Nicolas Kieffer (photo) est scénariste. Cet habitant du 9e arrondissement depuis 2006 écrit entre autres les épisodes de la série les Boulevards du Palais, diffusée sur France 2, un métier à découvrir. Interview.
Comment êtes-vous devenu scénariste ?
Nicolas Kieffer: A vrai dire, j'ai un parcours plutôt atypique. Après des études à Sciences Po Paris et un DESS de marketing, je suis entré dans la publicité. J'y suis resté pendant quatre ans. Mais j'ai toujours voulu écrire, c'est mon côté enfant rêveur et mon travail ne me le permettait pas. Alors j'ai démissionné et je me suis consacré à l'écriture de mon premier roman fantastique. Sa gestation a été longue, "Peau de lapin" n'a été publié qu'en 2004 au Seuil. Il s'est bien vendu donc j'ai continué.
Alors, écrivain ou scénariste?
NK: En 1998, mon second roman, "Invisible", a connu la destinée de son titre: il est passé totalement inaperçu. J'ai alors tenté l'expérience de l'écriture de scénarios. J'ai eu quelques expériences inabouties pour le cinéma et en 2000, j'ai commencé à travailler pour la télévision avec GMT productions.
Comment résumeriez-vous votre travail ?
NK: Être scénariste, c'est réussir à trouver la meilleure manière de raconter une histoire qu'on a en tête. J'aime ce métier, il est très ludique. Mais ce n'est pas si facile, il faut avoir de l'imagination bien sûr, et être très rigoureux pour maîtriser tous les aspects logiques de l'histoire. Quand on travaille pour la télévision, il y a aussi beaucoup de contraintes avec lesquelles il faut savoir composer. Il n'y a pas beaucoup de moyens. On écrit pour le grand public donc il faut rester consensuel, et éviter que ce soit trop violent. C'est une sorte de dialectique entre la contrainte et la créativité.
Croyez-vous que les scénaristes ont plus de liberté aux États-Unis?
NK: Il n'y a pas vraiment d'équivalence entre les deux pays. En Amérique, le scénariste a beaucoup plus d'importance, il est souvent réalisateur et producteur. Cela permet de faire des séries comme "True Blood" d'Alan Ball, qui est en dessous des taux d'audience exigés en France mais qui est considérée comme une série à succès. Je pense qu'il y a en France une vraie tradition pour raconter des histoires mais qu'elle est moins reconnue. Il s'agit surtout d'un problème de frilosité dans la prise de décision de la part des chaînes, car les fictions sont de moins en moins rentables et souffrent de la concurrence américaine.
Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
NK: J'écris les scénarios de "Boulevards du Palais" depuis 2004. C'est un polar diffusé en prime time sur France 2, les vendredis soirs. C'est une série créée par Thierry Jonquet à partir d'un de ses livres : "Les orpailleurs". Il y a différents scénaristes qui travaillent pour cette série. Chaque épisode est une histoire indépendante, ce qui permet à la chaîne de les rediffuser sans problème de chronologie. Les scénaristes doivent garder la psychologie des personnages récurrents mais sont ensuite libres de faire leur propre histoire. Nous avons fait plus de trente épisodes et l'émission marche bien avec un taux d'audience de 17% environ.
Vous avez parfois de mauvaises surprises en regardant le téléfilm?
NK: Paradoxalement, je n'ai pas la télévision donc il est rare que je visionne l'épisode à sa diffusion. Quand je les vois, j'ai de bonnes et de mauvaises surprises. Ce qui m'étonne le plus, c'est de comparer un texte que j'ai écrit avec son rendu à l'oral. Cette expérience m'a donné envie de me mettre au théâtre. C'est un de mes projets, avec mon nouveau roman et mon travail sur des scénarios de cinéma.
Propos recueillis par Katia Kermoal et Aude Gérard