henri IV ou Hugo. Mais cela n'a rien d'étrange, il a toujours existé ce type d'intérêt. Ainsi, au XIXe siècle, les gens collectionnaient les lettres du criminel Lacenaire, puis ce fut celles de Landru... Et pas seulement en France. Aux Etats-Unis, la correspondance d'Al Capone ou de Bonnie and Clyde sont aussi recherchées.
En quoi consiste cette correspondance de Mesrine ?
F.C. : Il y a près de 300 lettres, que Jacques Mesrine a écrites à Jocelye Deraiche, une jeune Canadienne qu'il avait rencontrée lors de l'une de ses cavales. Ils ont une liaison depuis un an, sont venus vivre en France. Puis, après son évasion du tribunal de Compiègne, il est de nouveau arrêté et incarcéré à la Santé. Il va lui écrire presque tous les jours pendant un an puis, à la suite d'une rupture, les lettres cesseront, reprendront de façon plus irrégulière, avant de cesser le 1er mai 1978, une semaine avant son évasion. Il sera abattu un an et demi plus tard.
Que pensez-vous de ces lettres ?
F.C. : Ces lettres sont pleines de passion amoureuse, de conseils pour celle qu'il appelle "sa petite canac", "sa poupée", tandis qu'elle l'a surnommé Bruno. Elles ont une écriture très scolaire, près de 80 d'entre elles sont illustrées de dessins assez conventionnels, qu'on attendrait plutôt d'un pré-adolescent. C'est aussi en cela qu'elles sont intéressantes. Il y a une vraie dichotomie entre ce qu'on lit là et ses actes ! On y retrouve son ego très développé: "Si Jean-Paul Belmondo a acheté les droits du film, c'est qu'il me prend au sérieux", avec, je pense, une part de sincérité mais également de manipulation. Il ne veut pas qu'elle gâche sa jeunesse à l'attendre (elle a 20 ans, il en a 40), tout en espérant qu'elle le fera. Il se reconnaît violent, dit qu'il a horreur de l'injustice et du mensonge, se reconnaît "truand sans avoir jamais rien fait de sale".
Comment ces lettres, qui sont aussi un tour de France des prisons (la Santé, Fresnes...) sont-elles arrivées à la vente ?
F.C. : C'est une démarche de l'entourage de Jocelyne Deraiche, qui vit toujours au Canada et qui est très malade. Des proches de Mesrine, apprenant que cette vente allait avoir lieu, ont également apporté des objets, comme sa chevalière en or, la valise d'une cabale, des documents, livres, lettres d'avocat, photos, passeport...
Quelle va en être la mise à prix ?
F.C. : Il n'y a pas de cote en la matière mais Mesrine est redevenu un personnage de premier plan depuis les deux films interprétés par Vincent Cassel ("L'instinct de mort", avec 2, 273 millions d'entrées, et "L'ennemi public n°1", avec 1,519 millions d'entrées, ndlr). Les lettres seront mises à prix entre 60.000 et 80.000 euros, la chevalière de 15.000 à 20.000 euros.
Propos recueillis par Emmanuelle Cohendet pour le Daily Neuvième.
Vente Mesrine : exposition le 29 janvier de 11 à 18 heures, vente le 30 janvier à 14 heures, salle n° 8, Drouot-Richelieu, par la société de ventes volontaires Baron Ribeyre & Associés, J. J. Mathias, Farrando Lemoine, assistée des experts Maryse et Frédéric Castaing.