Le gymnase Gauguin, l’un des 12 centres parisiens mis en place pour les vaccinations contre la grippe A, enregistre l’augmentation d’affluence annoncée. Mais aussi des dysfonctionnements, pas toujours « minimes ». Visite sur place.
Alors que l’épidémie de grippe A s’accélère, « la campagne de vaccination, après un démarrage lent, progresse à un rythme rapide », se félicitait il y a quelques jours la ministre de la santé Roselyne Bachelot. C’est aussi le constat dressé au gymnase Paul Gauguin, transformé en centre de vaccination pour les 9e, 10e, 11e et 18e arrondissements à l’aide de barrières et grands cartons bruns « plutôt glauques », selon un vacciné.
Après des premières journées calmes, on y a procédé à 228 vaccinations mercredi 18 novembre , et 208 le lendemain, « ce qui place le centre du 9e en quatrième position (sur 12) en terme d’affluence », nous a précisé la DDASS (direction des affaires sanitaires et sociales). Sachant que les consignes de souplesse données par la DDASS ont été suivies : puisque l’affluence n’était pas celle espérée, on y a aussi vacciné, sauf contre-indications médicales, les personnes sans convocation, ou non prioritaires (soit la moitié des vaccinés selon l’agent de l’accueil).
Organisation et réquisition en questionEn revanche, les dysfonctionnements n’apparaissent pas aussi « minimes » que l’a indiqué la ministre de la santé, même si on comprend qu’une mise en place d’une telle ampleur nécessite quelques rodages.
Ainsi, à Paul Gauguin, trois équipes se relaient, pour des vacations de quatre heures. Chacune compte un chef de centre (cadre de l’administration) et deux agents, deux médecins, cinq à six infirmiers et leur coordinateur. Cependant, les plannings, établis par la DDASS, souffrent de nombreux ratés. Et si, en ce jeudi, la chef de centre Christine Le Jolif se réjouit de voir son équipe au complet, c’est que c’est loin d’être la règle : samedi 14 novembre, il manquait un médecin, le lundi suivant, on comptait quatre coordinateurs infirmiers alors que mercredi, il n’y en avait aucun. «L’organisation, c’est un gros problème. Aujourd’hui, j’étais convoqué pour deux centres à la fois ! » dénonce l’un d’entre eux.
Préavis de grève
Formateur à l’école d’infirmiers de Saint-Louis, dans le 11e arrondissement, il pointe un autre dysfonctionnement, les modalités de réquisition des cadres formateurs et des étudiants : « Nous sommes enregistrés comme agents administratifs alors qu’on ne devrait être appelés que quand il n’y a pas d’infirmiers, et elles créent un manque d’équité entre les étudiants». Ce que confirment ses cinq élèves présentes qui, si elles vaccinent avec le sourire, ne décolèrent pas : « Nous devons assurer quatre vacations en dix jours alors que nous sommes en 3e année, que notre diplôme est dans quatre mois, avec un mémoire à rendre très bientôt. Nous sommes 120 dans notre promotion, mais seulement 32 à habiter Paris, donc les seuls réquisitionnés, alors que nos camarades ne le sont pas dans leur département. »
Ces modalités de réquisition ont conduit l’intersyndicale de l’AP-HP (Assistance publique- Hôpitaux de Paris) à déposer un préavis de grève ce lundi 23 novembre.
Pour les médecins, les choses pourraient se compliquer aussi. En ce jeudi matin, les consultations étaient assurées par le Dr Patrick Marandas. Tout en déplorant le mauvais exemple donné « une fois de plus » par ses confrères en matière de vaccination, il ne manquera pas à l’appel : l’ancien chef de service de cancérologie de Villejuif récemment retraité est heureux de se rendre à nouveau utile. En revanche, sa consœur, dans le boxe voisin, est médecin scolaire. Sa réquisition lui pose déjà problème quant aux 6 établissements dont elle a la charge. Et à partir du 25 novembre, elle sera mobilisée pour la vaccination des scolaires…
L’attente commence
Les propos alarmistes de Roselyne Bachelot, « beaucoup de gens vont mourir parce qu’ils n’auront pas été vaccinés » ont-ils fait mouche, ou est-ce la suite de la dynamique constatée ? A midi vendredi 20 novembre, on comptait déjà 96 vaccinations, pour 123 personnes accueillies. Certaines ont préféré rebrousser chemin: pour la première fois, les chaises dévolues à l’attente étaient occupées par une vingtaine de personnes. Tandis qu’une élève infirmière qui assurait les injections était chargée de pallier l’absence d’un administratif…
Emmanuelle Cohendet pour Le Daily Neuvième