François Prévot, de la librairie Climats, rue de Clichy, a eu un coup de coeur, cette semaine, pour Sonate de l'assassin, le roman de Jean-Baptiste Destremau. Ou la fantastique histoire de Laszlo, un musicien tueur en série.
« Sonate de l’assassin »
Jean-Baptiste Destremau – Editions Max Milo – 19.90 €
"Je ne tue jamais le lundi. C’est une question d’exigence personnelle et de rythme." Ainsi débute l’histoire de Laszlo, pianiste mondialement connu, qui fut longtemps considéré comme un simple technicien de l’instrument, un virtuose sans âme. Jusqu’au jour où il commet une erreur involontaire, une petite erreur de rien du tout dans une sonate de Bach; un froncement de sourcils au premier rang et Laszlo comprend qu’un spectateur attentif a remarqué sa faute. C’est alors qu’il décide de le tuer. Immédiatement après le meurtre, son jeu change, gagne en profondeur, en émotion. La critique le reconnaît enfin, le succès est fulgurant!
Pour nourrir son talent, maintenir intacte la force de son jeu, il doit maintenant recommencer à tuer, repérant ses victimes aux réactions provoquées par d’infimes erreurs volontairement introduites dans son interprétation. Alors il va rencontrer Lorraine et son fils Arthur, Lorraine qui devrait figurer sur la liste de ses futures victimes, mais dont il tombe amoureux …
Alfred Hitchcock expliquait que le principe du suspense repose sur le décalage entre ce que sait le spectateur (ici, le lecteur) et ce que savent ou ne savent pas les personnages, car c’est de leur ignorance du danger qui les guette que naît notre angoisse. Voici donc un thriller psychologique parfaitement « hitchcockien »: pas de coups de théâtre, pas d’effets de surprise, pas de flic qui vient sauver la jolie victime, encore moins de scènes d’horreur, et somme toute, très peu d’hémoglobine. Dès la première ligne, vous, vous seuls, savez qui est le « serial killer », vous seuls reconnaissez les victimes à peine sont-elles entrées en scène, vous seuls assistez à chacun des crimes … et vous voila partis pour une nuit blanche sans pouvoir lâcher ce livre.
Jean-Baptiste Destremau est lui aussi pianiste et il construit son suspense comme une partition musicale: sur trois mouvements et une coda, les voix des personnages se suivent et se répondent comme des lignes mélodiques avec un rythme et une précision époustouflants. Chaque mot compte pour nous mener de meurtre en meurtre entre accélérations et moments de détente, jusqu’à un dénouement final, certes un peu attendu (on sait toujours comment ça se termine, même chez Hitchcok) mais qui vous réserve quand même quelques surprises. Premier roman de Jean-Baptiste Destremau, ce coup d’essai est un vrai coup de maître. François Prévot pour le Daily Neuvième